Zineb El-Rhazoui, journaliste à Charlie Hebdo : « L’Islam doit se plier à la laïcité! »

Zineb El-Rhazoui est une rescapée. Journaliste à Charlie Hebdo, elle n’était pas à la conférence de rédaction ce 7 janvier. Elle était à Montréal hier, à l’invitation de Djemila Benhabib, pour partager son émotion toujours vive, mais aussi pour crier son hymne à la laïcité, seule garante de la liberté de culte.

« Comment je vais ? Je ne sais pas, je suis vivante », lâche Zineb El-Rhazoui. La journaliste de 33 ans est venue témoigner de l’horreur de la tuerie de Charlie Hebdo, survenue le 7 janvier dernier. La blessure est là, la tristesse semble infinie, et la présence de deux gardes du corps très vigilants rappelle l’acuité de la menace.

La jeune journaliste était à Casablanca ce 7 janvier. Elle raconte les appels téléphoniques qui lui ont appris la tuerie. « Le rire faisait partie de la rédaction, et ce jour là je n’ai entendu que des pleurs au téléphone », se souvient-elle. Elle pleure son ami Charb. « C’était un grand humaniste, défenseur des musulmans », témoigne la jeune femme. « il était pro-palestinien! », ajoute-t-elle. « Nous avons vite su que ce qui venait de se passer allait nous dépasser », assure la journaliste en évoquant l’ampleur de la réaction.

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Djemila Benhabib a invité Zineb El-Zharoui à Montréal

« Chacun a pu s’identifier à sa façon à Charlie »

Zineb El-Rhazoui garde un œil critique mais ouvert sur le phénomène « Je Suis Charlie ». Elle admet que chacun a pu s’identifier à sa façon à « Je suis Charlie », pour défendre la liberté d’expression, la liberté ou encore la laïcité. En revanche, elle reste dubitative sur la présence « des dictateurs » qui sont venus défiler à Paris le 11 janvier. « Nous aurions du brandir tous les dessins que nous avions publiés de ces dictateurs », regrette la journaliste. Elle ironise sur « ces nouveaux amis qui ne sont pas nos copains ». Elle regrette que certains dirigeants aient fait le voyage jusqu’à Paris par intérêt personnel, pour répondre à leurs propres agendas politiques.

Quant à ceux qui affirment ne pas être Charlie, elle lance : « Nous savions très bien que Tarik Ramadan n’est pas Charlie! ».

Hymne à la laïcité

« L’Islam doit se plier à la laïcité! », assure la journaliste, elle-même issue du monde musulman. Car c’est bien à un hymne à la laïcité que s’est livrée Zineb El-Rhazoui hier à Montréal. Elle a invité la francophonie et le Québec à se mobiliser pour défendre ce qu’elle considère comme seule garante de la liberté de culte. « Il n’y a que les pays laïques qui permettent de pratiquer sa religion », explique la journaliste.

Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République
Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République

La laïcité est inscrite dans le premier article de la constitution française de 1958 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »

Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République, rappelle que la République française reconnaît des individus et non des communautés. Il évoque également le cas difficile des banlieues françaises, lieux de recrutement des extrémistes. Zineb El-Rhazoui renchérit : « la liberté du citoyen doit primer ».

Le temps des questions

Mais le temps des questions est également venu. La journaliste de Charlie Hebdo rappelle que la tête de Charb était mise à prix par Al-Qaïda, pour 250 000 $.

La jeune femme s’interroge sur l’aspect sécuritaire, même si Charb était sous protection policière permanente. « Comment se fait-il qu’il ait pu être assassiné malgré tout ? », lance-t-elle. Une enquête est en cours pour déterminer d’éventuelles failles.

Charb s’en amusait presque. Il avait l’habitude de lancer dans les couloirs de la rédaction « Allah Akbar! », rappelle Zineb El-Rhazoui. C’est précisément ce qu’on crié ses assassins avant de l’abattre.

(crédit photo : Nathalie Simon-Clerc)

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