Le mariage pour tous selon Jean-Paul Gaultier au MBAM

Jusqu’au 09 octobre, le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) accueille l’exposition Love is love, le mariage pour tous selon Jean-Paul Gaultier. Cette installation offre un panorama inédit des créations nuptiales du grand couturier français.

Par Timothée Beurdeley

Conçu en partenariat avec la Maison Jean-Paul Gaultier, Love is love souligne le succès d’une autre exposition initiée par le MBAM, « La planète mode de Jean-Paul Gaultier, de la rue aux étoiles », qui a voyagé pendant 5 ans à travers 12 pays et conquis deux millions de spectateurs. Un record pour une exposition de mode.

« Nous voulions conclure cette aventure extraordinaire de manière pertinente, chaleureuse, presque amoureuse, explique la directrice générale et conservatrice en chef du MBAM Nathalie Bondil. Cette installation est comme un bouquet final et c’est une jolie façon de remercier toute l’équipe qui a travaillé sur la première exposition. »

C’est d’ailleurs le commissaire de cette précédente exposition Thierry-Maxime Loriot qui assure le commissariat de Love is love. « L’idée n’est pas de faire le salon de la mariée au MBAM mais vraiment de donner accès à la haute-couture, aux tissus et aux techniques utilisés », s’est-il amusé en conférence de presse.
Le commissaire rappelle qu’il est extrêmement rare de pouvoir contempler de si près des œuvres de haute-couture dont les tissus très fragiles ont parfois demandé plusieurs centaines d’heures de travail manuel.

Une scénographie savoureuse

Présenté dans le Carré d’art contemporain du musée, l’exposition rassemble 35 robes et habits de noces créés par Jean-Paul Gaultier entre 1991 et 2017. Dans la pièce immaculée, des mannequins formant des couples de tout genre et de toute orientation se dressent sur un décor en forme de gâteau de mariage géant.
Certains mannequins de l’exposition, dont celui à l’effigie de Jean-Paul Gaultier, sont animés par la compagnie montréalaise de théâtre d’avant-garde UBU, ce qui ne manque pas de renforcer l’aspect savoureux de cette installation hors du commun imaginée par le musée et le designer néerlandais Jurgen Bey.

A la fin des années 1940, le couturier Christian Dior avait été le premier à clore son défilé de haut-couture avec une robe de mariée, instaurant une tradition suivie par certains de ses pairs, et que Jean-Paul Gaultier a su renouveler à sa façon, avec humour et engagement.
En 2001, le créateur avait fait sensation en faisant défiler la mannequin anglaise Jade Parfitt avec un bébé enroulé dans le voile de sa robe de mariée. On trouve parmi les autres tenues exposées une combinaison-pantalon en soie portée par le chanteur belge Stromae en couverture du magazine LGBTQ Têtu en 2014, une robe corset créée dans 2012 dans le cadre de la collection Hommage à Amy Winehouse, ou encore des tenues issues de collections aux noms évocateurs, du Couple Adam et Eve, rastas d’aujourd’hui aux Indiennes Gypsies en passant par les Marquis Touaregs ou le Punk Cancan.

Haute couture engagée

Ces créations de haute couture et de prêt-à-porter témoignent des mêmes préoccupations que le reste de l’œuvre du couturier, de son souci de mêler les influences multiculturelles, de sa proximité avec les milieux musicaux, de son engagement pour les droits des personnes LGBTQ.

 « Il y avait la volonté avec cette exposition de répéter le message humaniste pro-mariage pour tous cher à Jean-Paul Gaultier et au musée », a expliqué Nathalie Bondil en conférence de presse.
Le titre de l’exposition « Love is love » est ainsi issu d’un discours de Barack Obama prononcé en 2015 lors de la légalisation du mariage homosexuel dans tous les états américains.

Parfois rocambolesque, souvent démesurée et toujours audacieuse, cette sélection de créations nuptiales souligne la volonté de l’iconoclaste couturier de jouer avec les codes et les traditions de la haute couture, et de s’inscrire dans les enjeux sociétaux de son époque.

(crédit photo: Timothée Beurdeley)

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