Maguy Marin : Jusqu’où un artiste peut-il aller ?

Photo © Didier Grappe.
Interprètes Ennio Sammarco, Ulises, Alvarez, Vania Vaneau, Agustina Sario, Jeanne Vallauri, Teresa Cunha

La chorégraphe française Maguy Marin est à Montréal cette fin de semaine, pour trois représentations de sa nouvelle pièce «Salves», et ouvre ainsi la 16e édition du Festival «Danse Danse».

Le spectacle commence lorsqu’un danseur arrive sur scène en déroulant un fil imaginaire. Il invite ensuite un spectateur à l’aider dans son défilement, et ainsi de suite jusqu’à ce que les sept danseurs soient tous sur scène. Malheureusement, c’est le seul moment où la pièce suit un fil conducteur. En effet, le spectacle s’apparente plus à de l’expression corporelle ou du théâtre, qu’à de la danse. Durant une heure et dix minutes, c’est une succession de courtes scénettes saccadées. Le tout évolue dans un décor de film burlesque italien des années cinquante, tantôt dans la pénombre, tantôt en pleine lumière.

La trame sonore se compose de courts extraits de discours en français et en italien expliquant ce qu’est l’art, et la manière dont les émotions sont générées, gérées et diffusées par l’art. Mais hélas ces discours ne semblent jamais en phase avec les scénettes présentées…

Dans les quinze dernières minutes, le spectacle s’emballe soudain, les coups et les pots de peinture volent dans tous les sens à un rythme effréné. A l’issue du spectacle, malgré une performance honorable des acteurs, les applaudissements ont été peu chaleureux. De nombreuses personnes avaient déjà quitté la salle durant le spectacle…

Maguy Marin, installée aujourd’hui à Toulouse avec une équipe réduite, fille d’immigrés espagnols ayant fui la guerre d’Espagne et le franquisme, nous a habitué depuis 1984, à des pièces de danse que les spécialistes considèrent comme «fortes et dérangeantes». Même si d’aucuns crieront inévitablement au génie, ce spectacle constitue, selon moi, un délire élitiste doublé d’une pantalonnade grotesque sans queue ni tête. On peut en effet se demander, comment une chorégraphe qualifiée par tous de rebelle, peut produire un spectacle où son seul souci semble être son propre plaisir. Ou est la rébellion ? Le caractère dérangeant ?

Si la créativité des artistes doit s’exprimer librement et pleinement, elle ne doit pas, pour autant, tomber, comme on le voit de plus en plus souvent aujourd’hui, dans un art populeux où tout est permis parce qu’on ne peut pas brimer l’artiste. Elle ne doit pas, non plus, dégénérer en un délire égoïste ou un plaisir intellectuel à tendance onaniste.

Si je ne me trompe pas, la finalité de l’art demeure d’émouvoir ou de faire réfléchir le public, non ?

 

Représentations les 26, 27 et 28 septembre au Théâtre Maisonneuve

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