Oser s’expatrier au Québec… et agir

La coop de solidarité DeGama organisait le 24 octobre, sa deuxième remise de prix « Oser Agir 2016 », afin de récompenser plusieurs Québécois immigrants pour leur parcours de vie, un évènement marquant les atouts de l’immigration au Québec. Parmi les six lauréats et le coup de coeur, trois Français, Sabine Monpierre, Sergina Guéry et Thierry Arnaud. Avec un point commun, la détermination.

Par Cédrelle Eymard

Nathalie Rochefort, Présidente de DeGama, aime remercier celles et ceux qui l’inspirent, qui font de son combat, de son objectif d’aide aux immigrants, un exemple d’entraide et de réussite humaine: « Ils me donnent l’énergie pour continuer le travail ». C’est un peu comme si le Québec gratifiait, à son tour, celles et ceux qui lui ont dit merci pour son accueil il y a deux, cinq, dix ou vingt ans. Ce soir, c’est à Sabine Monpierre, Sergina Guéry et Thierry Arnaud, entre autres, qu’il a été remis un prix. Leur parcours respectif, démarré en France métropolitaine et ultramarine, impose, sinon l’admiration, du moins le respect.

D’une île à une autre

Sabine Monpierre, 45 ans, a quitté sa Guadeloupe natale en juin 2008. Cette femme de caractère a toujours su où elle allait. « Il a fallu qu’on ose pour qu’on se place. J’ai osé, j’ai agi », explique-t-elle. Sabine aime souvent raconter la légende du colibri, qui, sous les yeux indécis de l’humain, transporte une simple goutte d’eau pour éteindre l’incendie. « J’ai fait ma part », déclame-t-elle au micro, reconnaissante, lorsque la Présidente d’honneur, Mariama Zhouri, lui remet son prix dans la catégorie Femmes.

La passion et le goût pour la transmission ont poussé cette femme forte à créer des liens entre la Guadeloupe et le Québec. Elle aide et transmet, à la fois la langue française aux nouveaux immigrants, à travers des ateliers, des conférences et des sorties, mais aussi aux Québécois, grâce à l’organisation d’évènements créoles. « La transmission aura été faite avec la relève. Je crée des liens intergénérationnels et interculturels », avance-t-elle. En 2015, elle fonde le Centre du Patrimoine et des traditions de Guadeloupe pour poursuivre cette transmission. Cette artiste et poétesse engagée crée, en outre, il y a deux ans, un évènement culturel unique, Miss Créole. Chaque région créole du monde y représente une miss, un concours qui véhicule l’image plurielle de la culture créole. « J’ai commencé par connaître ma propre histoire pour ensuite m’intéresser aux autres, c’est ce que je fais autour de moi », admet-elle.

Ouvrir le champ des possibles

Sergina Guéry, récompensée dans la catégorie Culture, est également issue de la Guadeloupe. A quarante ans, elle est la fondatrice du festival Soleil d’hiver, « le festival du sud qui réchauffe Montréal », comme elle se plaît à le définir depuis cinq ans. Selon elle, « oser agir, c’est avant tout se dépasser. On attend souvent que les autres fassent, mais il faut faire soi-même ».

On attend souvent que les autres fassent, mais il faut faire soi-même

Cette femme de cœur audacieuse a utilisé ses compétences et diplômes en communication pour faire connaître la culture de ses ancêtres. Rapidement consciente de la méconnaissance des cultures créoles au Québec, elle a voulu faire de sa passion pour ses origines, un rendez-vous à la fois interculturel et festif. Chaque année, deux mille personnes viennent fouler le sable chaud au Marché Bon Secours pour danser et manger créole durant trois jours.

Cette diplômée de l’UQÀM, en Administration des affaires et en Communication Marketing, est, en outre, à la tête d’une société de communication SG1, en charge de tous les évènements de la Gouvernance au Féminin. Un palmarès et un parcours qui, depuis une vingtaine d’années inspirent le respect et le courage. Derrière un sourire toujours présent, Sergina rassemble et donne de la force à tous ceux qui croisent sa route.

Le Québec, berceau des opportunités

crédit photo : LinkedIn
crédit photo : LinkedIn

Thierry Arnaud ne regrette pas son arrivée en janvier 2004. Même si ce premier hiver a été froidement douloureux, il sait désormais que son poste de Président du Conseil des droits LGBT (*), il ne le doit pas au hasard. C’est avec l’aide de son associé qu’il crée en 1998 un réseau social gay nommé Bear411.com. Lancé en Europe et en Amérique du Nord, ce réseau social trouve son public sur le continent américain, c’est ainsi que s’est ouvert le chemin de Thierry. « Ici, les consommateurs sont plus prompts à la nouveauté », explique-t-il. Ce réalisateur vidéos et designer de sites web est conscient de l’ouverture qui émane du Québec. En rachetant le magasin Chez Priape, spécialisé en style de vie gay, il s’impose un peu plus dans une communauté en tant qu’immigrant: « mon immigration est double, confie-t-il, une immigration de France et d’une communauté ».

En 2007, Thierry reçoit le prestigieux Prix commerçant du Gala Phénicien, où il siège au Conseil d’Administration depuis lors. Le Québec a su offrir à cet homme d’affaires ingénieux un terrain neutre, ouvert et libre. « Ici, il ne faut pas hésiter à faire tout ce que vous avez envie de faire, à être vous-même et surtout à utiliser vos différences », conclut-il.

(*) LGBT: Lesbian Gay Bisexuel Transsexuel

(crédit photo : Cédrelle Eymard)

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