Les vétérinaires français du Québec dénoncent le corporatisme et en appellent à Manuel Valls

Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté le 25 septembre dernier devant le bureau du premier ministre Philippe Couillard à Montréal pour dénoncer l’inaction du gouvernement à faire appliquer une entente franco-québécoise pour les vétérinaires français signée… en 2008. Le porte-parole des diplômés des grandes écoles vétérinaires françaises, François Lubrina, a dénoncé le « corporatisme » de l’ordre québécois de la profession et espère beaucoup de la prochaine visite de Manuel Valls pour mettre en place cet accord de reconnaissance mutuelle (ARM).

Par Théodore Doucet

Vétérinaire cherche droit de pratiquer. Confrontés à des négociations anesthésiées entre les ordres vétérinaires québécois et français, les praticiens diplômés en France ont décidé de battre le pavé pour la première fois. Parmi la cinquantaine de professionnels affectés, certains se sont rabattus par défaut vers des métiers annexes quand d’autres se trouvent dans des situations « ubuesques ».

François Lubrina, porte-parole des vétérinaires français à Montréal
François Lubrina, porte-parole des vétérinaires français à Montréal

Depuis deux ans, Ludovic Tanquerel a l’autorisation de l’ordre des médecins vétérinaires québécois (OMVQ) d’enseigner et soigner des chevaux au sein de la faculté de Saint-Hyacinthe mais il « ne peut pas pratiquer à l’extérieur. Pourtant les animaux sont les mêmes dans le bâtiment et en dehors, a-t-il relevé, qui refuse de se plier aux exigences actuelles : On me demande de passer des évaluations de compétences étalées sur trois ans, sur des chiens ou des vaches alors que je me suis spécialisé dans les chevaux depuis dix ans… »

Manuel Valls appelé à débloquer la situation lors de sa prochaine visite

Le 17 octobre 2008, Nicolas Sarkozy et Jean Charest signaient l’Entente France-Québec sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles, destinée à faciliter l’accès réciproque au marché du travail de diplômés français et québécois dans des professions spécifiques. L’accord final était confié à chaque branche, à l’issue de leurs propres négociations. Au 2 mars 2016, 70 accords ont été recensés par le Consulat de France à Québec

D’après le vétérinaire québécois Marc Vaillancourt, présent à la manifestation, la province a cruellement besoin de cette main d’oeuvre : « Cela fait neuf mois que je cherche un vétérinaire d’expérience, je ne me souviens pas d’une telle pénurie pendant mes 50 années de pratique. » Le porte-parole des diplômés français, François Lubrina, s’est insurgé quant à lui contre le « corporatisme » de l’OMVQ : « On voit que l’Ordre défend ses propres intérêts alors que certaines régions, comme l’Abitibi, manquent de soins pour le bétail. Les médicaments sont les mêmes, les techniques sont à peu près similaires. Les diplômés français se sont faits flouer par l’OMVQ et le gouvernement, a-t-il ajouté. Nous misons beaucoup sur la visite de Manuel Valls le 13 octobre prochain pour nous sortir de cette situation. »

Contacté par L’Outarde Libérée, l’OMVQ réfute la version du Dr Lubrina :« Ces accusations de corporatisme pour limiter le nombre de médecins vétérinaires sont totalement farfelues et déraisonnables, a répondu le porte-parole Joël Bergeron. » Tout en affirmant que les démarches de l’Ordre avec le ministère des Relations Internationales et de la Francophonie continuent, le blocage viendrait selon lui du refus des diplômés français de se soumettre aux évaluations de compétences « à la base de la protection du public, des compétences qui sont exactement les mêmes que pour les praticiens québécois ».

(crédit photo de Une : Théodore Doucet – Légende : « Huit ans qu’on attend !» « Les vétérinaires français sont  »vachement » bons !» Slogans scandés, bannières en main et chiens en accompagnateurs, les diplômés des grandes écoles vétérinaires françaises ont défilé sur la courte distance entre le consulat de France et les bureaux de Philippe Couillard.)

9 Réponses

  1. Cecile Briffod
    Cecile Briffod at |

    Quel constat navrant en 2016 ! Comme déjà mentionné par plusieurs, de nombreux vétérinaires français, spécialistes ou non sont engagés par la SEULE FACULTÉ de Médecine Vétérinaire du Québec pour former les futurs généralistes de demain. Leurs compétences sont donc reconnues pour cela mais ces mêmes compétences sont remises en question lorsqu’il s’agit d’exercer en dehors de la faculté et devraient être sanctionnées par un examen théorique et pratique, non seulement onéreux mais qui plus est qui n’est pas mis en place de manière égale pour un vétérinaire diplômé de la faculté québécoise.
    Ma situation est également grotesque puisqu’après avoir fait ma dernière année de Médecine Vétérinaire à la Faculté de Saint-Hyacinthe, un internat sanctionné par un diplôme de l’Université de Montréal, une maîtrise et une résidence/DES en ophtalmologie en voie d’être achevée, on m’explique que mon futur diplôme de spécialiste ne peut être reconnu sur le territoire québécois…..QUELLE ABSURDITÉ!!!!

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  2. Dr AS Courtois, DVM
    Dr AS Courtois, DVM at |

    Je ne comprends pas la réaction de l’ordre québécois.
    Les diplômés des grandes écoles vétérinaires françaises apportent une solution concrète, rapide et sans coût pour le Québec à une pénurie de vétérinaires en région. Ce sont des vétérinaires compétents, hautements qualifiés, disponibles immédiatement et dont la formation n’a rien coûté à l’état québécois.
    De plus, les vétérinaires formés en France parlent parfaitement le français et partagent les mêmes valeurs culturelles que les québécois. Pourquoi les rejeter?

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  3. Romain Béraud
    Romain Béraud at |

    Cela fait presque 10 ans que cette situation RIDICULE dure. Les différentes instances se rejettent la faute, mais il semble clair que les instances québécoises sont celles qui s’opposent au projet qui a été, rappelons-le entériné par des accords entre les 2 gouvernements en 2008. Ceux-ci stipulent que ‘’l’ARM devrait se faire sur la base de la confiance mutuelle et réciproque dans les enseignements dispensés de part et d’autre, à une reconnaissance mutuelle et automatique de nos diplômes respectifs’’. Pourquoi est-ce que les médecins, infirmières, etc. ont réussi à s’entendre eux ? La France est prête à ouvrir ses portes aux vétérinaires québécois sans aucune forme de test de compétence prérequis. Pourquoi le Québec ne veut-il pas faire pareil ? Les instances québécoises sont-elles prétentieuses au point de juger la formation vétérinaire française bien en-deca de leur niveau ??? Rappelons que La France n’est pas un pays sous-développé en matière d’enseignement vétérinaire :
    – la première école vétérinaire au monde est en France (Lyon), l’enseignement de la médecine vétérinaire en France date de 1761, alors que ce même enseignement date au Québec de 1886. Au cours des décennies, d’innombrables avancées/découvertes ont été faites par des chercheurs français ou formés en France.
    – La formation vétérinaire est de 5 ans en France incluant 2 ans de formation clinique (sans compter 2 années d’École préparatoire préalable avec un concours national extrêmement sélectif pour l’entrée) comme dans toutes les provinces canadiennes à part… le Québec ou elle n’est que de 4 ans, incluant seulement 1 an de formation clinique. Dans les 2 pays, des examens de fin d’année sanctionnent les connaissances des étudiants pour permettre le passage à l’année suivante. En fin de cursus, les étudiants français doivent eux passer une thèse de doctorat…
    – L’examen dont parle les instances québécoises pour ‘reconnaitre’ les vétérinaires français n’a jamais été testé et encore moins validé…
    Rajoutons à cela des situations encore plus illogiques, où par exemple la Faculté de Médecine vétérinaire de St-Hyacinthe a historiquement employé et emploie encore des professeurs, des résidents, des internes étrangers, dont français (donc non ‘reconnus’) pour enseigner aux futures générations de vétérinaires québécois et soigner les animaux présentés à la FMV. Mais par contre, il est interdit à ces mêmes personnes de pratiquer leur médecine dans une clinique vétérinaire… J’ai moi-même enseigner la FMV puis à l’Université de l’Ile du Prince Édouard pendant plusieurs années, ai formé des centaines d’étudiants, j’ai une maitrise en sciences cliniques vétérinaires et une résidence (faites au Québec!) et un diplôme de spécialiste reconnu par le collège américain vétérinaire (une des plus hautes instances internationales). Mais, au Québec, je n’ai toujours pas un droit de pratique permanent dans ma spécialité (oui, je ne demande qu’à pratiquer en toute bonne foi dans ma spécialité uniquement) et je ne suis même pas reconnu comme spécialiste. Peut-on m’expliquer en quoi cette situation protège le public, ce qui devrait être le mandat des instances québécoises??
    Tous les français qui sont dans cette situation aiment profondément le Québec et ne veulent, qu’en toute bonne foi et bonne volonté, faire profiter de leurs compétences et participer à la société québécoise. C’est pour cette raison que nous nous battons. Alors pourquoi nous mettre à la porte??

    S’il-vous-plait, faisons preuve de confiance mutuelle, d’ouverture, de logique et de bonne foi, et laissons de côté ce protectionnisme malsain pour clore ce dossier…

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    1. Romain Béraud
      Romain Béraud at |

      Mea culpa, la formation vétérinaire au Québec est de 5 ans, COMME en France, alors qu’elle n’est que de 4 ans dans d’autres provinces du Canada. C’est tellement logique qu’on s’y perd…

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  4. Dr Franck OLLIVIER, DMV, PhD, Dip ACVO, Dip ECVO, EMBA. Spécialiste en ophtalmologie vétérinaire (FR)

    Il me semble en effet que l’OMVQ adopte une attitude rétrograde et protectionniste. Je ne nommerais pas précisément les personnes responsables de cet immobilisme, qui dure depuis des décennies. Il ne faut pas oublier qu’ils ont ouverts les portes il y a des années car il y avait (et il y a toujours ) un cruel besoin de vétérinaires et notamment de vétérinaires spécialistes mais l’OMVQ ne souhaite pas reconnaitre notre formation et notre expertise auprès du public…c’est une situation absurde et irrespectueuse. Si je prends ma situation personnelle, je suis actuellement le seul vétérinaire ophtalmologue sur la région de Montréal , diplômé du collège américain des vétérinaires ophtalmologistes, diplômé du collège européen des vétérinaires ophtalmologistes, spécialiste en ophtalmologie vétérinaire français, PhD en médecine vétérinaire , diplômé vétérinaire de l’école de lyon…mais d’après les dirigeants de l’OMVQ, je ne suis ni vétérinaire , ni spécialiste en ophtalmologie au Québec … …alors que suis-je au Québec? Au moins je suis canadien car naturalisé depuis 1 an (j’ai immigré il y a presque 6 ans suite à la demande d’un hôpital vétérinaire de la région de montréal) … je vous laisse juger par vous-même de l’absurdité de la situation…

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  5. Dr Franck Olivier, DMV, PhD, Dip ACVO, Dip ECVO, EMBA, Spécialiste en ophtalmologie vétérinaire (FR)

    Il me semble en effet que l’OMVQ adopte une attitude rétrograde et protectionniste. Je ne nommerais pas précisément les personnes responsables de cet immobilisme, qui dure depuis des décennies. Il ne faut pas oublier qu’ils ont ouverts les portes il y a des années car il y avait (et il y a toujours ) un cruel besoin de vétérinaires et notamment de vétérinaires spécialistes mais l’OMVQ ne souhaite pas reconnaitre notre formation et notre expertise auprès du public…c’est une situation absurde et irrespectueuse. Si je prends ma situation personnelle, je suis actuellement le seul vétérinaire ophtalmologue sur la région de Montréal , diplômé du collège américain des vétérinaires ophtalmologistes, diplômé du collège européen des vétérinaires ophtalmologistes, spécialiste en ophtalmologie vétérinaire français, PhD en médecine vétérinaire , diplômé vétérinaire de l’école de lyon…mais d’après les dirigeants de l’OMVQ, je ne suis ni vétérinaire , ni spécialiste en ophtalmologie au Québec … …alors que suis-je au Québec? Au moins je suis canadien car naturalisé depuis 1 an (j’ai immigré il y a presque 6 ans suite à la demande d’un hôpital vétérinaire de la région de montréal) … je vous laisse juger par vous-même de l’absurdité de la situation…

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  6. Ludovic Tanquerel
    Ludovic Tanquerel at |

    L’ordre québécois abuse de son pouvoir et protège ses intérêts et non pas le public, car les soins vétérinaires ne sont pas assurés dans de nombreuses régions au Québec! Les vétérinaires Français sont là et déjà formés mais on peut leur empêche d’exercer leur profession, ils sont pourtant recrutés en masse à la faculté de médecine vétérinaire pour enseigner la médecine vétérinaire aux futurs vétérinaires Québécois… Après quelques années de labeur et un salaire de misère , impossible de s’installer dans la province. Il est temps que l’ordre vétérinaire québécois respecte vraiment l’esprit de l’entente! Des Québécois sont aussi bloqués pour venir en France.

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  7. DECLERCK
    DECLERCK at |

    SI notre premier ministre s’intêrèsse aux vétérinaires tous nos compatriotes souhaitent qu’il en soit de même des Médecins « de Familles » par l’application et le respect de la loi France/Québec de Juillet 2008……À suivre……Gérard DECLERCK

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  8. Christophe Béatrix
    Christophe Béatrix at |

    Un classique Québécois: Ouvert sur le monde, mais refermé sur lui même. Grand donneur de leçons sur l’harmonie sociale, l’ouverture d’esprit la province reste un territoire Britannique conservateur qui n’a pas le respect lucide et tolérant de l’immigration aussi développé que les véritables Anglais. Ni français ni anglais le Québec démontre encore une fois sont caractère nombriliste et obtus entre orgueil et xénophobie.

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