En visite à Montréal, le directeur de la Société Générale vante la vigueur du secteur bancaire canadien

Jeudi dernier, Séverin Cabannes était l’invité du CORIM à Montréal, pour évoquer les défis qui attendent les banques européennes, canadiennes et américaines. Le directeur général de la Société Générale a vanté le niveau de rentabilité des banques nord-américaines et ébauché des pistes de solutions pour les banques européennes.

Par Nathalie Simon-Clerc

« Entre 2000 et 2015, la valeur des banques européennes a chuté de 60% alors que celle des banques canadiennes a augmenté », constate Séverin Cabannes. Il attribue cette dévalorisation aux taux d’intérêt devenus négatifs, à une inflation quasi-nulle et aux prévisions économiques très instables. « Cette instabilité est générée par les banques centrales elles-mêmes, affirme le directeur de la Société Générale, c’est nouveau! »

Selon lui, la réponse viendra de l’innovation, pour autant que l’environnement réglementaire, modifié depuis 2008, se stabilise. « Cela retarde les grands choix stratégiques », se désole M. Cabannes. Il fustige Bâle III (réponse du Comité de Bâle à la crise financière) qui tarde à stabiliser des règles définitives. Car selon lui, alors que l’Amérique du nord est sortie de la crise, l’Europe « est juste en train d’en sortir ».

Le système bancaire européen est destructeur de valeur

La question de la rentabilité des banques européennes est au cœur de la réflexion de la Société Générale. Créée en 1864, présente dans 75 pays, la banque française compte 145 000 collaborateurs, dont 320 personnes au Canada. L’institution bancaire a déjà complété quatre plans sociaux, « sans aucun mouvement social », se réjouit M. Cabannes. Le back-office a réduit ses effectifs de 30% et les agences de 20%. « Ça va continuer, et nous devons gérer socialement », prévient Séverin Cabannes.

Alors que les ratio de rentabilité des banques nord-américaines sont de 15% au Canada et 9% aux États-Unis, il n’est que de 6% en Europe. « Le système bancaire européen est destructeur de valeur pour les actionnaires, alors qu’il est créateur de valeur au Canada », affirme-t-il, avant d’ajouter que la rentabilité est liée à la réglementation et au niveau de concentration de l’industrie.

La mauvaise image des banques européennes

Mais ce sont aussi la digitalisation du monde bancaire et le défi de la réputation qui doivent accompagner un secteur bancaire, qui doit muter en industrie. Le directeur de la Société Générale a salué les banques canadiennes, « très avancées » dans le domaine digital. M. Cabannes regrette enfin la mauvaise image des banques européennes dans l’opinion publique. La Société Générale a amorcé le programme « Conduite & Culture », pour reconstruire l’image de l’entreprise. « La Société Générale veut devenir l’une des marques les plus aimées en Europe », expose sans détours son directeur général.

Interrogé sur les Panama Papers, Séverin Cabannes répond par une pirouette que « la Société Générale n’est pas la seule concernée ». Il y va également de sa prédiction sur un éventuel « brexit » de la Grande-Bretagne et affirme qu’il ne sera pas voté. Quant aux systèmes de paiement qui fleurissent ça et là, il avoue : « On a perdu la bataille des paiements… »

Le Conseil des Relations Internationales de Montréal (CORIM) a accueilli plus de 200 personnes à l’hôtel Westin pour écouter Séverin Cabannes, et terminera une saison bien remplie les 7 et 9 juin prochains, avec Rupert Duchesne et Hubert Bolduc.

(crédit photo : Nathalie Simon-Clerc)

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