Le pouvoir de la multinationale Total remis en question

L’amphithéâtre Lévis d’HEC Montréal faisait salle comble, mercredi soir, pour le lancement du nouveau livre d’Alain Deneault, De quoi total est-elle la somme, aux éditions écosociété. L’ouvrage s’emploie à éclairer sur la réalité de la firme multinationale, et à souligner les enjeux sociétaux que cela soulève.

Par Camille Balzinger

Alain Deneault est Canadien, docteur en philosophie diplômé de Paris VIII, professeur à l’Université de Montréal, et chercheur indépendant. Ses principaux champs de recherche sont les paradis fiscaux, les multinationales, et plus largement les mécanismes de gouvernance et leur dimension globale, les pouvoirs et contre-pouvoirs observables. En 2008, il publie un livre aux éditions écosociété, Noir Canada, analysant des rapports ayant trait aux pratiques de grosses compagnies minières canadiennes notamment en Afrique. Lui et son éditeur sont attaqués par deux compagnies devant les justices québécoises et ontariennes dès 2008 pour diffamation. Le livre est retiré de la vente en 2011, mais s’ensuit la création et le vote de la Loi 9 au Québec, pour prévenir l’utilisation abusive de tribunaux et favoriser le respect de la liberté d’expression et de la participation des citoyens au débat public – loi contre les procès baillons.

Dans De quoi Total est-elle la somme, il ne s’agit pas d’accuser ni de démontrer les torts. Il est question de poser, simplement, les éléments nécessaires à la compréhension des mécanismes de fonctionnement de la corporation. Précisant à plusieurs reprises que Total n’est pas une firme française mais une société multinationale opérant dans plus de 130 états. L’aspect juridique du livre s’emploie quant à lui à donner les clés à la compréhension des mécanismes en place procurant à de grandes firmes, Total ou autres, un pouvoir effectif qui ne devrait pas leur appartenir. Il invite à remettre en question les discours politiques et économiques, arguant que rien dans la construction de notre société ne nécessite l’existence de telles entreprises. La remise en cause de ces schémas acceptés comme inéluctablement nécessaires et bienfaiteurs est possible. Il précise d’ailleurs que le libéralisme, littéralement, devrait favoriser une pluralité de petites entreprises commerçant ensemble plutôt que de grosses corporations détenant, finalement, des monopoles dans bien des domaines.

Après la présentation du livre, la séance d’échange appelle des questionnements plus larges, plus grands, sur l’accès à la justice mais également la place des citoyens et du politique, l’usage de mots tels que capitalisme ou libéralisme, utilisés chaque jour sans qu’on ne les comprenne plus vraiment. Preuve est alors faite que l’ouvrage fonctionne : le lecteur en sort animé d’une réflexion nouvelle sur les tensions, logiques, et pouvoirs, régissant le monde. Finalement, « la pensée critique n’est pas plus exigeante que la pensée idéologique ; la pensée idéologique est très exigeante. Le travail consiste à essayer de développer des sources discursives nous permettant d’opposer à ce discours là un vocabulaire notre, fait d’espoir, d’émancipation, de rêve et d’envie ».

Quelques liens utiles :

Editions Ecosociété – www.ecosociete.org (la captation du lancement de mercredi soir est disponible sur leur page facebook)

Editions Rue de l’Echiquier (éditeur français) – http://www.ruedelechiquier.net

(crédit photo: Ecosociété)

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