Marie-Ève Carignan : « Certains auteurs québécois pourraient vraiment enrichir la recherche française »

Comment traiter l’actualité en temps de crise ? Avec les attentats de janvier et de novembre, c’est une question à laquelle les médias français et québécois ont dû se confronter en 2015. Marie-Eve Carignan, professeure en information et en communication publique à l’Université de Sherbrooke, en a fait son dada.

Par Maryne Zammit

L’étude des contenus médiatiques et de la déontologie du journalisme n’a plus de secret pour elle. Marie-Eve Carignan est venue présenter sa conférence sur les « défis de la couverture médiatique des situations de crise » à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, le 26 octobre dernier. Devant un parterre d’une trentaine d’étudiants, elle a analysé la catastrophe de Lac-Mégantic, la couverture des conflits armés au Proche-Orient et  la médiatisation de la fusillade du Parlement canadien en 2014.

Invitée par le Français Guy Drouot, professeur en sciences de l’information et de la communication à Sciences Po Aix, ce n’était pas la première fois que Mme Carignan se rendait dans la cité de Paul Cézanne.

Aixoise de cœur

Québécoise de naissance, elle se présente comme « une Aixoise de cœur ». Etonnamment, tout a commencé à Montréal, au Conseil de Presse du Québec où elle a travaillé pendant près de huit ans. «  Il y avait un partenariat entre Sciences Po et le Conseil de presse. On avait des stagiaires qui venaient d’Aix. Je m’occupais de les encadrer à Montréal », se souvient-elle.  C’est à cette époque qu’elle fait la connaissance de Guy Drouot.

Après avoir fini son Bac en communication sociale, Marie-Eve Carignan poursuit ses études en maîtrise à l’Université du Québec à Trois-Rivières. « Je voulais analyser le  contenu des journaux télévisés et leur manière de reconstruire notre perception de la réalité, en comparant la France et le Québec », explique-t-elle. Elle s’est alors tournée vers Guy Drouot afin qu’il supervise ses recherches en France. Pour la première fois, elle venait à Aix en 2008. Puis, elle est rentrée au Québec, a repris son poste au Conseil, et a terminé son mémoire de maîtrise[1].

Cette expérience fut si enrichissante pour elle, qu’elle a décidé de continuer ses analyses en doctorat. « Je voulais faire ma thèse en cotutelle[2]. Ce n’est pas très connu au Québec, il n’ y en a pas beaucoup. C’est dommage, car c’est vraiment une belle expérience. », regrette-t-elle. La cotutelle permet, en effet, à un étudiant d’obtenir un double-diplôme de doctorat en France et au Québec, avec le même sujet de thèse.  « Ça m’intéressait beaucoup de le faire car j’aime la France et j’ai toujours voulu y travailler. Je me suis dit que la cotutelle pouvait m’ouvrir des portes ». Désormais diplômée de l’Université de Montréal et de Sciences Po Aix, Marie-Eve Carignan codirige, depuis la rentrée 2014, les programmes de deuxième cycle en communication appliquée à l’Université de Sherbrooke.

Renforcer les liens entre universitaires français et québécois

Forte de sa double expertise, Marie-Eve Carignan tient à développer les liens franco-québécois dans la recherche universitaire. C’est pendant une participation à un colloque, en maîtrise, sur la part du Canada dans les recherches en France, qu’elle est frappée de voir à quel point les auteurs français ne se réfèrent que très peu aux auteurs québécois. « On gagnerait beaucoup à travailler plus étroitement ensemble. Certains auteurs québécois pourraient vraiment enrichir la recherche française, qui est souvent très centrée sur elle-même », estime-t-elle.

Pour y répondre, elle est devenue membre du Réseau international sur la professionnalisation des communicateurs (RESIPROC), un organisme franco-belgo-québécois qui travaille à rapprocher les chercheurs en communication : « Ce serait d’autant plus regrettable de ne pas le faire que le Québec et la France ont de nombreuses similitudes au niveau du langage médiatique, de la concentration des organes de presse et de la réflexion sur l’autorégulation… », analyse-t-elle.

Soucieuse de « garder contact avec [ses] amis aixois », Marie-Eve Carignan s’apprête à publier, dans les prochaines semaines, un article  en collaboration avec son ancien codirecteur de thèse, Guy Drouot. Le thème : une comparaison de la couverture médiatique des attentats d’Ottawa et de Saint-Jean-sur-Richelieu avec ceux de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher…

[1] Carignan, M.-E. (2008), La construction sociale de la réalité par les bulletins d’information télévisés en France et au Québec : le cas de TF1, France 2,  Radio-Canada et TVA, mémoire de maîtrise, Trois-Rivières : Université du Québec à Trois-Rivières, Département de lettres et communication sociale, 394 pages.

[2] Carignan, M.-E. (2014), La modification des pratiques journalistiques et du contenu des nouvelles télévisées, du quotidien à la situation de crise : analyse France/Québec, thèse de doctorat, Montréal : Université de Montréal, Département de communication et Aix-en-Provence : École doctorale de Sciences Po, 399 pages.

(crédit photo : Université de Sherbrooke)

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