Zebda tombe la chemise et ouvre le festival des Nuits d’Afrique de Montréal

Le groupe français Zebda donnera le coup d’envoi du festival Nuit d’Afrique, le 7 juillet au Métropolis. L’occasion de découvrir leur dernier album militant et engagé, Comme des Cherokees. L’Outarde s’est entretenue avec Mouss (Mustapha Amokrane).

Propos recueillis par Camille Feireisen

Le groupe toulousain est de retour dans la métropole québécoise douze ans après sa participation aux FrancoFolies, en 2003. Leur dernier album, composé à cinq voix – celles de Magyd, Mouss, Hakim, Rémi et Joël – est sorti en août 2014. Au menu, dix nouvelles chansons aux rythmes variés, du rap bien sûr, du reggae, mais aussi du rock, du funk et de la musique traditionnelle. L’amour, la nostalgie mais aussi, et surtout, les revendications de justice influencent leurs compositions. Sur des airs de chanson populaire, Zebda raconte des histoires collectives. Le titre de l’album, Comme des cherokees, symbolise d’ailleurs la pluralité des appartenances qui définissent tous les individus. Petit tour d’horizon de leur prochaine venue.

L’Outarde : Cela fait douze ans que vous n’étiez pas revenu à Montréal. La dernière fois était durant les FrancoFolies, aujourd’hui c’est pour un festival tout à fait différent : est-ce que celui-ci concorde mieux avec les thèmes abordés dans votre dernier album ?

Mouss : Ce festival a des dimensions multiculturelles et donc une influence universelle commune et multiple. On se retrouve complètement là-dedans et je pense que nous avons aussi notre place dans la programmation et la ligne éditoriale du festival.

L’Outarde : Votre dernier album, Comme des Cherokees, parle de la défense des accents régionaux. Est-ce que, selon vous, l’accent est une forme de revendication identitaire et sociale ?

Mouss : Je ne dirai pas « revendication identitaire ». Ce qu’on revendique plutôt c’est la possibilité d’être multiple. On est français, mais aussi Corse, Basque, Maghrébin… Et c’est cette réalité qui nous plaît. C’est une lutte contre l’uniformisation. L’accent ce n’est pas très grave par rapport à d’autres problématiques mondiales beaucoup plus graves.

Mais on remarque souvent, notamment dans le milieu artistique en France, qu’on nous dit souvent d’enlever notre accent. C’est pourtant un trait significatif d’une histoire et d’une culture propres à chacun. C’est un peu la logique centraliste à la française alors que tous ces accents sont en réalité une richesse.

Écoutez : L’accent tué

L’Outarde : Mais pensez-vous que c’est aussi la société qui blâme ces accents ?

Mouss : Oui, c’est très généralisé dans la société. L’accent s’en va dans le centre de Toulouse par exemple. Comme dans beaucoup d’autres régions c’est finalement l’accent sans accent qui prime. Nous voulons aussi rendre hommage à ces dimensions multiples, car ce sont elles qui font notre complexité. On ne dit pas que c’est quelque chose de simple. Ce n’est ni le paradis, ni l’enfer, car cette diversité se fait de façon inexorable quand on est né avec d’autres origines.

Écoutez : Les Chibanis

L’Outarde : Vous écrivez des chansons à saveurs très politiques et ça, depuis vos débuts. Pourquoi parler des faits de société ?

Mouss : C’est notre sixième album avec Zebda et tous les thèmes peuvent coller à ce qu’on voit dans l’actualité. Ça a toujours été comme ça. On ne vit pas dans les musées et nous ce qu’on aime c’est la tradition et la transmission. Nous avons toujours lutté contre les différentes formes d’obscurantisme et voulu rappeler qu’il n’y a pas de compétition entre les cultures. Au contraire, quand elles se rencontrent elles produisent quelque chose de beau. Quand on voit des humains prêts à tout pour un avenir meilleur, comme le drame des réfugiés en méditerranée, on ne peut que noter que l’être humain est nourri par l’espoir et que c’est dans sa nature. Ça, c’est sublime mais ce qui est abject c’est de ne pas admettre qu’à travers ces parcours de vie on peut justement créer de nouvelles cultures. Nos chansons se nourrissent de valeurs et d’idéaux qu’on souhaite partager. En fait, on dénonce et on souligne en même temps ce qui nous semble injuste. Pour tout ça, on peut dire que la dimension sociale reste très importante dans nos compositions.

Écoutez : Appel d’air et Fatou

L’Outarde : Vos textes sont à la fois festifs tout en dénonçant des situations difficiles. Est-ce que cela aide le public à mieux retenir vos paroles, comme c’est le cas avec des chansons populaires et rythmées ?

Mouss : Je dirai plus que c’est dans notre nature de chanter comme ça, pas pour que les gens retiennent nos paroles. Depuis toujours dans notre groupe, on recherche cette énergie auditive, au sens premier du terme. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a un côté festif à venir partager un moment sur scène et que c’est la fonction première de Zebda : on passe un moment rempli de belles énergies et de sens. La fête est plus belle quand il y a une communion autour de certaines valeurs, non seulement en tant qu’individus mais aussi en tant que musiciens engagés. Nous avons un axe d’expression de poésie-sociale comme nous aimons l’appeler. Pour nous, raconter l’histoire des gens est important car nous avons grandi avec Renaud qui reste l’un des plus grands chanteurs de chansons populaires et sociales. Et puis notre propre histoire nous a toujours poussés à traiter des questions d’inégalité. Ce sont pour nous des trésors d’inspiration. Écoutez : À Suivre

L’Outarde : Et justement, vous avez toujours été fortement engagés…

Mouss : Oui, et la musique reste pour nous une formidable passion et un privilège extraordinaire de transmettre tout ça. Nous sommes des enfants d’ouvriers et nous n’étions pas du tout prédestinés à ça. Alors pour nous, organiser des moments de convivialité est important, d’autant plus qu’il manque dans notre société ces moments de rencontre entre les gens, de possibilité de se retrouver.

L’Outarde : Vous pensez aux nouvelles technologies ?

Mouss : Depuis quelques décennies, avec l’évolution des moyens de communication cela fait une grosse différence qui est palpable. Les gens ont l’impression d’être ensemble mais ils sont en fait derrière leurs écrans. Attention, je ne dis pas que ce n’est pas bien, c’est extraordinaire les possibilités que cela offre en même temps d’avoir Skype, etc. Mais, en même temps, on reçoit une quantité incroyable d’informations pas toujours vérifiables et souvent nourris par des mouvements populistes qui génèrent de la méfiance. Alors à notre niveau, et sachant qu’on est sur scène, on essaie de recréer des moments qui transpirent le partage et la convivialité.

Écoutez : Des petits pas de danse

L’Outarde : Et parlant de scène, quel souvenir gardez-vous de votre dernier passage à Montréal ?

Mouss : Beaucoup de plaisir et d’ouverture d’esprit !

Le 7 juillet, ce sera donc un tour de France dans toute sa diversité. À coups de métaphores, jeux de mots et d’émotions, Zebda convie le public à l’amusement, la danse et … la réflexion.

(crédit photo : Festival Nuits d’Afrique)

Laisser un commentaire