Quills, l’esprit de Sade revisité à Paris par Robert Lepage

Le théâtre national de La Colline a présenté Quills, l’histoire imaginée du Marquis de Sade, aux derniers jours de sa vie, enfermé à la prison de Charenton. Mis en scène par Jean-Pierre Cloutier et Robert Lepage et interprété magistralement par Robert Lepage, ce spectacle pose la question de la censure et de la liberté d’expression dans notre monde contemporain. Rires, surprises et stupéfaction ont accompagné les spectateurs du 6 au 18 février dernier.

Par Romain Lambic

Doug Wright, auteur de théâtre américain, a écrit Quills, une pièce de théâtre imaginant la fin de vie du célèbre Marquis de Sade en l’asile de Charenton. Entouré de fous, le Marquis (magistralement interprété par Robert Lepage) jouit d’une certaine bienveillance et liberté pour l’écriture de ses oeuvres. Il se plaît notamment à conter ses histoires les plus obscènes et scabreuses à la jeune blanchisseuse, Madeleine.

Sous le commandement d’un médecin envoyé par Napoléon pour faire taire le Marquis et empêcher la diffusion de ses oeuvres à l’extérieur de l’asile, l’abbé Coulmier (joué ici par l’excellent Pierre-Yves Cardinal), en charge de l’établissement, tente à contrecoeur de censurer le personnage. Malgré une certaine complicité, le Marquis parvient à pousser l’abbé dans les retranchements de sa foi et de ses pensées, phénomène accentué par un drame.

La mise en scène de cette pièce, assurée par Robert Lepage et Jean-Pierre Cloutier, est très ingénieuse. La scène, tournante, est petite mais s’agrandit par des jeux de miroir et de lumière, qui accentuent les différents tons adoptés dans cette oeuvre. L’esprit libertin et sans limites du Marquis de Sade y sont parfaitement représentés et mis à nu. 

Dénoncer la censure d’hier et d’aujourd’hui

« [Le Marquis] dénonçait quelque chose qui fait partie de la nature humaine, que certaines personnes pratiquaient déjà depuis longtemps, mais il était le premier à amener cela dans l’espace public, rappelle Jean-Pierre Cloutier. J’aime aussi cette vision de la personnalité artistique qui est présentée dans la pièce comme étant une pulsion vive et incontrôlable. Même si le Marquis est conscient de l’impact de son écriture, il ne pouvait pas nier sa nature profonde ».

Cette pièce, très sulfureuse et surprenante, se veut être un reflet contemporain de la censure, qui sévit notamment en Amérique du Nord avec la question de la nudité. « Quills est avant tout une prise de position sur la censure, qui est née du contexte dans lequel Doug Wright évoluait à la fin des années 1990 aux États-Unis », souligne Robert Lepage. Le metteur en scène et acteur explique que ce pays a vécu le retour de la droite avec le sénateur Jesse Helms, qui a notamment renforcé l’embargo contre Cuba.

« Au même moment, des artistes en art visuel exploraient la sexualité à travers un art jouant avec les limites de la décence. Ils constituaient des cibles de choix pour Helms (…), qui en profitait pour discréditer le soutien financier à l’art », rajoute Robert Lepage. Cette pièce a été écrite dans le but de dénoncer cette vague de censure, le divin Marquis usant de nombreux stratagèmes pour que ses textes sulfureux sortent des murs de l’asile, coûte que coûte.

Le spectacle a été créé le 12 janvier 2016 au Trident à Québec.
Il a été présenté du 16 mars au 9 avril 2016 à l’Usine C à Montréal ainsi que du 16 au 18 juin 2016 aux Célestins à Lyon dans le cadre des Nuits de Fourvière.

 

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