Roland Lescure à Montréal: l’Europe et l’environnement éclipsent la CSG-CRDS

De passage dans la métropole québécoise, le député LREM de la première circonscription des Français de l’étranger, Roland Lescure, a tenu une réunion publique le 30 octobre dernier à l’Union Française de Montréal. Plusieurs s’attendaient à des débats enflammés autour de l’exonération de la CSG-CRDS aux Français de l’étranger, une mesure annoncée récemment par le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin, mais qui ne s’appliquera finalement pas aux contribuables hors de l’Union européenne. C’est finalement l’environnement et l’Europe qui auront monopolisé les discussions lors de cette rencontre, qui a – presque – fait salle comble.

Par Sandrine Bourque

Depuis qu’il a été élu député de la première circonscription des Français de l’étranger – un territoire qui comprend les États-Unis et le Canada – en juin 2017, Roland Lescure, ancien vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) de 2009 à 2017, juge qu’il n’est « pas assez souvent à Montréal », notamment en raison de ses fonctions de président de la Commission des Affaires économiques à l’Assemblée nationale. En 18 mois de mandat, il aura ainsi tenu trois réunions publiques – dont celle de mardi dernier – dans la métropole québécoise.

Alors que l’on apprenait il y a deux semaines que les mesures d’exonération de la CSG-CRDS en faveur des Français de l’étranger ne s’appliqueraient pas aux expatriés hors Union européenne, un choix que M. Lescure a jugé « regrettable » à l’issue de la séance des questions au gouvernement du 16 octobre dernier, d’aucuns s’attendaient à ce que cette annonce suscite de vives réactions. Or, c’est plutôt l’environnement et les élections européennes de 2019 qui ont monopolisé les débats lors de cette réunion publique.

Une crise environnementale qui inquiète

C’est Mickaël, un jeune français installé à Montréal depuis quelques années, qui a lancé le bal. Évoquant le récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de l’ONU, qui tirait la sonnette d’alarme le 8 octobre dernier quant à l’urgence d’agir afin de limiter le réchauffement de la planète à 3 degrés d’ici 2100, le jeune homme n’a pas mâché ses mots.

« Si l’on s’en tient à l’accord de Paris – qui n’est d’ailleurs pas respecté par la majorité des pays signataires à l’heure actuelle –, il faudrait réduire nos émissions de GES de 45% d’ici à 2030. Mais je vois bien mal ce que votre gouvernement fait concrètement pour s’attaquer à cette crise », a-t-il lancé devant la foule.

En guise de réponse, M. Lescure a tenu à rappeler au public les mesures mises de l’avant par le gouvernement d’Édouard Philippe depuis son arrivée au pouvoir : hausse de la taxation sur l’essence – ce qui lui a valu des applaudissements du jeune Mickaël –, investissements dans le transport collectif et transition vers des énergies alternatives aux combustibles fossiles, entre autres.

Loin de clore le dossier, cette première question adressée au député Lescure a nourri de longs échanges autour de l’environnement. Énergie nucléaire, voitures électriques, prix du carburant : nombreux sont les citoyens ayant exprimé de vives inquiétudes face aux défis qui frappent aux portes de l’Europe en matière environnementale.

À contre-courant de l’assemblée, un citoyen a tenu pour sa part à condamner vivement le « manichéisme vert » des pouvoirs publics, qui accouchent selon lui de mesures irréalistes et déconnectées de la réalité des communautés rurales en France, dont une grande partie de la population dépend encore largement de la voiture pour ses déplacements.

« Oui, les campagnes françaises ne sont ni Paris, ni le Plateau-Mont-Royal, a reconnu Roland Lescure. Nous ne pouvons pas simplement dire aux gens de prendre un vélo pour sauver la planète. Pour autant, il ne faut pas baisser les bras. Il faut inciter le maximum de personnes à utiliser des véhicules moins polluants, mais aussi investir dans le transport collectif dans les milieux ruraux. »

Si M. Lescure a paru sincèrement préoccupé par les enjeux environnementaux et qu’il a évoqué de nombreuses mesures mises de l’avant par son gouvernement, il ne semble toutefois pas être parvenu à convaincre l’auditoire de l’efficacité et de la suffisance de ces gestes, à l’heure où la crise écologique occupe une place croissante dans les débats publics de part et d’autre de l’Atlantique.

Europe : progressistes contre conservateurs ?

Autre sujet qui a fait réagir : l’Europe. Alors que des élections européennes sont prévues en mai 2019, les participants à la réunion ont été nombreux à exprimer des inquiétudes quant au climat tendu observé actuellement entre les États membres de l’Union européenne, notamment entre la France et son voisin italien. « Avez-vous un plan pour encourager les électeurs à aller voter ? », a également demandé une jeune étudiante à Roland Lescure.

« Je pense que nous allons être capables de montrer que l’Europe peut changer la vie quotidienne des gens. Nous devons mener un débat sur la transition écologique, sur la fiscalité, sur le problème des réfugiés… et pour cela, il faut que tout l’Europe travaille ensemble », s’est contenté de répondre le député, se voulant rassurant alors qu’un vent d’euroscepticisme souffle sur l’Hexagone.

Visiblement remonté contre le député Lescure, le citoyen qui avait accusé le gouvernement de faire preuve de « manichéisme vert » s’est permis une autre invective. « Vous dites que les élections européennes sont essentielles pour notre avenir et que nous devons débattre tous ensemble, mais comment pouvez-vous appeler à un grand débat idéologique alors que La République en Marche réduit les clivages à une joute entre progressistes et fascistes ? », a-t-il lancé sur un ton de reproche.

« Bien sûr, il y a des couleurs intermédiaires », a reconnu Roland Lescure. « Mais selon moi, oui, en ce moment, les débats publics sur l’avenir de l’Europe s’apparentent souvent à une confrontation entre progressistes et conservateurs, et je ne me gênerai pas pour poser le débat en ces termes », a-t-il ajouté sur un ton ferme. Pour les macronistes, les valeurs qui doivent guider le projet européen ne sont visiblement pas négociables.

Roland Lescure a toutefois reconnu que le fonctionnement actuel de l’Union européenne présente des lacunes. « La critique sur l’Europe est valide. L’Europe d’aujourd’hui fonctionne mal, et il est vrai qu’il y a d’importants défis à relever au niveau du fonctionnement démocratique de l’Union. D’où l’importance de l’élection de mai prochain, cruciale afin de déterminer qui sera à la tête de la Commission et qui mènera les réformes », a-t-il martelé.

La CSG-CRDS à l’arrière-plan

Outre l’environnement et l’Europe, plusieurs participants ont également abordé les problèmes vécus quotidiennement par les expatriés Français lorsque vient le moment de remplir des démarches administratives. « Pourrait-on donner plus de pouvoir au consulat ? Parce qu’à l’heure actuelle, c’est mal foutu », a résumé un citoyen, ce qui a provoqué des fous rires dans la salle. Formulaires mal adaptés, longs délais d’attente, problèmes informatiques : plusieurs ont fait état de difficultés, vis-à-vis desquelles M. Lescure s’est montré réceptif. Il a notamment reconnu la nécessité de développer les démarches en ligne afin de faciliter la vie aux expatriés.

La question de l’exonération de la CSG-CRDS n’aura finalement occupé qu’une place marginale dans les discussions, qui se sont déroulées dans un climat convivial et respectueux. Mais lorsque Roland Lescure a évoqué le dossier, promettant de « continuer à travailler dans les mois qui viennent afin que tous les contribuables vivant hors de France puissent être exonérés », un citoyen a lancé un avertissement : « On vous attend là-dessus ! » Voilà qui a le mérite d’être clair.

(crédit photo: Archives)

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