Salut c’est cool : l’univers absurde et créatif de quatre jeunes artistes

Le groupe le plus fou de la scène techno de ces dernières années, Salut c’est cool  était de passage à Montréal le 21 juillet dernier pour l’ouverture de la 18e édition du Festival MEG — Musique électronique Groove. Avec un style instinctif et naturel, de la poésie décalée, un spectacle teinté d’autodérision, le jeune quatuor de musiciens parisiens a réussi à exporter ses prestations live au-delà de la France, en Belgique, en Suisse… et jusqu’au Canada. C’est à la SAT, que 200 à 300 passionnés et déjantés ont « sauté » (plus que dansé) sur des morceaux qui vont rarement en deçà de 160 bpm…

Par Léopoldine Frowein

Même si le groupe est souvent assimilé au ridicule et à la folie qu’ils transportent sur scène, Salut c’est cool, ce n’est pas un « show ». « On ne fait pas le show sur scène; on n’est pas des Johnny Hallyday. Avec la musique, on perd pied et on ne réfléchit plus à ce qu’on fait », explique l’un des membres du groupe. Ce sont tout simplement et avant tout des artistes qui ont décidé de « s’exprimer ensemble », selon lui.

Pourtant j’ai d’abord eu l’impression de rencontrer les « personnages » de Salut c’est cool, comme s’ils « faisaient le show », en plein après-midi, juste pour moi : deux des musiciens boitent en montant les escaliers avec leur canne, l’autre essaie de retirer une espèce de parapluie du Québec accroché à sa tête. Ils sont sympathiques et pleins d’humour, mais l’entrevue reste déconcertante et intrigante : comment effacer le fard de leur mise en scène d’eux-mêmes et découvrir le message qu’ils souhaitent diffuser ?

SalutCestCool_1Retour sur l’entrevue en elle-même, puisque rien ne vaut la structure spontanée d’un échange.

L’Outarde Libérée : Est-ce que vous pouvez me parler de vos débuts dans la musique ?

Salut C’est Cool : On était un groupe de potes, tous étudiants en art, et on voulait faire de la musique et s’exprimer. On a donc décidé de faire de l’art, ensemble.

OL: Vous dites que vous faites de l’art, vous vous considérez comme des artistes ?

SCC: Ce que je sais c’est qu’on a envie de s’exprimer.

OL: Vous êtes connus pour votre prestation sur scène, à quel point est-ce de la mise en scène ou de l’improvisation ?

SCC: À 68 % (rires). Plus sérieusement, avant le concert et pendant la journée même, on cherche les matières recyclées qui pourraient nous servir pour le concert.

OL: En vous y prenant si tardivement, vous ne craignez pas de ne pas trouver les matériaux nécessaires ?

SCC: Il ne suffit de pas grand-chose en fait. Et comme on a fait beaucoup de concerts, on commence à avoir des idées récurrentes, des astuces trompe page-blanche. Par exemple le scotch ou le carton sont des matériaux qui peuvent toujours nous servir pour un concert.

OL: Dans vos concerts, vous utilisez beaucoup de matières recyclables ; dans vos chansons et vos clips, vous faites souvent allusion aux ressources de la terre, et enfin, je vois que l’un de vous porte un tee-shirt de l’Île d’Orléans et un chapeau/parapluie avec le drapeau du Québec ; est-ce un moyen de diffuser un certain message ou des valeurs écologistes ?

SCC: Pas vraiment. On veut faire passer plein de messages différents et on n’est pas vraiment sûrs des messages que l’on souhaite faire passer.

OL: Comment ça vous n’êtes pas sûrs des messages que vous souhaitez diffuser ?

SCC: Je pense qu’il y en a qu’on ne connaît pas encore. D’ailleurs moi je suis très heureux quand quelqu’un vient me voir pour me dire qu’il a trouvé telle ou telle interprétation à une de nos chansons, et que je ne l’avais pas encore remarquée moi-même.  On évoque des thèmes très simples, tout le monde peut y donner sa propre interprétation.

OL: Tout à l’heure, tu as dit que vous aviez plein de messages à faire passer, lesquels par exemple ?

SCC: Moi j’aime bien faire passer comme message qu’on peut faire des choses assez simplement, sans trop de moyens, et sans se donner des barrières parce qu’on est timide, qu’on a peur ou qu’on a l’impression de ne pas avoir les moyens de le faire.

OL: Comment définiriez-vous votre style musical ?

SCC: On dit que c’est de la musique, mais on n’est même pas sûr que c’en est en soi. On ne s’intéresse pas tellement aux genres : on ne veut pas se mettre de barrières en se cloisonnant dans un style musical.

OL: Et vous personnellement, qu’est-ce que vous écoutez ?

SCC: De la techno, de la musique au piano, des petites chansons pop, de la cold wave… On peut notamment citer Alphex Twin, Alexander Robotnik, DMX, Mac Man… etc. On a un site internet avec une radio, ou plutôt une banque de sons aléatoires,  où on diffuse la musique qu’on aime.

OL: D’ailleurs, en parlant de vos goûts musicaux, ça vous dérange quand on qualifie votre style de kitsch, provocateur, mauvais goût ?

SCC: Provocateur ça ne me dérange pas ; kitsch ça me dérange un peu ; mauvais goût ça me dérange, car je n’ai pas l’impression que ce soit vrai.  J’ai l’impression qu’il s’agit d’un jugement subjectif qui ne correspond pas à ce que nous on veut faire passer comme message. Je ne dis pas qu’on est à l’abri de faire du kitsch, mais en soi ce n’est pas notre but. Nous on cherche simplement à faire des trucs qui nous plaisent.

OL: Qu’est ce que tu répondrais à tous ces gens qui tiennent ces propos ?

SCC: On leur dit que nous on fait ce qu’on aime, peu importe le reste.

OL: Vous avez des projets pour la suite ?

SCC: Voir mes parents. Sinon on va sortir une reprise d’un opéra de Jean-Philippe Rameau, « les Indes galantes ».

OL: Vous avez d’autres objectifs pour les mois ou années à venir ?

SCC: Oui on réalise un moyen-métrage avec le musicien Flavien Berger. Il s’agit d’une trame improvisée mettant en scène Astérix et Obélix.

Finalement, Salut c’est cool s’est exprimé sur scène, avec des cartons, du scotch, de la nourriture, et beaucoup de spontanéité. L’auditoire s’est déchaîné : les gens montent sur scène, sautent, dansent, se bousculent, crient… Avec Salut c’est cool, les gens s’expriment et se défont de toute gêne.

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