Séverine Boitier… ou la neutralité positive

La conseillère consulaire Séverine Boitier œuvre depuis plus de dix ans en politique locale. Élue en 2014 initialement sous les couleurs de l’UDI, aujourd’hui sans parti, elle se dit plus « libre » que jamais de servir la communauté française du Québec à sa manière. Portrait d’une incontournable du paysage politique franco-québécois.

Par Guillaume Mazoyer

« Pour moi la politique c’est cette idée de rassembler, fédérer, créer des ponts et mettre en avant les initiatives sociales et professionnelles, indique Séverine Boitier. Tout ce qui peut donner une nouvelle dynamique et faire avancer les liens à l’intérieur de la communauté française. » L’entrepreneuriat français à Montréal est son cheval de bataille. Séverine Boitier est présidente du Cercle des entrepreneurs et réseauteurs français (CERF), organisme avec lequel elle a amorcé son implication au sein de la communauté franco-québécoise au début des années 2000.

Elle s’investie également dans la French Tech Montréal depuis 2015, dont la mission est de répertorier l’ensemble des entreprises françaises installée au Québec, ou les entreprises canadiennes fondées par des français, œuvrant dans le domaine des technologies. « Notre objectif ici est de fédérer et de créer un écosystème technologique québécois, décrit-elle. Mais c’est aussi de rayonner à l’international, avec d’autres métropoles. »

Séverine Boitier est nommée vice-présidente du conseil consulaire depuis novembre 2015. « Ça ne sert à rien d’être sur tous les fronts, je préfère faire les choses bien dans un domaine que je connais et dans lequel je peux être efficace », précise-t-elle. Sa zone de confort est le développement, l’implantation et la facilitation de l’intégration des entreprises françaises à Montréal. Elle estime que chacun des sept conseillers consulaires ont leurs spécificités. « Beaucoup font des infolettres et des permanences, donc de mon côté je ne veux pas en faire une énième, dit-elle. Je fais surtout du conseil et de l’information. J’ai un bon réseau donc je fais aussi beaucoup de mise en contact. »

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Séverine Boitier et Émmanuel Marcilhacy, lors de la campagne des élections consulaires en 2014 – Archives l’Outarde Libérée

La conseillère consulaire dit avoir motivé depuis novembre une première réunion avec les autres élus autour de la question des visas, pour mieux répondre aux interrogations des français à ce sujet. Elle assure également recevoir de nombreuses demandes d’information concernant la fiscalité, mais aussi la vente d’immobiliers, l’hypothèque ou la retraite. « Je les redirige vers des personnes ressources de confiance, des spécialistes, renseigne-t-elle. Je ne veux pas donner des informations erronées. » Séverine Boitier se positionne en tant que relais entre la communauté française de Montréal et les ressources dont celle-ci peut avoir besoin.

Un relais d’une neutralité absolue. Unique membre du conseil consulaire n’étant pas affilié à un parti, Séverine Boitier se réjouit de cette position. « Je trouve que c’est une très grande liberté », dit-elle, ce qui lui permet d’intervenir sur un ensemble de sujets sans chercher à glaner des voix pour sa formation politique. « Ce que je trouve dommage dans le système des élections des conseillers consulaires c’est qu’il favorise l’élection de partis et non d’initiatives neutres, alors qu’il y a des gens qui ont beaucoup à apporter en dehors des partis, poursuit-elle. Ce sont des gens qui sont souvent plus tournés vers le terrain, plus pragmatiques dans leur approche. »

Plus d’une décennie en politique locale

Arrivée à Montréal en 1996, Séverine Boitier s’engage en 2003 sur la liste de son « mentor en politique ici », Emmanuel Marcilhacy, pour les élections des délégués consulaires. Elle s’implique dans son mandat de rassembler la communauté française de la ville, bâtie autour de plusieurs initiatives individualistes à l’époque, selon elle.

 Je dis souvent que j’ai le cœur à gauche et la tête à droite. Entre la politique de la France et la politique plus libérale nord-américaine, on se fait sa poutine personnelle.  

Séverine Boitier créé en 2011 la Fédération du Parti radical du Canada. Le parti est alors présidé par Jean-Louis Borloo, qu’elle a rencontré plusieurs fois. « J’aimais sa personnalité, son côté un peu bulldozer, son franc parlé, et sa méthode me semblait intéressante, une démarche proactive », raconte-t-elle.

Après plusieurs tentatives de rapprochement des partis du centre, l’UDI est créé en 2012, auquel elle adhère. C’est donc tout naturellement qu’elle propose en 2014 une liste UDI aux élections consulaires, sur laquelle elle sera élue. Après un désaccord avec la branche montréalaise du parti lors des élections sénatoriales de la même année, Séverine Boitier se retire et devient indépendante. « Je ne peux pas adhérer à 100% à l’idéologie d’un parti, parce que je fais les choses en mon âme et conscience, avec mes valeurs, et que je ne peux défendre des idées auxquelles je ne souscris pas, explique-t-elle. Il y avait certains volets qui étaient plus conservateurs sur des questions sociétales. J’ai senti, par exemple, avec la loi du mariage pour tous pour laquelle j’étais en accord, qu’il y avait beaucoup de réserve. J’ai aussi senti rapidement que l’UDI devenait une succursale de l’UMP. »

En accord à la loi El Khomri

Branchée sur l’actualité française, Séverine Boitier se dit favorable à la loi du travail de la ministre du travail, Myriam El Kohmri. « C’est toujours un jeu de mise en place, dit-elle. Il va falloir des ajustements, il faut l’éprouver pour l’améliorer, mais je pense que c’est l’avenir. D’autres pays l’ont mises en place en Europe. La France ne peut pas aller à contre-courant d’un mouvement de société qui existe déjà. » Elle estime que cette loi facilitera la dynamique entrepreneuriale et la création d’entreprises. « Je pense qu’aujourd’hui c’est la dynamique mondiale et que nous ne pouvons plus être supportés par les États comme ce l’était auparavant, élabore-t-elle. Il faut que l’État intervienne mieux, différemment, mais il faut aussi que les gens s’autonomisent et se prennent en charge. Je crois que la flexibilité du travail pourra améliorer ces conditions. »

On peut sortir de la France mais difficilement sortir la France de soi

Elle se réjouit par ailleurs de la décision du gouvernement d’abandonner le projet sur la déchéance de nationalité. « Ce sont des idées rétrogrades et on doit plutôt avancer sur le vivre-ensemble », juge-t-elle.

Pour Séverine Boitier, la France a besoin d’un souffle positif et dynamique, un message qu’elle veut faire résonner au sein de la communauté établie au Québec. « Restez inspirant pour nos compatriotes qui sont en France. C’est à tous les français qui ont une expérience à l’étranger, qui la vivent et qui y restent, d’apporter leur pierre à l’édifice. De dire que nous sommes tous attachés à notre pays d’origine. On peut sortir de la France mais difficilement sortir la France de soi. »

(crédit photo de Une : Guillaume Gilbert)

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