Rififi à l’UDI Canada, Séverine Boitier quitte le parti, Olivier Cadic reprend la main

Par Maryne Zammit

Fraîchement débarqué de Paris, le sénateur UDI des Français établis hors de France, Olivier Cadic, était à Montréal hier soir pour rencontrer ses compatriotes et lancer le club UDI-Montréal. La réunion publique a tourné au règlement de compte entre les militants locaux de l’UDI et l’élu de la République, devant des militants UMP venus en grand nombre. Séverine Boitier, démissionnaire et absente, est remplacée par Arthur de Lembeye, à la tête du tout nouveau club.

Tout avait pourtant bien commencé au Café République hier. Olivier Cadic s’est d’abord exprimé sur l’attentat de Paris, le 7 janvier dernier. Il a salué la communauté française de Montréal, la première en nombre à s’être rassemblée à l’étranger : « Vous avez été exemplaires dans le soutien à Charlie Hebdo. Chapeau, vous êtes fabuleux !», s’est-il exclamé, applaudi par l’assemblée.

« Entre l’UDI et l’UMP, on ne fait pas bloc contre bloc »

Il a ensuite très vite réaffirmé l’engagement de l’UDI aux côtés de l’UMP. Rappelant que sans l’UDI ou l’UMP, ni l’un ni l’autre n’avait la majorité au Palais du Luxembourg (Sénat), il s’est félicité du travail accompli avec une liste d’union dans sa circonscription d’Europe du Nord (sa liste a obtenu 5 sièges sur 8).

Il a par ailleurs remercié Michaël Pilater pour son vote aux élections sénatoriales. Le conseiller consulaire UMP et conseiller élu à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) était présent hier. « Si je suis au Sénat, c’est un peu grâce à toi », lui a lancé le parlementaire en plein discours. Et d’assener : « Des différences entre nos partis, il y en a. Mais pour réussir, nous avons besoin de travailler ensemble. »

Il a également exposé ses travaux parlementaires, et notamment sa proposition pour protéger les enfants français expatriés, et rappelé qu’il est l’un des rares parlementaires à informer de son activité parlementaire dans son infolettre chaque semaine. Des questions sur l’AECG ont été également posées par des participants.

Rififi à l’UDI : « Tu as pratiqué le fait du prince! »

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Damien Fière, porte-parole de l’UDI-Canada, et Émmanuel Marcilhacy en arrière-plan

Tout avait bien commencé, en effet. Seulement voilà, les querelles internes à l’UDI ont vite rattrapé le sénateur et les militants, devant un public médusé. Car le débat fut houleux. « Il s’est passé quelque chose de grave aux dernières élections sénatoriales », se souvient Olivier Cadic. « La personne qui devait représenter officiellement  l’UDI auprès des électeurs a pris la décision de se présenter contre la coalition UDI-UMP sur une autre liste. Et c’est peu glorieux, c’est même terrible !», a-t-il déploré. Cette personne, c’est Séverine Boitier, grande absente hier soir. Sans jamais la nommer, le sénateur a regretté « l’usage de l’étiquette UDI au nom de considérations personnelles qui allaient pourtant à  l’encontre la stratégie que le parti s’était fixé ».

Faire le ménage à l’UDI-Montréal, c’est donc l’autre raison de la venue du parlementaire dans la Belle Province, qui troque alors sa casquette de sénateur contre celle de coordinateur des Clubs UDI des Français de l’Etranger. « Une nouvelle page se tourne. Il faut démarrer une nouvelle action locale à Montréal  », a-t-il annoncé avant d’ajouter : « Chacun doit prendre sa part dans la reconstruction ». Il a, dans la foulée, adoubé son correspondant outre-Atlantique, Arthur de Lembeye, désormais animateur de la section UDI-Montréal.

Une fois le discours achevé et la séance de questions publiques ouverte, les militants ont pris la parole. Pour Philippe Barthélémy, présent sur la liste UDI aux consulaires en mai dernier, le contexte de ce qui est reproché ici ne doit pas être négligé: « La relation que nous avons avec l’UMP locale est assez rugueuse. Avant l’élection sénatoriale, il y avait déjà un historique sur le sujet », a-t-il réagi, en prenant à témoin les articles publiés par L’Outarde Libérée.

Louant l’efficacité du sénateur Cadic durant son ex-mandat de conseiller consulaire, Émmanuel Marcilhacy, jusque là vice-président de l’UDI Canada, a toutefois souhaité jeter la lumière sur les coulisses de son parti. « Pour moi, la République, ce n’est pas la monarchie. Le chef est là pour écouter, pas seulement pour donner des ordres. Il y a deux jours, j’ai été très surpris de voir que tu as pratiqué le fait du prince », a-t-il fermement dénoncé, s’adressant à l’élu.

Séverine Boitier désavouée

DSC_0227En effet, M. Cadic, aussi coordinateur des Clubs UDI de l’étranger, a récemment nommé Arthur de Lembeye, jeune étudiant de 20 ans à HEC Montréal, à la tête de l’UDI-Montréal, remplaçant de fait Séverine Boitier dans une UDI-Canada qui reste à reconstruire. « Tu as nommé Arthur sans que personne ici n’en ait été averti, alors qu’aucun des membres de l’UDI n’ont cautionné le choix de Séverine Boitier* », a insisté M. Marcilhacy. Applaudi, il a notamment rappelé toute l’action menée au cours des derniers mois, comme l’organisation des cafés LUDIQ, et s’est dit « déçu et attristé d’être mis en quarantaine de cette façon ».

Une jeune militante regrette : «  Ce qui est décevant, c’est qu’on aurait pu en parler avant cette rencontre pour laver notre linge sale en famille. Là, on est obligé de le faire en public ».

Olivier Cadic a, lui, estimé que l’UDI n’avait pas obtenu les résultats escomptés en Amérique du Nord à cause de la « stratégie Boitier », qu’il a qualifiée de « scandaleuse » pour le parti . Il a justifié le choix d’Arthur de Lembeye pour « une question de crédibilité et d’éthique » pour le parti lui-même, mais aussi pour son allié à droite, l’UMP. Car, c’est bien la question du rapprochement des deux partis qui était en filigrane hier soir : une stratégie nationale pour le coordinateur des Club UDI de l’étranger, une stratégie « conditionnelle » pour l’ancienne équipe locale, justifiée par d’Émannuel Marcilhacy : « L’UMP de Bruno Lemaire, oui. L’UMP d’Alain Juppé, oui. Mais l’UMP de Buisson, non ».

(crédit photo : Nathalie Simon-Clerc – photo de Une : Olivier Cadic et Arthur de Lembeye)

 (*) le choix de soutenir la liste de Jean-Pierre Bansard aux élections sénatoriales, contre celle de L’UMP-UDI

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