La téléphonie cellulaire au Canada bousculée par le « abolish roaming » européen ?

Le téléphone cellulaire, outil indispensable de le vie sociale et professionnelle, fait partie des premiers achats de l’expatrié. Pour le Français qui débarque au Québec, le choc est rude. Adieu les forfaits « indécents », fruits de la guerre des opérateurs européens! Au Canada, les trois opérateurs historiques dominent le marché et imposent toujours leurs tarifs… à la baisse.

Par Nathalie Simon-Clerc

Lorsque l’on compare le prix moyen d’un forfait de téléphonie cellulaire parmi les pays du G7, le Canada occupe la queue du classement. Il faut débourser 75$ par mois contre 38$ en France pour un forfait voix-données. À cela, les opérateurs rétorquent que le territoire est immense pour implanter une infrastructure cellulaire de qualité. Entre 2007 et 2013, les dépenses d’infrastructure ont augmenté de 21% au Canada, de 74% aux États-Unis et seulement de 3% en Europe, ou le réseau est déjà bien établi. En couvrant 20% du territoire, les réseaux cellulaires canadiens touchent 99% de la population.

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), organisme régulateur des ondes au pays, a défini le Code sur les services sans fil en 2013, afin d’établir quelques règles. Désormais, les contrats d’engagement sont de deux ans au maximum, le déblocage du cellulaire possible au bout de trois mois moyennant 50$ et les frais d’itinérance bloqués à 50$ et 100$ (voix et données).

Néanmoins, les Canadiens formulent des plaintes chaque année auprès du Commissaire aux plaintes relatives aux services de télécommunication : frais inexacts, facturation de données excédentaires, modalité de contrat, …. (26% des Canadiens en 2014, 17% en 2016).

Les tendances du marché

En 2016, le Canada compte plus de 30 millions d’abonnés. Les trois opérateurs historiques, Bell, Télus et Rogers, maintiennent leur part de marché à 90% grâce à leurs marques « low-cost » : Virgin Mobile, Public Mobile, Koodo, Fido. Videotron, le « petit » dernier, compte près d’un million d’abonnés.

L’arrivée de Videotron sur le marché en 2010 a aiguisé la concurrence. Désormais, les applications gourmandes de nos téléphones intelligents comptent les forfaits de données en gigabits. Les appels illimités, dans la province, au Canada, voire même en Amérique du Nord, deviennent la norme. Les contrats de 24 mois, permettent de changer d’appareil cellulaire régulièrement à des tarifs abordables. Les derniers mois de contrat sont souvent oubliés contre un nouvel engagement.

Magasiner son cellulaire

Pour acheter un cellulaire, comme pour n’importe quel autre bien de consommation, il faut au préalable définir ses besoins. Avec un PVT déjà entamé, difficile de s’engager pour deux ans, à moins de payer les derniers mois d’engagement. Dans ce cas, il faut mieux privilégier l’offre sans engagement, même si l’engagement est préférable pour obtenir un appareil « gratuit ». Sauf dans le cas du Nexus, débloqué d’origine sur ordre de Google, un téléphone cellulaire acheté chez un opérateur sera bloqué. Si vous souhaitez voyager avec votre cellulaire et lui adjoindre une autre carte Sim (en France ou aux États-Unis), il faudra le faire débloquer au coût de 50$.

Aux États-Unis, les fréquences 3G et 4G utilisées sont quasiment les mêmes qu’au Canada. Par contre, en Europe, elles sont différentes! Un même modèle, acheté au Canada ou en Europe n’aura pas forcément les mêmes fréquences. Il pourrait fonctionner en LTE ici et en 3G seulement en Europe. Le choix d’un modèle qui comporte toutes les fréquences peut s’avérer utile.

Conseil : n’achetez pas votre cellulaire à quelqu’un que vous ne connaissez pas, sous peine de « tomber » sur un appareil « blacklisté » inutilisable. Chaque téléphone est doté d’une carte d’identité unique appelé IMEI, composé de 15 chiffres (site de vérification de l’IMEI de votre téléphone à la fin de l’article). Si vous perdez ou si l’on vous vole votre téléphone, signalez le tout de suite à votre opérateurs pour le rendre inutilisable… au moins au Canada.

Suivant votre mode et vos lieux de consommation, il vous faudra ensuite définir le contrat voix-données qui correspond le mieux à votre profil.

Éviter les pièges

Le dépassement de données ou les frais d’itinérance donnent souvent lieu à des facturations supplémentaires « surprises » pour les consommateurs.

Pour éviter la facturation prohibitive de données excédentaires, il faut mieux prévenir : surveiller sa consommation (en activant les outils sur le téléphone) et désactiver les applications qui utilisent vos données en tâche de fond (Facebook par exemple). Pour ceux qui ont la chance de vivre à Montréal, ville intelligente, mieux vaut utiliser tous les réseaux publics WiFi gratuits de la métropole!

Les frais d’itinérance sont souvent sournois. Si votre opérateur explique que vous pourrez appeler partout au Canada, cela ne signifie pas forcément que vous pourrez appeler DE partout au Canada. Une précision à se faire expliquer avant de raconter en détail votre voyage dans l’Ouest canadien depuis Vancouver à votre bonne copine restée à Montréal!

Lorsque vous passez la frontière américaine, votre téléphone intelligent l’ignore. Il se connectera aux réseaux américains dès la frontière. Des frais d’itinérance vont s’appliquer. Ils sont prohibitifs pour les données. La meilleure solution est de couper votre cellulaire, pour plaire au douanier… et à votre portefeuille.

« Abolish roaming » à la rescousse des Européens du Canada ?

Les appels « outremer » restent le point faible des opérateurs canadiens… et leur meilleur argument pour gonfler votre facture.

Les appels Skype ou le « tu me rappelles? » sont encore les meilleures solutions pour vos appels vers le vieux continent. Bell commence à proposer des forfaits pour la Chine ou l’inde. Télus et Bell offrent des suppléments moins prohibitifs pour vos séjours américains (40$ pour 200mn + 200 Mo).

Mais la directive européenne, « abolish roaming », qui va s’imposer à tous les opérateurs du vieux continent le 15 juin, pourrait bien secouer le marché canadien. En effet, les frais d’itinérance entre pays européens seront abolis. Les forfaits vont également permettre d’effectuer des appels et de profiter de ses données depuis l’Amérique du Nord. Deux opérateurs ont déjà devancé la directive de l’Europe : SFR et Free. Ils proposent un forfait voix illimités-données « 100% Roaming », de 5 à 15 Go pour 15 euros par mois. RedSFR maintient son offre spéciale jusqu’au 6 juin. Les opérateurs français pourraient bien devenir « les Chinois des télécoms ».

Le législateur impose évidemment que cette utilisation hors hexagone ne dépasse pas 4 à 6 mois… Facilement contournable. Garder son forfait français ne remplace pas un forfait avec numéro canadien en Amérique du Nord, plus facile à indiquer sur un CV, mais il peut largement contribuer à limiter les frais, en se contentant d’un abonnement minimal au Canada…. À suivre

Atelier gratuit organisé par l’Outarde Libérée et Coop DeGama:

« Magasiner son cellulaire au Québec »

Sites pratiques:

(crédit photo de Une: CC0 Public Domain)

2 Réponses

  1. Mas
    Mas at |

    « Le législateur impose évidemment que cette utilisation hors hexagone ne dépasse pas 4 à 6 mois… Facilement contournable »

    Ah oui ? Comment est-ce facilement contournable ? Je ne vois pas.

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