Rachid Taha, entre provocation et légère déception au Métropolis

Pour célébrer les 30 ans du Festival international Nuits d’Afrique, le roi du raï Rachid Taha a réuni des centaines de personnes au Métropolis, le 13 juillet dernier. Une rencontre étonnante avec l’homme qui compte plus de 3 décennies de carrière.

Par Manon Lefevre-Mons, journaliste

C’est le 4 juillet 1981 que Rachid Taha lance sa carrière musicale. Dans un style que lui-même peine à décrire, il a trouvé une parade « Il y a du Elvis Presley, de la musique arabe, du rock, de la musique africaine, en fait ma musique c’est comme un gros couscous. »

C’est en Algérie que l’artiste a fait ses premiers pas, mais c’est en France qu’il est établi depuis de nombreuses années. Celui à qui on reproche souvent de piquer là ou ça fait mal, l’avoue-lui même « Je suis provocateur, parce que je n’aime pas l’injustice. »

Rachid Taha utilise sa musique pour rassembler les peuples, pour supprimer autant que possible les clivages entre religions, nationalités. Il prône la tolérance depuis 35 ans, sans discontinuer « En France en ce moment, c’est compliqué. Pour beaucoup langue arabe est égale à terrorisme. Moi j’essaye de dépasser ça et ce n’est pas évident. C’est un boulot quotidien. »

La musique de Rachid Taha, c’est un moment de rassemblement, une vraie communion entre des êtres différents. C’est aussi l’occasion de jouer un véritable rôle, de faire passer ce fameux message de tolérance. Mais Rachid Taha trouve cela un peu plus difficile qu’au début de sa carrière « Maintenant avec internet une chanson efface l’autre. Plus personne ne s’intéresse vraiment à ça. »

Vent de déception au Métropolis

Beaucoup de gens s’étaient réunis au Métropolis pour danser sur les musiques de Rachid Taha en cette humide soirée d’été. Il est bien là sur scène, habillé en noir, avec un chapeau haut de forme, acheté la veille dans le centre-ville de Montréal. Il enchaine les chansons, avec une voix un peu moins douce qu’avant, avec des déhanchés moins francs.

Trente-cinq ans de carrière c’est incroyable, mais cela commence à se ressentir sur scène. Rachid Taha ne se dégonfle pas et reste sur scène pour interpréter ses plus grands succès. Le concert avançant, il laisse de plus en plus le lead à ami Hakim Hamadouche, qui avec sa jolie voix couvre parfois celle du roi du raï. C’est d’ailleurs Hakim qui nous a offert un magnifique solo de mandole, pendant que Rachid Taha avait complètement disparu de scène. De longues minutes d’absence où l’on finit par se demander si le concert ne va pas se terminer comme cela. Quoi qu’il en soit, Hakim a meublé avec brio ce moment presque gênant, prouvant encore une fois au public qu’il est un artiste à part entière et qu’il mérite tout autant sa place sur le devant de la scène que Rachid Taha.

Finalement, une légère déception pour un artiste réputé pour mettre le feu aux salles de spectacles, qui au-delà de ses absences, n’aura même pas vraiment chanté lors de l’incontournable chanson Ya Rayah. On notera tout de même la volonté de partage avec son public, et ses tirades politiques, qui font de Rachid Taha un artiste tout autant engagé et provocateur qu’au début de sa carrière. Il a aussi prouvé qu’il pouvait rassembler autour de lui, puisque le public semblait avoir passé un bon moment en sa compagnie.

(Crédit photos : Conrad Vitasse)

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