Sandrine Bonnaire prend le large au Maroc, dans un film de Gaël Morel

Le 5 février 2018, l’avant-première québécoise du dernier film de Gaël Morel, « Prendre le large » était présentée au cinéma Beaubien. Sandrine Bonnaire y tient le rôle principal, celui d’Édith, une ouvrière dans une usine de textile, qui décide de changer de vie et de suivre la délocalisation de son emploi au Maroc. Le film sort aujourd’hui sur les écrans du Québec, après avoir été salué par la critique en France.

Par Pascal Eloy

« Sandrine fait partie de ces actrices qui donnent une direction aux scénarios au moment de l’écriture. C’est une belle actrice au sens absolu du terme. Elle a ce port de tête et cette souplesse incroyable, qui, en même temps, ne sont pas à côté du personnage puisqu’elle-même est issue de la classe ouvrière », explique Gaël Morel.

Découvert en 1994 dans le rôle de François dans « Les roseaux sauvages » d’André Téchiné, Gaël Morel, signe, ici, sa sixième réalisation d’un long-métrage, co-scénarisée avec l’écrivain marocain Rachid O. Après avoir dirigé Catherine Deneuve (« Après lui » en 2007) et Béatrice Dalle (« Notre paradis » en 2011), il confie, cette fois-ci, le rôle principal de son film à Sandrine Bonnaire qui incarne Edith.

Edith, ouvrière dans une usine de textile de Villefranche-sur-Saône, accepte une relocalisation au Maroc, plutôt que les indemnités de licenciement proposées suite à la fermeture de son atelier. Ainsi, à 45 ans, cette femme qui veut suivre les traces de son père qui n’a jamais eu un seul jour d’absence de toute sa carrière professionnelle, s’embarque pour Tanger, croyant y retrouver un poste équivalent dans une filiale marocaine. De désillusions en incompréhensions, celle que ses collègues surnomment avec défiance « La Française » va devoir s’adapter à une nouvelle vie, des conditions de travail différentes et des mentalités parfois déstabilisantes.

Entre chronique sociale d’un secteur professionnel sinistré et drame intimiste, Gaël Morel, rend, dans ce film, hommage au milieu ouvrier dont il est issu. Des plans rétrécis dus au choix du format scope illustrent parfaitement l’étroitesse de la vie d’Edith avant son départ ; étroitesse de vie et non étroitesse d’esprit car son fils est gay et elle le soutient dans cette vie. De plus, elle accepte sa délocalisation comme un défi personnel et une nouvelle chance de vie.

« Je voulais rendre hommage au milieu ouvrier d’où je viens ; tourner un film qui s’y déroule entièrement. Il y a souvent des personnages d’origine modeste dans mes films, mais ils ne sont pas nécessairement issus de la classe ouvrière dans laquelle j’ai grandi. », justifie le réalisateur.

En réalité, ce scénario exempt de fioritures dépeint sans concession l’inhumanité de la condition ouvrière, là où les lois sociales sont inexistantes et la solidarité entre ouvrières impossible. Même Mina, la sculpturale Mouna Fettou, la propriétaire de la pension de famille où loge Edith, mettra longtemps, bien qu’elle soit une femme divorcée et libre, avant d’offrir son amitié à cette cliente étrange. En fait, seul Ali, Kamal El Amri, le fils de sa logeuse saura, par sa gentillesse et son humanité, illuminer le séjour d’Edith. (Ce jeune acteur Kamal El Amri est d’ailleurs lumineux dans son interprétation. Espérons que le cinéma lui donnera des rôles à sa mesure !)

Sorte de road movie, ce film porte un regard poignant, avec un soupçon d’optimisme, sur les différences culturelles et la difficulté de les surpasser. Entre mélancolie et espoir, Sandrine Bonnaire y incarne un personnage usé et déstabilisé qui va cependant, par cette vie nouvelle, entreprendre un voyage intérieur pour renouer avec son fils (Ilian Bergala) avec qui elle éprouve une difficulté douloureusement pudique à communiquer. Bref, un moment d’incompréhensions et d’émotions qui ne laissera personne indifférent.

Prendre le large a reçu des critiques 5 étoiles de la Revue Marianne et du magazine, Les Inrockuptibles.

Le long-métrage sort sur les écrans québécois ce 9 février 2018.

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