Une francophonie volontariste en Ontario

Du 17 au 24 mars se tient la semaine de la francophonie à Toronto. Organisée par un comité dont font partie le consulat de France à Toronto et l’Alliance Française, elle présentera plusieurs événements culturels mettant en valeur la langue française. Une occasion de revenir sur la place de celle-ci dans une province souvent dépeinte comme acquise aux anglophones.

« La langue véhicule toute la culture francophone, qui est très diverse, et pour nous c’est important de faire partie de cette diversité », explique Selma Toprak, Attachée culturelle du consulat général de France à Toronto. Comme chaque année, le consulat participe à la semaine de la francophonie avec de nombreuses autres associations et organismes de la métropole ontarienne.

En plus d’avoir travaillé avec Radio-Canada sur la soirée de lancement qui avait lieu le vendredi 17 mars, le consulat proposait cette année une activité d’échange de livres avec des intervenants des milieux littéraire et culturel. L’événement a également été marqué par le lancement au Canada, de l’application Booxup, plateforme numérique d’échange et de partage d’ouvrages crée en 2015 à Paris.

« Le but c’est vraiment de valoriser une initiative française tout en rassemblant la communauté francophone et francophile », précise Selma Toprak.

Et en Ontario, cette communauté francophone est importante puisqu’après le Québec, il s’agit de la plus grande communauté francophone au Canada avec ses 611 500 francophones recensés en 2011. Ce chiffre, en croissance depuis maintenant 20 ans, a augmenté de 4,9% depuis l’année 2006 mais représente toujours la même portion de la population de la province évaluée à 4,8%. Près d’un ontarien francophone sur quatre vit à Ottawa, et un sur dix vit à Toronto.

Mais cette tendance est le résultat d’un combat de tous les jours pour la langue française et ne constitue pas une victoire en soi. À titre de comparaison, « en 1910, les franco-ontariens représentaient 10% de la population ontarienne », se rappelle Denis Vaillancourt, président de l’assemblée de la francophonie de l’Ontario. Les revendications sont encore nombreuses, autant que les inégalités et que le manque d’accès à certains services en langue française.

Il faut oser demander, se plaindre et revendiquer ses droits

L’histoire en elle-même de la francophonie en Ontario est assez lourde. En effet, de 1912 à 1927, l’adoption du « règlement 17 » empêchait l’enseignement et l’utilisation du français à l’école. Pour la première fois, le 22 février de cette année, la première ministre de l’Ontario Kathleen Wynne, a présenté des excuses officielles aux franco-ontariens pour ce que beaucoup décrivent comme une époque très sombre de la province.

Aujourd’hui, l’éducation est toujours un enjeu majeur mais la revendication actuelle est pour une université en langue française.

Par ailleurs, certains services comme les services de santé, ne sont, eux, pas encore suffisamment offerts en français. « L’Ontario a pris des dispositions partielles », déplore M. Vaillancourt. « À l’heure actuelle, les services en français sont disponibles sur seulement 80% du territoire ». « Le maillon qui manque est que la province se désigne bilingue », conclut-il.

Un point de vue que partage Rym Ben Berrah, co-présidente du regroupement étudiant franco-ontarien. Selon la jeune femme, le manque d’espace pour s’éduquer et se divertir en français est un fait, et c’est cette inégalité dans la minorité linguistique qui a suscité son envie de s’engager.

« La conscientisation de la communauté est importante car cette francophonie peut se perdre en deux ou trois générations si on ne fait rien, et il y a encore beaucoup de travail à faire », explique-t-elle. La solution selon elle ? « Il faut oser demander, se plaindre et revendiquer ses droits auprès des instances compétentes », notamment au Commissariat aux services en français.

Denis Vaillancourt reconnaît également que les défis sont encore nombreux malgré la baisse de cette résistance et le progressisme de l’Ontario. Cependant, au-delà des obstacles idéologiques se trouvent les obstacles financiers. Il reste cependant confiant pour l’avenir : « En 2015, on a fêté les 400 ans de la présence de la francophonie en Ontario, et on fêtera encore dans 400 ans ! ».

(crédit photo : Villa d’Ottawa)

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