« Nos batailles », un film intimiste qui pose de vraies questions mais…

Ce 9 novembre sort sur les écrans québécois, le film «Nos batailles» de Guillaume Senez, mettant en scène Romain Duris et Laetitia Dosch.

Par Pascal Eloy, chroniqueur culturel

Sélectionné à la Semaine de la critique du dernier Festival de Cannes et présenté en primeur au Festival CINEMANIA, le film raconte l’histoire d’Olivier (Romain Duris) qui se démène au sein de son entreprise pour combattre les injustices et dans sa vie de famille pour concilier éducation des enfants, vie commune et activité professionnelle. En effet, un jour, sa femme, Laura, a quitté le domicile conjugal sans raison apparente et sans donner aucune nouvelle. Elle est partie, comme ça, sans prévenir. Elle n’est pas allée chercher les enfants à l’école, elle a pris ses affaires, et n’a rien laissé, pas un mot, pas une lettre, juste du vide et des questions. Face à ses nouvelles responsabilités, Olivier bataille pour trouver un nouvel équilibre.

Deuxième long-métrage du réalisateur et scénariste belge Guillaume Senez, le film dresse, avec humanisme et pudeur, un portrait douloureux et difficile. En effet, comme il l’évoque si bien «Je connais pas mal de couples dont les fins de mois sont difficiles, chacun travaille mais leur situation reste précaire, fragile, à l’image d’un château de cartes : si on retire un élément, tout s’effondre. Il fallait que j’écrive là-dessus, sur cette harmonie si difficile à préserver, d’un point de vue à la fois financier mais surtout émotionnel.». Il suffit d’ailleurs de visionner les premières minutes du film pour s’en convaincre puisque l’histoire commence avec le suicide d’un des collègues d’Olivier, jugé trop vieux, trop faible, plus assez performant. L’entreprise n’a pas le temps de le licencier car l’homme se suicide. Et cette scène, comme une blessure, va donner le thème central et le sens du film, celui d’un équilibre fragile et ténu entre les grandes douleurs et la grisaille quotidienne, entre la chaleur des liens affectifs et les froides rigueurs de la vie ordinaire. Alors, le départ de Laura est-il une fuite ou la seule solution possible dans cet univers d’injustices, de colères, de tendresses et d’usure. Le réalisateur laisse l’explication en suspense, ne donnant que de minces indices qui ne suffisent pas à expliquer l’ampleur du geste.

Télérama, dans sa critique du film trouve que «Tout y sonne juste». Pour ma part, je serais moins affirmatif car si le film évoque l’affection électrique entre Olivier et sa sœur comédienne (Laetitia Dosch) ou la détresse rêveuse des enfants qui apprennent à prendre soin l’un de l’autre en l’absence de leur mère, le tout se dessine a un rythme très lent d’ou rien émerge vraiment. C’est un peu comme si nos batailles n’en étaient pas vraiment, faute de combattants. Peut-être cela est-il, en partie, du a la méthode utilisée par ce réalisateur qui ne donne pas les dialogues à ses comédiens, ces derniers devant les improviser selon la situation de la scène. Comme il l’explique, « On a beaucoup discuté de la méthodologie, du fait que je ne donne pas les dialogues. (…) Avec Romain Duris, avant le tournage, on a beaucoup discuté du personnage. Au moment du tournage, tous les dialogues sont minutieusement écrits, mais je ne les donne pas aux comédiens. On va les chercher ensemble. C’est cela qui donne au film cette texture particulière, les moments où les personnages cherchent un peu leurs mots, où les dialogues peuvent se chevaucher, tous ces petits accidents, ces choses de la vie de tous les jours qu’on a tendance à perdre au cinéma». De plus, il n’y a pas de musique qui accompagne le film, sauf une scène où les personnages dansent sur le Paradis blanc de Michel Berger et ce titre de la seule musique choisie illustre, encore une fois, très finement l’ambiance de ce film.

Bref, un film intimiste, à voir quand on a le moral au beau fixe…. mais qui pose de vraies questions, sans toutefois donner ou ébaucher les réponses.

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