Visite de Loup Viallet: la francophonie souhaitée par le Front National passe par le Québec

Loup Viallet est un québécophile. Il vient d’achever une visite de deux semaines dans la province, en tant que directeur du Collectif Mer & Francophonie (COMEF) et délégué national à la prospective du Front National (FN), pour asseoir une « diplomatie patriote », basée sur la francophonie et la souveraineté nationale, en cas de victoire de Marine Le Pen.

Par Nathalie Simon-Clerc

Si des raisons sentimentales l’ont amené au Québec il y a plusieurs années, c’est aujourd’hui pour des raisons politiques que Loup Viallet multiplie les voyages dans la province. Un an après le voyage controversé de Marine Le Pen, le délégué national du FN s’appuie sur le collectif qu’il dirige pour bâtir des ponts entre des nations francophones, en Afrique et au Québec notamment. « Les francophones doivent jouer leur partition dans un monde multipolaire », justifie-t-il.

Il s’insurge contre « les relations distendues » entre la France et le Québec depuis les années 60, contre François Hollande qui, en novembre 2014, vient d’abord en Alberta pour visiter le Premier ministre Harper avant le Premier ministre du Québec. L’homme de 27 ans dénonce également l’augmentation des frais de scolarité pour les étudiants français, intervenue en 2015.

Il est accompagné et relayé par Alexandre Cormier-Denis, adhérent du Parti Québécois, mais aussi président d’Horizon Québec Actuel, le seul mouvement politique québécois reconnu par Marine Le Pen, dont il souhaite l’élection. « Avec Marine Le Pen, on voit la possibilité de reprendre une amitié abandonnée au fil du temps, elle est la plus québécophile des candidats », assure le président du mouvement souverainiste.

Développer une croissance francophone

Mais Loup Viallet insiste aussi sur le rôle qu’il souhaite voir jouer au nom de la francophonie, par les nations qui ont cette langue en partage, notamment sur les plans économiques, éducatifs et culturels. « Nous avons besoin de développer de la croissance francophone ensemble », assure M. Viallet.

Il souhaite l’instauration d’un forum franco-québécois des affaires, la création de banques d’investissement de la francophonie, le rétablissement des tarifs universitaires réduits pour les étudiants français au Québec, la création d’un Érasmus francophone ou encore l’apprentissage de l’histoire commune entre la France et le Québec par les écoliers des deux nations.

Ses propositions formulées au travers du COMEF, représentent aujourd’hui 5% du programme de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle.

Pour autant, il rejette l’AECG, qui, selon lui, va menacer les agriculteurs français et québécois et va profiter aux grandes entreprises. « On a besoin de développer des échanges entre les PME françaises et québécoises et le libéralisme n’est pas l’avenir de ces échanges », plaide celui qui fut conseiller dans l’entourage de Jean-Pierre Chevènement avant de rejoindre la mouvance du Front National, dont il n’est toutefois pas adhérent. Il se moque du Premier ministre du Canada, « le chantre du libéralisme », qui se cherche « une posture diplomatique en faisant du Canada le pays des réfugiés ». « Justin Trudeau est un has been complet! », lance-t-il.

Alors que deux ambassadeurs de France ont annoncé publiquement qu’ils ne serviraient pas Marine Le Pen si elle est élue le 7 mai prochain, Loup Viallet émet déjà la proposition de déplacer l’ambassade de France d’Ottawa à Québec.

Alexandre Cormier-Denis et Loup Viallet, rue Saint-Denis à Montréal – crédit: Nathalie Simon-Clerc

Une brèche au PQ pour les idées du Front National

Durant deux semaines, en compagnie d’Alexandre Cormier-Denis, Loup Viallet a voyagé à Montréal et à Québec. « On veut que les Québécois se sentent regardés par la France », plaide le délégué national du FN. « On a rencontré beaucoup de gens et d’organisations et l’accueil est extrêmement positif », se réjouit M. Cormier, même s’il regrette la réticence « médiatique » à s’afficher avec un responsable du FN. Guy Bertrand, l’avocat de René Levesque, a reçu les deux hommes, tandis que le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Maxime Laporte, a plaidé l’ignorance sur les fonctions de Loup Viallet au Front National, pour justifier une rencontre devenue gênante.

Alexandre Cormier-Denis affirme que dans certains milieux péquistes, en privé, on souhaite la victoire de Marine Le Pen, car son élection « constituerait un gain pour le Québec ». De son côté, Jean-François Lisée, chef du Parti Québécois (PQ) a réaffirmé son opposition à la chef du Front National en fin de semaine dernière, lors de l’émission Enquête sur Radio-Canada : « Si vous êtes des partisans de Marine Le Pen, vous n’avez pas de place au PQ ». Face à la porosité de certains membres du PQ aux idées souverainistes et anti-multiculturalistes de Marine Le Pen, Jean-François Lisée oppose son rejet de « la préférence nationale » défendue par le Front National.

Alexandre Cormier-Denis appuiera la campagne de Marine Le Pen à l’Élysée : « C’est normal que les souverainistes québécois appuient les souverainistes français; Marine Le Pen est la plus à même de reconnaître notre indépendance et notre souveraineté ».

Quant à Marine Le Pen, elle a promis d’être l’une des premières à reconnaître l’indépendance du Québec en cas de victoire des souverainistes lors d’un référendum. Loup Viallet définit la ligne diplomatique franco-québécoise d’une Marine Le Pen, présidente de la République : « ni ingérence, ni abandon, mais un réveil de l’amitié franco-québécoise. »

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(crédit photo: Nathalie Simon-Clerc)

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