Une nuit d’échanges franco-québécois

Hier, le 31 janvier, était programmé partout dans le monde « la Nuit des Idées ». Cette année, et pour la première fois, l’événement était proposé simultanément à Montréal et à Québec en collaboration avec la Maison de la littérature (Québec), la Galerie de l’UQAM (Montréal) et la Place des Arts (Montréal).

Initiée par le Consulat général de France à Québec, cette nuit d’échanges a rassemblé le public autour du thème « Face au présent ». Et pour cette 2e édition québécoise, un panel d’intervenants était invité à débattre de cette thématique à travers notamment l’axe du féminisme, de l’art, de l’éducation et du développement durable.

L’Outarde Libérée a pris place hier autour de la conversation « Les femmes invisibles », sujet débattu par Laure Adler (journaliste, animatrice, biographe, éditrice et essayiste française) et Francine Pelletier (écrivaine et journaliste québécoise).

Les femmes « n’ont rien et l’histoire le prouve ».

C’est sur cette phrase d’accroche que la discussion en tête-à-tête entre Laure Adler et Francine Pelletier commence. Dans cette première partie, Laure Adler revient sur son histoire, son parcours professionnel, le début de son engagement féministe et la 2e vague féministe des années 70. Elle nous parle notamment de son parcours combatif au poste de Directrice de France Culture de 1999 à 2005.

Dès son arrivée, elle souhaitait dépoussiérer cette antenne « pas écoutée » en France ou seulement par une branche élitiste de la population. Elle souhaitait rendre la « culture populaire » et mettre en avant le « droit à la culture ». Elle introduit ainsi des nouvelles disciplines à la culture et les a mis en avant à la radio.

D’autres mesures s’en suivront notamment le fait de placarder la grille des salaires afin d’instaurer une égalité des salaires entre les hommes et les femmes « à compétence égale, salaire égal ». Une mesure qui se poursuit toujours à France Culture, « preuve qu’elle a fonctionné » pour Laure Adler.

« Le féminisme en France est considéré comme ringard et moi je suis ringarde » lance Laure Adler

La discussion se poursuit sur la situation actuelle de la France sur les questions féministes. « Nos filles constituent une génération qui pense que les droits des femmes sont acquis à tout jamais. Ce n’est pas parce qu’une lutte est gagnée qu’elle l’est indéfiniment » lance Laure Adler. Elle confie ainsi que « le féminisme est en régression en France », il est devenu un « mouvement ultra minoritaire, inaudible en politique ».

Elle revient ensuite sur la situation politique et économique française, bien différente de « la situation économique favorable au Québec avec peu de chômage contrairement à la France ». En France, nous constatons « la montée du populisme », il y a une « sirène extrémiste » qui résonne selon la journaliste. Laure Adler nous fait état de cette « période très confuse où les populismes en Europe ne cessent de croître ». Elle poursuit cette description, en relevant que pour elle, la France est « dans une période de confusion des valeurs avec des médias qui « alimentent la désunion du vivre ensemble » ».

Le féminisme à l’ère #MeToo

Francine Pelletier poursuit cette discussion en interrogeant Laure Adler sur le mouvement #MeToo, sur cette « 3e vague du féminisme » et son écho en France comparativement au Québec. Pour Francine Pelletier, « le Québec n’a pas l’impression que [#MeToo] est aussi fort en France ». Pour Laure Adler, les réactions sont mitigées en France à ce sujet, mais il en certain que #MeToo est « un tsunami qui permet à toutes les femmes de participer en tant qu’agente active », un mouvement qui permet d’assister à une « immense solidarité ». Un tête-à-tête qui se clos sur cette phrase de Laure Adler: « j’ai confiance dans cette jeune génération ».

La conversation se poursuit par un débat en interaction avec le public. Le début de cet échange vise le mouvement des gilets jaunes et ses origines. Pour Laure Adler, les gilets jaunes sont « un mouvement complexe, non unitaire, lié à un mépris »qui signe le « début d’une crise profonde d’une démocratie qui veut être plus directe et non représentative ».

Le débat se prolonge sur la question des vagues de dénonciation notamment au Québec avec les dénonciations des violences policières sur les femmes autochtones et les dénonciations étudiantes. Pour Francine Pelletier, le mouvement #MeToo « se poursuit, mais l’effet date d’il y a qu’un an et demi ». C’est un « moment tournant » dans l’histoire, car « les femmes n’ont jamais eu d’impact sur le pouvoir et là pour la première fois, les femmes qui parlaient avaient un effet sur le pouvoir » explique-t-elle.

Sur la question des femmes d’aujourd’hui qui inspirent les intervenantes, Laure Adler et Francine Pelletier nous lancent les figures féminines suivantes : Christina Taubira, Michelle Perrot, Alexandra Ocasio-Cortez, Michelle Obama, Judith Jasmin et Judith Bulter. Le mot de fin de cet échange sera prononcé par Louise Déry sur ses bonnes paroles « Ne vous en faites pas, nous sommes là ».

L’événement « la Nuit des Idées » devient un événement iconique dans le paysage mondial. Rassemblant chaque année des personnalités autour de sujets d’actualité, il se déroule à la même date sur les cinq continents. Un moment d’échanges à travers le monde réunissant des milliers de personnes pour une nuit de débats internationaux, interdisciplinaires et intergénérationnels autour d’une thématique commune.

Pour ne pas manquer ces pensées qui traversent les frontières, rendez-vous pour la prochaine édition en 2020 de « La Nuit des Idées ».

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