Projet « Co-destination Riviera du Levant » : quand Québécois et Guadeloupéens réinventent le tourisme

La Guadeloupe a de plus en plus la cote chez les touristes québécois. Alors que la Norwegian Airline ouvre cette semaine une ligne low cost entre Montréal et Pointe-à-Pitre, un groupe composé d’étudiants québécois et guadeloupéens travaille depuis plus d’un an sur un projet de coopération touristique, « la Co-destination Riviera des îles de Guadeloupe », afin de tisser des liens plus forts entre les deux territoires. L’Outarde libérée est allée à la rencontre des deux délégations, qui se retrouvaient pour la première fois le 17 octobre dernier à l’UQAM afin d’échanger autour des objectifs du projet.

Par Sandrine Bourque, rédactrice en chef adjointe

« Demain l’hiver, je m’en fous, je m’en vais dans le sud au soleil », chantait Robert Charlebois en 1967. Les choses ont bien peu changé depuis : les Québécois sont toujours aussi nombreux à s’envoler chaque hiver vers des destinations soleil. « Mais leurs attentes et leurs besoins ont grandement évolué », croit Olivia Ramoutar, vice-présidente de la commission développement économique, tourisme, emploi et rayonnement de la ville de Sainte-Anne, en Guadeloupe.

« Les Québécois veulent bien plus qu’une destination soleil et des plages, explique Mme Ramoutar, qui accompagnait la délégation guadeloupéenne dans son voyage montréalais. Ce qu’ils recherchent, c’est une offre touristique diversifiée où l’on retrouve un mélange de nature, de culture et d’aventure. La Guadeloupe, avec ses paysages diversifiés, sa gastronomie et sa diversité culturelle, répond à ces besoins. Avec Co-destination Guadeloupe, nous cherchons à développer une offre touristique adaptée à cette réalité en impliquant à la fois les acteurs locaux et la clientèle québécoise. »

Pour Vanessa Flore-Firmin, de l’entreprise de conseil en développement durable insulaire F’Îles, un partenaire du projet, le territoire présente des avantages qu’on ne retrouve pas ailleurs dans les Antilles. « La Guadeloupe, c’est l’assurance d’un tourisme responsable, puisque les employés qui travaillent dans les infrastructures touristiques sont mieux payés qu’à Cuba ou en République dominicaine, par exemple. Les touristes jouissent également d’une plus grande liberté physique que dans les « tout-inclus » classiques. Enfin, il y a un aspect psychologique important : on n’est pas dans un rapport d’exploitation nord/sud comme on pourrait l’être dans d’autres destinations, où les conditions de vie de la population locale laissent à désirer », explique-t-elle.

Un projet de coopération nouveau genre

Lauréat du Fonds franco-québécois pour la coopération décentralisée 2017-2018, le projet co-destination a vu le jour en 2017 à l’initiative de la Chaire Transat de l’UQAM et de la Communauté d’agglomération de la Riviera du Levant (CARL), en Guadeloupe. Dès janvier 2018, des élèves du Lycée des métiers de l’hôtellerie et du tourisme du Gosier, séparés en quatre équipes, ont analysé le territoire de l’Archipel des îles de Guadeloupe et élaboré un dossier proposant leur vision du tourisme pour le territoire.
L’équipe gagnante de la délégation guadeloupéenne s’est finalement envolée début octobre vers Montréal afin de présenter les résultats de leur travail à la délégation québécoise, composée de quatre groupe d’étudiants à la maîtrise en développement du tourisme à l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM. Sous la supervision du professeur et co-titulaire de la Chaire Transat Marc-Antoine Vachon, ces étudiants de l’ESG devront à leur tour élaborer un projet de développement touristique en s’appuyant sur l’analyse produite par les étudiants guadeloupéens.

Développer un modèle alternatif au tourisme de masse

Pour les étudiants impliqués dans le projet, il ne s’agit pas simplement de développer une offre touristique « classique ». Au cœur du projet se trouve un concept, celui de « co-destination », qui consiste à impliquer les visiteurs dans la création d’une offre touristique qui réponde à leurs attentes et à leurs besoins, tout en incluant la participation de la population locale dans cette construction, afin que le projet soit respectueux des valeurs, des ressources et du patrimoine local.
Pour les participants au projet, pas question de développer un modèle basé sur le tourisme de masse. « Nous devons mettre au point un modèle touristique qui s’inscrit dans une perspective de développement durable, mais qui soit aussi respectueux de la diversité et de la réalité locale des Guadeloupéens, explique Véronique Boucher, étudiante à la maîtrise en développement du tourisme à l’UQAM. Notre projet doit également être réaliste du point de vue du budget, de la faisabilité et des ressources disponibles sur place. Pour le reste, chaque équipe a carte blanche : éco-tourisme, cyclo-tourisme ou tourisme gastronomique, c’est à nous de laisser aller notre créativité. »

Les résultats des travaux des quatre équipes d’étudiants de l’UQAM seront dévoilés en décembre prochain. Le meilleur projet sera sélectionné, suite à quoi l’équipe gagnante se rendra en Guadeloupe au printemps afin de présenter son projet et de l’ajuster au besoin. Le résultat final, fruit de la collaboration entre les délégations québécoise et guadeloupéennes, sera mis en œuvre avec le budget de la CARL.

« Avec co-destination, tout le monde en sort gagnant : les Guadeloupéens, qui pourront bénéficier d’une industrie touristique durable et diversifiée, mais aussi les touristes québécois, qui profiteront d’infrastructures et d’activités conçues pour satisfaire leurs préférences, conclut Vanessa Flore-Firmin. Sans parler des étudiants qui ont pris part au projet, et qui vont vivre, au Québec comme aux Antilles, un échange culturel d’une richesse inestimable. »

(crédit photo: Fanny Beaulieu-Cormier)

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