Pierre Moscovici, un VRP au Québec

crédit photo : Johan Demarle

En visite officielle au Canada et au Québec du 27 au 30 septembre, le ministre français de l’Économie et des Finances, Pierre Moscovici est venu défendre “le partenariat stratégique” qui unit le Québec à la France. Loin de l’Europe, le principal VRP du gouvernement Hollande s’est livré à un exercice de diplomatie économique qui ferait presque oublier la crise.

Le reportage vidéo de Bertile de Contencin et Johan Demarle:

Mise en scène impeccable lors du déjeuner-conférence du ministre de l’Économie et des Finances, Pierre Moscovici, organisé par la Chambre de commerce française au Canada (CCFC), vendredi dernier.

En entrée, le ministre québécois des Relations internationales, de la Francophonie et du Commerce extérieur, Jean-François Lisée dresse un portrait grandiloquent de Pierre Moscovici qu’il présente comme un “homme important”, “un ami”,  “celui qu’on appelle Mosco quand on l’aime”.

“Mosco” lui, entame son discours par un trait d’humour : “Quand on veut lutter contre la dépression, dit-il,  il faut venir au Québec, car on a l’impression de voir des Français de bonne humeur.” Il ne manque pas non plus de citer sa tribune, publiée le matin même dans le quotidien le Devoir, pour rappeler que “ les relations fortes et pérennes sont celles qui savent se renouveler”. Les Français dépriment donc, mais la diplomatie économique reste au beau fixe.

Au menu, le ministre de l’Économie et des Finances, qui inaugurait un peu plus tôt avec la première ministre Pauline Marois, le centre de montage du groupe français Aerolia (filiale d’EADS) à Mirabel, insiste sur la vitalité des relations commerciales et des flux d’investissement, chiffres à l’appui. La France est le 7e investisseur au Canada, et le deuxième investisseur étranger du Québec. Elle occupera à cet égard une place de choix dans le grand projet d’électrification des transports, “flèche de la stratégie industrielle du Québec”, prévient le ministre Lisée.

Cette relation privilégiée se traduit également au niveau commercial avec 45 % des exportations françaises au Canada destinées à la Belle Province, contre 41 % des exportations canadiennes vers l’Hexagone qui proviennent du Québec.

En bon VRP, M. Moscovici vante les atouts de la France : la qualité de ses infrastructures, sa main d’oeuvre “parmi les plus productives d’Europe”, mais surtout, le développement d’un environnement réglementaire et fiscal favorable aux entreprises. “120 entreprises québécoises sont aujourd’hui implantées en France, la plupart dans les secteurs à forte valeur ajoutée”, précise-t-il. Et, bien qu’il reconnaisse “l’essoufflement économique” de l’Europe, Pierre Moscovici prévoit que 2014 devrait être une année de vraie reprise pour la France.

Pierre Moscovici à la Chambre de commerce française du Canada à Montréal le 27 septembre 2013 - crédit photo : Johan Demarle
Pierre Moscovici à la Chambre de commerce française du Canada à Montréal le 27 septembre 2013 – crédit photo : Johan Demarle

Surtout pas de polémique

Sur les dossiers sensibles, le ministre français reste prudent.  « Il y a moins de temps devant que de temps derrière la négociation », déclare-t-il à propos de la signature de l’accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (AECG). Au coeur des enjeux économiques entre la France et le Québec, ce traité de libre-échange pourrait permettre aux exportations européennes d’augmenter de 25 %. Il représenterait également l’ouverture d’un marché de 500 millions de consommateurs aux produits canadiens et québécois. Entamées en 2009, les négociations achoppent encore sur l’ouverture de l’Europe aux viandes canadiennes, et celle du Canada aux produits laitiers européens.

Et quand on l’interroge en point presse sur des vérités qui viendraient écorner l’image idyllique de la relation franco-québécoise ou celle d’une France pays de Cocagne, le ministre élude ou se raccroche à son plan de communication.

Parler d’une relève française poussée à l’exil parce que frappée par un niveau de chômage record estimé à 25,6 % pour les moins de 25 ans (OCDE, avril 2013), c’est “céder à la caricature”, selon le ministre. De même, il refuse de s’exprimer sur la question de la fiscalité des Français de l’étranger, récemment assujettis à la CSG/CRDS (qui financent les prestations sociales en France) sur leurs revenus patrimoniaux, alors que la grogne monte en France autour de la pause fiscale tant attendue par les ménages, et que la Commission européenne a ouvert une procédure d’infraction contre la France dans ce dossier. (voir notre reportage vidéo)

Il n’est pas question ici de s’abandonner à la dépression des Français dont parle le ministre. Vouloir faire rayonner la France à l’étranger est une intention louable; valoriser des relations bilatérales constructives également. Il n’en demeure pas moins dommage de voir que ces visites diplomatiques ne se résument plus qu’à de grandes opérations de séduction qui vendent la France et le Québec, comme pourrait le faire une publicité d’Air Transat.

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