Montréal d’Antan dévoile le dessous des cartes

Par Maryne Zammit

La Société d’Histoire de Montréal a lancé, le 5 novembre dernier, Montréal d’antan. Ecrit par l’historien Jacques Saint-Pierre, le livre, centré sur l’histoire de Montréal au début du XXe siècle, s’appuie sur 200 cartes postales de l’iconographe Claude Monette. Une « belle aventure » pour ces deux cartophiles québécois, permise par une maison d’édition… française.

Lorsqu’un Français porte son regard sur la quatrième de couverture, ses yeux sont attirés malgré lui par le prix du livre. Non qu’il soit cher, le prix importe peu ici. Ce qui compte, c’est la devise. Celle qui est inscrite n’est pas le dollar… mais l’euro !

Deux Québécois, un Français

Normal, la maison d’éditions est française! Elle porte d’ailleurs le nom de son fondateur, français lui aussi, Hervé Chopin. C’est lui qui a créé la série Images d’antan, des livres d’histoire qui illustrent par la carte postale ancienne le quotidien des habitants d’une ville ou d’une région comme les Antilles en 2003, ou plus récemment avec le Québec en 2010, époque à laquelle il rencontre Jacques Saint Pierre. Quatre ans plus tard, il renouvelle l’expérience avec lui pour Montréal d’antan, et fait appel à Claude Monette, un cartophile passionné depuis 30 ans, qui estime posséder « 95% de ce qui se fait en cartes postales à Montréal ».

Si l’éditeur a choisi le Québec puis Montréal pour poursuivre sa collection, ce n’est pas un hasard. Alors qu’il n’est encore qu’un adolescent, Hervé Chopin découvre le Québec grâce à un échange scolaire. « Ce fut le début d’une grande histoire d’amour ! » plaisante-t-il, fraîchement débarqué de Paris, lors du lancement.

Deux visions différentes de la carte postale

Malgré la proximité linguistique entre l’équipe parisienne et les auteurs, plusieurs difficultés d’ordre culturel ont jonché le travail de Claude Monette et Jacques Saint-Pierre. Premier obstacle : le nombre de cartes postales disponibles, très inférieur au Québec en comparaison avec la France. « En 1900-1915, la production de cartes postales en France était beaucoup plus importante que celle du Québec. Pour moi, c’était difficile de trouver des cartes pertinentes et pittoresques de cette époque. En France, on m’aurait demandé ‘’Trouvez-nous des cartes postales de la Femme au travail’’, j’en aurais trouvé cinq-cents. Tandis que le Québécois en aurait trouvé deux ici, tout au plus », regrette l’iconographe.

Autre problème pour Claude Monette, qui a dû ajuster la sélection de sa collection par rapport au choix éditorial: Québécois et Français ont des conceptions de la carte postale radicalement opposées : « Nous, au Québec, on aime beaucoup les cartes postales qui montrent les intérieurs. En France, ça ne se fait pas. On préfère les monuments, les extérieurs », explique-t-il.

Jacques Saint-Pierre, lui aussi, a dû adapter son écriture d’historien aux cartes désignées : « Beaucoup de cartes anciennes imprimées du début du siècle en France portaient déjà une légende. Nous, ici au Québec, elles n’en portaient pas. Cela nous a poussé à ajouter des légendes et des mises en contexte que nous n’aurions pas faites autrement », raconte-t-il.

 

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