Nino Arial à l’épreuve du Québec

L’humoriste a 28 ans. Mais il n’est pas juste humoriste. Il est aussi Youtubeur, Instagrameur, et très actif sur Facebook. C’est sa première tournée nord-américaine, et c’est sur les planches des bars théâtres qu’il vient faire ses preuves devant le public québécois.

Par Camille Balzinger

Un comédien de la génération Y

Bordelais, ancien élève d’une école de commerce et ancien employé d’une grand banque, quittée sans prévenir, le jeune homme est maintenant présent depuis 3 ans sur Internet et en salles. Après une formation au cours Florent, Nino Arial produit des vidéos sur Facebook et YouTube.

« Le stand up et les vidéos sont deux choses très différentes : une vidéo qui fait des millions de vues me donne bien moins d’émotion que de jouer devant cent personnes, parce qu’il y a un vrai retour des gens qui sont là, qui rient, qui me voient », indique l’artiste. Il précise néanmoins que si les vidéos sont des contenus qu’il produit rapidement et facilement, « il y a vraiment un équilibre à trouver entre les deux, spécialement depuis le virage Internet. On est obligés, je pense», poursuit-il.

Mais sa présence sur Internet lui permet aussi d’atteindre un public plus large. « YouTube est un réseau jeune, 13 à 18 ans, Instagram dans l’entre-deux, 18 à 24 ans, et Facebook est plus âgé, entre 25 et 40 ans. Et en fonction de ce que tu veux dire, tu publies sur telle ou telle plateforme », explique Arial.

Cette diversité dans les gens qu’il touche lui permet aussi d’aborder différents sujets. « Pour un thème léger, j’utilise YouTube; pour quelque chose de rapide, Instagram, et lorsque j’ai un vrai point de vue à défendre, je vais sur Facebook » indique-il. C’est ainsi sur Facebook que sa vidéo confrontant les marcheurs de la manifestation pro-vie (anti-IVG), ayant atteint des millions de vues, l’a propulsé sur la scène médiatique fin janvier dernier. Quant au stand up, « c’est encore différent parce que tu parles de toi : point de vue personnel, choses que toi, t’as vécu » raconte l’humoriste.

Des idées originales et variées

Sur la page YouTube de Nino Arial, certaines vidéos sont des sketchs, d’autres des messages adressant des problématiques sociétales telles que l’avortement, Emanuel Macron, les vegans, l’homophobie, le harcèlement scolaire… Mais d’après lui, l’humortiste n’est pas obligé de passer des messages. Pour le jeune homme, être humoriste n’est « qu’une capacité à savoir écrire des choses drôles » et si humoristes ou comédiens défendent des causes et partagent des idées, c’est une option plus risquée de se positionner sur de telles questions – politiques, humanitaires, sociales – que de ne pas le faire. « C’est comme une étape 2 pour nous : on devrait, au bout d’un moment, réussir à aider les autres avec ce qu’on fait plutôt que de tourner en rond autour de nous-même » livre-t-il.

Sa première date à Montréal était au Bordel Comédie Club, le théâtre à Montréal qui a banni Gad Elmaleh – ayant plagié plusieurs humoristes québécois. Si ce problème n’est pas nouveau dans le monde du stand up, Nino qualifie ce comportement de « pas beau»: « On a tous été déçus de se dire, merde, c’était pas à lui tout ça. Alors que c’est une immense star en France » raconte Nino. Et lorsqu’Elmaleh se défend d’avoir acheté et non plagié les blagues en question, cela soulève la question de « est-ce que l’argent peut tout acheter? »

Mais il semblerait que cela ait été perçu comme plus grave au Québec qu’ici. « En France on va juste regarder Gad comme une série télé, ou un film, en te disant que ce n’est pas grave, mais en sachant que tout ce qu’il y a derrière est faux. En France si tu ne passes pas à la télé, personne ne vient te voir. Alors qu’ici tous les humoristes sont de petites stars », raconte Nino. C’est certainement cette différence de reconnaissance, de fonctionnement dans le milieu, qui rend encore plus inacceptable qu’un comédien à la renommée internationale ait volé les stars locales outre-Atlantique. « Ça a dû être un coup dur pour eux » s’exprime-il.

Quant à ses inspirations, Nino avoue être passionné par les défauts des gens. « Les gens qui ne parlent que d’eux, j’adore ce genre de personnes. Par exemple tu lui demandes de te passer le ketchup, il va te répondre qu’il connaît quelqu’un qui fait du ketchup. Tu commandes un steak, il te dit qu’il a un ami qui est boucher et qui lui aussi, fait des steaks. C’est fascinant! Tu te dis comment « c’est possible qu’il n’ait à ce point pas conscience de la réalité?» » s’amuse l’artiste.

Une première expérience canadienne

Nino Arial apprécie le public d’ici et adapte son vocabulaire, à mesure qu’il entend des différences langagières. « Ce n’est pas comme à Paris où le public attend que tu le fasses rire. Ici, lorsque tu montes sur scène, ils savent que tu es drôle et que tu vas les faire rire, » dit-il. Il s’attendait à une plus grosse différence, mais apparemment, les gens rient aux mêmes choses. « Finalement une fois que tu as ton personnage, c’est toujours le même humour : soit on aime ce que je fais, soit pas » raconte-il.

Sa popularité sur Internet lui ramène du public en salle jusqu’ici. « Il n’y avait que deux personnes qui sont venues me voir le 6 février qui me connaissaient via Internet, mais je reçois de plus en plus de messages depuis que je partage mon voyage ici avec mon public! » se réjouit Nino.

Il ne faut donc pas réduire Nino Arial à des cases – ni celle de l’ancien banquier en reconversion professionnelle, ni celle du Youtubeur, ni celle de l’influenceur, ni aucune autre. Sa force est de toucher un public hétérogène sur des plateformes fonctionnant rapidement, foisonnant de contenus divers. Sa force est aussi sa conscience apparemment accrue des mondes dans lesquels il évolue – entre école de commerce, classe populaire (dont « on ne parle pas assez en France ») et milieu corporatif des offices de banques. Sa force enfin semble être une détermination tranquille de faire, finalement, un métier qui lui plaît et qui plaît aux gens qui le suivent et l’encouragent. Et s’il reste vague sur les nombreux projets qu’il dit avoir pour le futur, il précise que « venir au Québec me donne plein d’énergie pour le retour en France. »

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