Le réseautage, la clé du succès

Jeudi soir, l’Union Française a accueilli des professionnels du recrutement et du service d’aide à l’emploi pour les immigrants dans le cadre d’un « 5@8 » consacré au réseautage. Ils ont livré des conseils aux nouveaux arrivants venus nombreux mais pas toujours convaincus.

Par Lise Ouangari 

La chaleur de l’après-midi est tombée, les employés quittent les bureaux, les voitures encombrent les boulevards. Il est 17 H. C’est l’heure de « réseauter » autour d’un verre dans les traditionnels  5@7. Au 429 de la rue Viger, des gens gravissent les hautes marches de la belle bâtisse du XIXéme siècle de l’Union Française (UF) pour se rendre au « 5@8 ».

L’association française, qui aide les immigrants français à s’intégrer dans la société québécoise, en organise tous les jeudis autour de programmations sociales et culturelles diverses. Ce soir, la soirée est consacrée au réseautage, une véritable institution au Québec.

Réseauter pour mieux s’intégrer

Accoudé au bar, Garry sirote un verre de vin blanc. Il est arrivé à Montréal en juin dernier avec un Permis Vacances-Travail (PVT). « Le réseautage, c’est pas mal. On a plus l’impression d’être en soirée que de chercher une job. Ça permet de se faire des contacts, de trouver des opportunités et de faire des rencontres », raconte t-il.

Cette pratique sociale, basée sur le partage et l’échange, permet de multiplier les contacts professionnels ou autres. Une centaine de personnes étaient au rendez-vous jeudi soir pour la plupart des Français venus pour pousser les heureux hasards, presser le bouche à oreille ou seulement boire un verre.

Une autre culture de recherche à l’emploi

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Crédit photo : Lise Ouangari

Le réseautage est un trait de la culture nord-américaine mais le concept n’est pas toujours naturel pour les nouveaux arrivants qui doivent parfois se forcer pour aborder des inconnus. Benjamin Fischer, conseiller en emploi à la CITIM (Clef pour intégration au travail des immigrants) a décrit « une société anglo-saxonne moins hiérarchisée » ce qui suscite selon lui des « gestes différents qu’on va poser dans sa recherche d’emploi ».

« Il y a peut être moins de pudeur. Les gens parlent plus spontanément de leur recherche d’emploi. Ici, c’est beaucoup plus par le contact et le réseau qu’on trouve de l’emploi », explique Laurence Reynaud, coordonnatrice de l’Union Française.

Ramzi Sfeir a troqué sa veste politique pour s’exprimer en tant que spécialiste dans une agence de recrutement informatique. « Est-ce qu’il y a des gens dans l’informatique dans la salle? Et bien je vous présente des personnes riches », a-t-il lancé en suscitant les rires de l’assemblée. Il a confié se pencher davantage sur les compétences et les réalisations des candidats plutôt que sur les noms des entreprises, moins révélateurs selon lui.

Au rythme de son Powerpoint, Anne Laure Nouvion, coach professionnelle, a, quant à elle, encouragé à développer la fibre entrepreneuriale qui anime une partie significative des immigrants selon elle.

« Tout n’est pas rose »

Sur le perron du bâtiment, des gens prennent l’air ou fument une cigarette. Le regard tendu vers l’avenir, une jeune femme rouquine de 23 ans tout juste sortie d’une école de construction en France, écoute un homme plus âgé qui affiche un air avisé. «Si tu veux monter un business, tout est possible. Moi j’ai lancé plusieurs petits commerces, je me suis fais beaucoup d’argent. Mais dans d’autres domaines comme la construction, je te conseille d’aller plus à l’Ouest », dit-il.

Cet homme de 56 ans, qui a aussi travaillé pendant deux ans à l’Office de l’Immigration, met en garde: « Attention de ne pas faire forcément confiance aux organismes qui demandent de payer. Ces organismes, ça aide bien sûr, mais on vous vend tout très rose. Il faut faire la part des choses. Je connais des chauffeurs de taxi qui sont chirurgiens ».

Valérian, un nouvel arrivant de 22 ans, partage son scepticisme.« C’est un peu une sorte de business où on doit payer pour chercher un emploi » regrette t-il en écho notamment à l’annonce des représentants de la CITIM qui exige depuis février, à la suite du retrait de financement de la part du gouvernement français, un paiement (40$) pour des services de formation à l’emploi qui, jusque là, étaient gratuits.

Au bar de l’UF, les intervenants ont quitté l’estrade. La musique des conversations a repris autour des bières qui se vident. Le réseautage est à l’œuvre. Des numéros de téléphones sont échangés, parfois gribouillés sur des bouts de papier. Sans pour autant se lancer dans une compétition comme dans la fameuse scène d’American Psycho, il serait utile d’imprimer ses cartes de visite pour le prochain 5@7, surtout si l’on tombe sur son futur employeur.

(crédit photo Une : archives – Rozenn Nicole / crédit photo : Lise Ouangari)

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