Montréal vieillit… mais boude ses immigrants diplômés utiles au développement économique

L’Institut du Québec (IdQ), présidé par l’ancien ministre Raymond Bachand, révèle dans une étude publiée en décembre 2016, « Plus diplômés, mais sans emploi », que l’immigration montréalaise contribue à rehausser le niveau de diplomation de la métropole québécoise. Pourtant, le taux de chômage des immigrants est presque le double que celui des natifs du Québec. La non-reconnaissance des diplômes étrangers et de l’expérience professionnelle acquise hors du Canada sont les premières raisons de cette difficulté, qui pourrait coûter cher à la métropole québécoise.

Par Yann Nopieyie 

« Bien que les immigrants montréalais soient parmi les plus scolarisés en Amérique du Nord et que leur taux de diplomation universitaire soit plus élevé que celui des natifs montréalais, c’est ici que leur intégration au marché du travail est la plus difficile, notamment pour ceux qui détiennent un diplôme universitaire », affirme Raymond Bachand, président de l’Institut du Québec (IdQ).

En effet, selon les analyses de l’organisme, le taux de diplomation universitaire des immigrants montréalais est 9% plus élevé que celui des natifs. Cet écart s’explique principalement par le faible niveau de scolarité des natifs, inférieur à celui des natifs des autres villes nord-américaines (83 % contre 93 % en moyenne pour les 16 autres villes retenues).

Cependant c’est à Montréal que le taux de chômage des immigrants est le plus élevé par rapport à toutes les autres villes analysés (le taux de chômage des immigrants montréalais détenant un diplôme étranger s’élève à près de 12,5 %, alors qu’il est d’environ 7 % pour ceux détenant un diplôme canadien).

On constate un manque de reconnaissance des compétences et des diplômes étrangers, mais aussi un manque de reconnaissance de l’expérience de travail à l’extérieur du Québec.

Quand les immigrants montréalais possédant un diplôme étranger décrochent un emploi, près de 63 % d’entre eux sont sur-qualifiés pour le poste qu’ils occupent. Ils décrochent des emplois sous-qualifiés, voire aucun.

La question de l’équivalence des diplômes, entre diplômes québécois et diplômes étrangers est l’une des clefs. les immigrants français bénéficient d’un coup de pouce en la matière, grâce à l’Accord de Reconnaissance Mutuelle des diplômes (ARM) entre la France et le Québec. Malgré quelques difficultés notamment pour les professions médicales, près d’une centaine d’ARM a été signés à ce jour, entre les organisations professionnelles de part et d’autre de l’Atlantique.

Le modèle franco-québécois pourrait s’étendre au Canada et à l’Europe.

L’enjeu: le vieillissement de la population de la région métropolitaine

Les immigrants représentent environ 20,6 % de la population canadienne et à cause du vieillissement de sa population, Montréal a perdu 10 % de son bassin de travailleurs natifs potentiels depuis 10 ans.

« La disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée constitue un élément crucial pour les entreprises internationales qui décident d’investir dans le Grand Montréal, en particulier dans les secteurs de pointe », déclare de Hubert Bolduc, président-directeur général de Montréal International.

Faciliter l’intégration en emploi des immigrants, notamment des étudiants internationaux, permettrait ainsi de soutenir l’attractivité et la compétitivité économique de la métropole à l’international. La contribution des immigrants au marché du travail montréalais est donc essentielle. La nécessité d’accueillir des immigrants scolarisés est d’autant plus importante dans un contexte d’économie du savoir. Mais surtout des immigrants diplômés qui sauront mettre en pratique leurs compétences acquises à l’étranger.

De son côté, le maire de Québec, Régis Labeaume, plaide pour une « voie rapide » pour les immigrants français, tant la Capitale-Nationale a besoin de main-d’oeuvre qualifiée.

L’Institut du Québec préconise huit mesures afin d’assurer une meilleure intégration des immigrants :

  1. Aller au-delà des seuils d’immigration annuels en se concentrant davantage sur l’immigration annuelle « nette », qui tient compte des arrivées réelles moins les départs des immigrants;
  2. Ajuster le pointage dans la grille de sélection pour favoriser les immigrants ayant des diplômes décernés par des institutions dont la réputation et les standards de qualité sont semblables à ceux des établissements canadiens;
  3. Prioriser l’accès des immigrants ayant obtenu préalablement une entente avec un employeur établi au Québec et favoriser ensuite de façon prioritaire la rétention de ceux détenant un permis de travail temporaire; 
  4. Changer le paradigme des ordres professionnels : (1) les obliger à offrir aux immigrants, en collaboration avec les établissements post-secondaires, des formations d’appoint de courte durée dans un délai de moins d’un an après réception de la demande; (2) capitaliser sur les progrès réalisés en matière de mobilité de la main-d’œuvre dans le cadre de l’entente France-Québec sur la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles, une reconnaissance des compétences de facto pourrait s’étendre au reste du Canada, aux États-Unis et à l’Union européenne pour les métiers et professions ayant déjà fait l’objet d’une harmonisation des compétences;
  5. Faire passer de 4 000 à plus de 10 000 le nombre d’étudiants étrangers qui restent à Montréal chaque année à l’aide d’une campagne de sensibilisation massive visant à mieux faire connaître le Programme de l’expérience québécoise ainsi que les ressources et programmes disponibles en matière d’accès à l’emploi;
  6. Miser sur la première expérience de travail en augmentant la part des programmes d’aide à l’intégration des immigrants en emploi destinée aux entreprises afin de subventionner des stages pour les immigrants;
  7. Étendre aux immigrants temporaires (travailleurs temporaires et étudiants internationaux) les programmes existants d’intégration en emploi des immigrants;
  8. Interdire l’exigence d’une expérience de travail canadienne, à l’instar de l’Ontario, à moins qu’il n’y ait des raisons spécifiques de l’exiger.

L’étude de l’IdQ à télécharger: www.institutduquebec.ca/docs/default-source/recherche/8447_plusdiplomes_idq-rpt_fr.pdf?sfvrsn=2

Une réponse

  1. Sidoine Ngiamba
    Sidoine Ngiamba at |

    Triste réalité à cause d’un protectionisme identitaire exacerbé.

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