Xavier Nonnenmacher, l’Alsacien de Montréal aux 92 000 signatures stoppe le déversement

Par Camille Feireisen et Nathalie Simon-Clerc

En lançant sa pétition, Xavier Nonnenmacher ne se doutait pas que son initiative s’inviterait dans la campagne électorale fédérale. Cet Alsacien de 28 ans, a recueilli 92 000 signatures contre le déversement de huit milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent, pourtant planifié de longue date par le maire de Montréal Denis Coderre. Le jeune Français, originaire de Hohengœft en Alsace, a collecté 40 000 signatures en deux jours, du jamais vu sur le site Change.org, qui héberge la pétition.

En fin de semaine, la ministre fédérale de l’environnement, Leona Aglukkaq a avisé par lettre l’administration Coderre, « de ne pas rejeter les eaux usées non traitées avant le 3 novembre 2015 afin de permettre un examen scientifique des documents et renseignements », en vertu de la loi sur les pêches. Une aubaine pour le gouvernement conservateur, en mal d’initiatives environnementales, en ces temps électoraux!

Xavier Nonnenmacher remet 91 000 signatures à Denis Coderre
Xavier Nonnenmacher remet 91 000 signatures à Denis Coderre, lors du Conseil municipal du 13 octobre.

Les signataires de la pétition réclament ainsi que le déversement « soit mis en suspens le temps de trouver une solution de rechange, ou alors le temps que des études sérieuses et poussées démontrent avec certitude que les effets sur l’environnement à court, moyen et long termes seront inexistants ou minimes et sans conséquence. »

Le 13 octobre, M. Nonnenmacher a déposé la pétition auprès de Denis Coderre, lors du Conseil Municipal de Ville-Marie. « Je sais que ce n’est pas la pétition qui va empêcher la Ville de faire ce déversement mais c’est plus pour générer de la conscience et que cela fasse réagir », explique-t-il. L’occasion surtout de montrer que les citoyens canadiens sont concernés par cette cause. « Beaucoup de Québécois ont signé mais aussi des Français, la pétition a circulé », indique M. Nonnenmacher.

Un reportage de Nathalie Simon-Clerc :

 

Rencontre avec l’Alsacien Xavier Nonnenmacher,
habitant à Montréal depuis janvier 2014

Propos recueillis par Camille Feireisen

L’Outarde Libérée : Le gouvernement canadien a suspendu indéfiniment le projet de la mairie de Montréal le 14 octobre. Quelles sont les prochaines étapes ?

Xavier Nonnenmacher : C’est une bonne nouvelle mais c’est juste temporaire. Ce n’est pas fini, il y a encore des choses à faire, comme travailler pour trouver une solution, notamment en sensibilisant les gens sur ce qui se passe, non seulement au Québec mais aussi dans tout le Canada. J’aborde maintenant des gens qui s’y connaissent en génie civil et des professionnels de l’environnement pour connaître les impacts réels que pourrait avoir ce déversement sur la faune et la flore. Du côté des citoyens, il y a encore de la sensibilisation à faire, par exemple sur les déchets que l’on rejette en tant qu’usagers. J’entre aussi en contact avec les communautés que cela peut toucher, comme les réserves autochtones qui sont a proximité. Je réfléchis à une action environnementale si le déversement est maintenu. Pour le moment, je suis en contact avec Équiterre, Québec, Fondation Rivières, Nature Québec… Je n’ai pas juste envie de critiquer à travers cette pétition et de ne rien faire ensuite. Maintenant qu’il reste du temps, je veux réfléchir à des solutions.

L’Outarde Libérée : Comment vous êtes-vous intéressé au sujet ?

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Accompagné par son ami d’enfance Benjamin, Xavier Nonnenmacher s’apprête à remettre 91 000 signatures au maire Coderre

Xavier Nonnenmacher : Durant la semaine j’ai vu ça comme tout le monde j’imagine, dans la presse. J’ai pris deux jours pour réfléchir à un moyen d’action, je cherchais une manière d’aider. J’ai d’abord pensé à une manifestation et on m’a plutôt fait penser à une pétition. Je me suis lancé.

L’Outarde Libérée : Votre conscience environnementale vient-elle de France et plus particulièrement d’Alsace ?

Je suis né dans un village de 500 habitants, en Alsace. J’ai toujours été sensibilisé à la nature car j’ai grandi là-dedans toute ma vie. J’avais bien sûr entendu toutes sortes d’affaires concernant l’environnement, nos déchets, etc, bien avant celle-ci… Mais c’est depuis que je vis au Québec que je m’investis dans plein de choses, pas seulement environnementales d’ailleurs. Il y a beaucoup plus de possibilités qu’en France selon moi, notamment lorsque tu as envie de faire un projet. Les gens sont plus ouverts et accessibles. Alors oui, je suis sensibilisé à la nature depuis tout petit, mais il y a aussi ce côté où, ici, cela me paraît plus facile d’entreprendre des projets et d’oser les mener. Quand tu es Français et que tu arrives au Québec, tu penses à la terre sauvage et la nature luxuriante. Lorsque tu apprends ce genre d’affaires, tu reviens en arrière. Cet événement nous a appris qu’il y avait plein de choses qui n’allaient pas : les déchets sont aussi un problème dans la ville de Sherbrooke, Longueuil a déjà fait un tel déversement sans que personne ne soit informé… Finalement, cela a fait sortir plein de dossiers.

Même s’il est toujours étonné que sa pétition ait reçu autant de signatures en si peu de jours, M. Nonnenmacher demeure conscient que rien n’est gagné. « Le maire a trouvé le geste « honorable » lorsque je lui ai remis la pétition, mais il a aussi répété que c’était la seule solution qu’il existait », regrette-t-il. La Ville de Montréal a laissé jusqu’au vendredi 23 octobre à Environnement Canada pour que les experts indépendants donnent leur avis sur les impacts du déversement.

(crédit photos : Nathalie Simon-Clerc)

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