Nicolas Chapuis au Corim: « Le monde traverse une révolution »

L’ambassadeur de France au Canada, Nicolas Chapuis, a fait salle comble au Corim la semaine dernière à Montréal. Face au monde « qui traverse une révolution », il observe l’apparition d’un nouveau courant politique né au Canada et qui gagne du terrain en France, le libéralisme social.

Par Nathalie Simon-Clerc

« Nous prendrons la place de leader si les États-Unis n’en veulent pas », prévient Nicolas Chapuis. Devant 275 personnes du milieu des affaires, venus l’écouter sur « les enjeux internationaux à surveiller en 2017 », le diplomate français a répondu aux questions de Raymond Chrétien, diplomate canadien et président du conseil d’administration du Corim. M. Chapuis plaide pour une Europe « qui ne soit pas uniquement basée sur les échanges » mais qui se dote d’un projet politique, face à Donald Trump qui préfère le protectionnisme. D’ailleurs il note avec satisfaction le début des ratifications « nationales » de l’AECG en Europe. La France et l’Allemagne vont emboîter le pas après leurs échéances électorales. Il qualifie d’ « erreur historique » le Brexit, et prédit que la Grande-Bretagne demandera à rentrer de nouveau dans l’Europe, « mais pas aux mêmes conditions », augure-t-il.

« Relisez Les raisins de la colère et 1984 »!

Le diplomate français estime que le monde traverse une révolution, conséquence d’un triple choc : un choc climatique qui exige une transition énergétique, un choc numérique qui va changer le rapport au travail et obliger à renégocier le contrat social, et un choc politique qui est le contrecoup du « mensonge financier de 2008 » qui fut un choc brutal sur les classes moyennes. Nicolas Chapuis ne mâche pas ses mots pour qualifier cette crise : « Tous ces pirates qui ont volé des millions d’américains ! ».

Il recommande à son auditoire de relire « Les raisins de la colère » de Steinbeck et « 1984 » de Georges Orwell pour comprendre les mécanismes de la défiance actuelle des peuples, et l’avènement de Donald Trump.

Le terrorisme et la Corée du Nord

L’ambassadeur de France est préoccupé par le terrorisme qui frappe dans les pays « qui veulent justement le faire disparaître ». Avec fermeté, il s’écrit : « Les barbares seront exterminés! Point! Les uns après les autres! »

Mais il rappelle que cette menace, « comme un virus », ne vient pas de l’extérieur. « C’est le signe que la nation a un problème », analyse-t-il. Il plaide pour la prévention de la radicalisation et souhaite que « la parole publique regagne la confiance des jeunes ».

C’est également la belliqueuse Corée du nord qui préoccupe la diplomatie mondiale. « Ce fut le principal message de Barak Obama à Donald Trump lors de leur entretien », révèle le diplomate français. Il assure que le risque de conflit est élevé mais que Pékin et Washington devront œuvrer à la « désescalade » face à Pyongyang qui demande « le droit d’exister ».

Un nouveau courant politique du 21e siècle

Interrogé sur l’élection présidentielle française, il remarque avec malice : « Le casting n’est pas celui qui était prévu il y a six mois, puisque ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy, ni Manuel Valls, ni Alain Juppé ne sont candidats ».

Selon lui, la vraie surprise n’est pas Marine Le Pen, mais la disparition des partis politiques traditionnels (Parti socialiste et Les Républicains) et l’apparition d’un nouveau courant politique, le libéralisme social, né au Canada avec Justin Trudeau.

Sans jamais nommer Emmanuel Macron, qui incarne ce courant politique selon lui, Nicolas Chapuis estime que les ressemblances entre Justin Trudeau et l’ancien ministre français de l’économie sont frappantes. Issus de la même génération, tous deux lancent un message d’espoir d’une mondialisation qui ne se fait pas au détriment des peuples mais pour les peuples. Il avance également que les formes démocratiques traditionnelles sont remises en cause par une nouvelle démocratie participative.

« Le libéralisme social, entre centre gauche et centre droit, devient une forme d’expression politique nouvelle qui pourrait être en phase avec les attentes de l’électorat », conclut prudemment Nicolas Chapuis.

Les conférences du Corimwww.corim.qc.ca/fr/7/Tous_les_evenements

(crédit photo: Nathalie Simon-Clerc)

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