Malgré les coupes budgétaires, Emmanuel Macron souhaite que la mission de l’AEFE soit «renforcée»

À l’occasion de la journée de la francophonie, le 20 mars dernier, le président Macron a présenté un projet ambitieux pour marquer la place de la langue française dans le monde. Il souhaite également donner « un élan nouveau aux lycées français » du réseau de l’AEFE, malgré les coupes budgétaires imposées à l’enseignement français à l’étranger par le gouvernement d’Édouard Philippe.

Par Antoine Jourdan

C’est sous la Coupole, devant l’Académie Française que le président Emmanuel Macron a choisi de présenter sa vision de la langue française. Entre lecture, et ouverture des bibliothèques, c’est l’importance de l’éducation qui était mise de l’avant. En métropole, le défi présenté est celui de ramener la jeunesse vers la littérature ainsi que d’uniformiser l’enseignement du français à travers le territoire.

Pourtant, qui dit francophonie dit aussi des millions de locuteurs autour du globe : selon un rapport de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), il y aurait quelque 220 millions de francophones dans le monde aujourd’hui, et presque 450 millions de personnes vivant dans des pays où le français est une langue officielle.

« Cette exigence que nous portons sur notre territoire national, je veux la porter hors de nos frontières de la même façon : il est de la responsabilité de la France de faire vivre nos francophonies », a expliqué le président de la République. Là encore, c’est l’importance de l’éducation, particulièrement en Afrique et au Sahel, qui a été mis de l’avant. Sur ce terrain, les engagements de la France sont multiples: formation des maîtres, aide publique au développement, relations bilatérales, déploiement du programme d’encadrement des enseignants, création d’un fond pour améliorer l’accessibilité aux ressources pédagogiques… les pistes de réflexions présentées par le président ont été nombreuses.

« Un élan nouveau donné aux lycées français »

Hormis les investissements et les collaborations internationales, un élément a été particulièrement souligné. Le renforcement de la francophonie « passera aussi par un élan nouveau donné aux lycées français », a déclaré Macron en faisant référence aux établissements de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger). « C’est la colonne vertébrale de notre offre d’enseignement à travers le monde », a-t-il justifié. Ainsi, elle sera « consolidée, dynamisée pour garantir sa pérennité », a-t-il promis avant d’ajouter que les moyens financiers seraient « maintenus » et qu’une stratégie serait présentée pour « mieux associer le secteur privé » à l’éducation française internationale.

Le réseau des lycées partenaires sera agrandi, dans l’objectif de « doubler » le nombre d’élèves accueillis d’ici 2025. Avec ses 350 000 élèves aujourd’hui, c’est donc à 700 000 que le président Macron espère porter le nombre de jeunes francophones éduqués au sein de l’AEFE. C’est d’ailleurs cette même agence qui verra sa mission « renforcée » afin d’aider les établissements étrangers qui souhaiteraient proposer des filières bilingues : « l’objectif est qu’en 2022, le réseau des écoles proposant des sections bilingues portant le label France Éducation regroupe 500 établissements contre les 209 aujourd’hui », a conclu le président.

Deux temps, deux mesures

Pourtant, cet élan de bienveillance à l’égard de la francophonie internationale portée par l’AEFE semble dissoner avec certaines positions prises par le gouvernement au début de son mandat. En effet, en juin dernier, Emmanuel Macron annonçait une coupure de 33 millions d’euros dans le budget de l’AEFE. Cette réduction, représentant environ 10% du budget de l’agence, devrait entrainer la suppression de 500 postes d’enseignants sur trois ans—soit 8% des effectifs. En dehors des coûts de sécurité et des investissements, aucune subvention ne sera versée en 2018, et, en parallèle à cela, une augmentation de 6 à 9% de la participation financière à l’AEFE des établissements conventionnés a été exigée. Cette politique avait provoqué une grève inédite le 27 novembre 2017, après que le Syndicat National des Enseignants de Second degré ait dénoncé un « coup brutal porté sur l’Enseignement public ». De passage à Montréal au début de mois, le député Roland Lescure avait confirmé son envie de faire passer l’Agence « dans le XXIème siècle ».

Certains militants syndicaux dénoncent un détachement de la réalité dans le discours du président. Ceux-ci s’inquiètent d’un manque de fonds qui permettraient de mener à bien le projet annoncé et dénoncent un désengagement de l’État ainsi qu’une marchandisation de l’éducation et des élèves. Le collectif « Avenir des Lycées français du monde en danger » a aussi publié un communiqué dans lequel il explique que « Tous ces décideurs qui, soi-disant veulent promouvoir la francophonie, doivent prendre leur responsabilité concernant les besoins du réseau des écoles française à l’étranger qu’ils vantent tant dans la parole, mais qu’ils ne soutiennent pas dans les actes ». Basée à Madrid, ce même collectif a soumis une lettre à tous les candidats à l’élection législative partielle de la 5e circonscription des Français de l’étranger, qui aura lieu sur l’intégralité de la péninsule Ibérique les 8 et 22 avril prochain, pour leur faire part de leurs inquiétudes.

Pour l’instant, l’Agence constitue un des piliers du soft power français : avec 492 établissements conventionnés dans 137 pays, 350 000 élèves se voient enseignés le programme de l’Éducation Nationale pour un taux de réussite au bac de 96%.

Le discours d’Émmanuel Macron à l’Académie Française:

 

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