La promesse de l’aube, sur les écrans du Québec le 13 avril

Le film La promesse de l’aube d’Éric Barbier prendra l’affiche au Québec le 13 avril prochain tout juste après avoir été présenté en ouverture du Festival cinéma du monde de Sherbrooke. Ce roman autobiographique de Romain Gary paru en 1960, a déjà été adapté au cinéma par Jules Dassin en 1971. Éric Barbier a divisé la critique en France pour ce long-métrage sorti fin 2017 dans l’Hexagone.

Par Pascal Eloy, critique, collaboration spéciale

Dans la Pologne de l’entre-deux guerres, un enfant juif, Romain, vit, pauvrement, soutenu et bercé par les frustrations et les rêves d’une mère à l’amour envahissant et exigeant. Sur un coup de bravade, elle affirme même qu’il sera un jour écrivain, ambassadeur de France, et général… et cette affirmation, dans laquelle il n’est pour rien, poursuivra Romain toute sa vie, de son adolescence sous le soleil de Nice jusqu’à son séjour militaire en Afrique ou ses exploits d’aviateur pendant la Seconde Guerre Mondiale. Son premier roman publié sera le couronnement de cette vie décidée par sa mère. Toutefois, Romain ne sera pas, pour autant, heureux et en paix….

Écrits d’après le chef-d’œuvre de Romain Gary, le seul écrivain français à avoir obtenu deux fois le prix Goncourt, ce film met en vedette Charlotte Gainsbourg, Pierre Niney, Didier Bourdon, Jean-Pierre Darroussin, Catherine McCormack et Finnegan Oldfield. La performance de Charlotte Gainsbourg est exceptionnelle, oscillant entre la folie et l’amour, les préjugés et une naïveté touchante. Elle fait exploser pour de bon son image de jeune femme timide puisqu’elle devient, tour à tour, volcanique, mélodramatique et furieusement envahissante. Belle réussite puisque cela lui vaut le prix de la Meilleure Actrice aux César et aussi le Prix Lumière 2018.

Lorsque, à sa grande surprise, le cinéaste Eric Barbier lui a proposé ce rôle, son compagnon Yvan Attal venait de recevoir, en cadeau, toute l’œuvre de Romain Gary. « J’étais passée à côté », dit-elle. Mais après avoir lu le scénario, elle affirme : « J’y ai vu des parallèles avec mon histoire familiale. Cette passion pour la France et sa culture, la tragi-comédie en sautoir. J’ai vu mon père en faire des caisses. Pleurer des larmes de crocodile. L’excès, je connais. Dans les clopes par exemple. Bon, je fumais des fausses, au goût dégueulasse.»

Ajoutons que l’enfant qui joue Romain est magnifique de justesse, de douceur et à la fois de force, face à cette mère qui le propulse, presque contre son gré, dans sa vie future taillée selon ses rêves à elle. Bien sûr, en grandissant, c’est Pierre Niney qui reprend le rôle de Romain Gary et le porte à son terme de désespoir, proche d’une certaine folie. Grandiose ! N’oublions pas Jean-Pierre Darroussin touchant en amoureux transi obsédé par les anges.

Ce film est un éloge de l’espérance

Romain Gary a vécu une vie extraordinaire, a vécu mille vies avec acharnement et passion, juste pour l’amour de sa mère. Mais, ce grand homme a aussi porté cet amour sans bornes comme son fardeau, toute sa vie… C’est peut-être même, en partie, ce qui l’a conduit, à soixante-six ans, à se tirer une balle dans la bouche et à se suicider. Dans les années 1970, Paul Pavlowich, un cousin de Romain Gary, qui a personnifié Émile Ajar plusieurs années, révèle l’identité réelle d’Émile Ajar au cours d’une entrevue accordée à Bernard Pivot, lors l’émission Apostrophes. Scandale ! Mais un scandale, au combien, révélateur de ce que pouvait vivre Romain Gary !

Cette ambiguïté de la vie de Romain Gary, son impossibilité à vivre sans l’amour étouffant de sa mère et le mal-être que cela lui cause pourtant sont autant de raison d’aller voir ce film superbe, quoi qu’avec quelques petites longueurs. Ce film est un éloge de l’espérance, de la volonté, de l’héroïsme, avec un humour ravageur et le défi qu’il lance pour que chaque spectateur valorise le désir de rendre réel ses rêves et les fictions qu’il porte en lui.

(crédit photo: AZ Films)

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