Les valeurs de la République au coeur des préoccupations de Marie-de-France et Stanislas

Par Guillaume Mazoyer

La ministre de l’Éducation Nationale, Najat Vallaud-Belkacem a annoncé le 22 janvier « une grande mobilisation pour l’École pour les valeurs de la République ». Une série de 11 mesures centrées sur le renforcement de la laïcité et des rites républicains prendront effet à la rentrée 2015. Le Collège International Marie de France (CIMF) et le Collège Stanislas, les deux établissements de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE) à Montréal, en appliquaient déjà certains points.

Les attentats du 7 janvier dernier à Paris ont provoqué une onde de choc qui n’a pas épargné le ministère de l’Éducation nationale. Dès le 11 janvier, Najat Vallaud-Belkacem a appelé à une « mobilisation renforcée de l’École pour les valeurs de la République », et a convoqué les représentants des enseignants, des acteurs de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme et d’autres entités afin d’élaborer des pistes de solutions pour renforcer l’enseignement de l’idéal républicain.

Un idéal bousculé par les nombreux incidents qui ont entaché la minute de silence dans les écoles françaises en hommage aux victimes des attentats. « Les équipes éducatives ont fait face à l’obscurantisme et ont délivré ce que l’école peut offrir de meilleur : du dialogue éducatif, des repères moraux appuyés sur la connaissance », a salué la ministre de l’Éducation nationale dans son discours du 22 janvier.

Un moment de recueillement a eu lieu dans les établissements AEFE de Montréal au lendemain des évènements de Charlie Hebdo. « J’ai aussi demandé aux professeurs d’évoquer avec les élèves sur un créneau de deux heures les valeurs de la République », confie le proviseur du CIMF, Régis Raufast. Un geste prémonitoire à la mobilisation pour l’École.

Les mesures de sécurité à Stanislas et à Marie-de-France ont été renforcées. Les entrées sont systématiquement contrôlées par des surveillants et, à CIMF, un agent de sécurité est présent en soirée.

« Le commencement d’une ambition renouvelée pour l’école de la République »

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Najat Vallaud-Belkacem – crédit : Nathalie Simon-Clerc

La mobilisation aura un coût de 250 millions d’euros étalé sur 3 ans. Dans un premier temps, la formation des enseignants sera révisée pour y inclure une évaluation des capacités à communiquer les valeurs de la République lors des concours de recrutement. « Les incidents ont révélé la vulnérabilité des enseignants pas suffisamment préparés et formés », estime Najat Vallaud-Belkacem. Un millier d’enseignants actuels seront aussi formés pour servir de points de repères à leurs collègues sur des questions de laïcité.

L’enseignement supérieur est mis à contribution afin d’encourager les recherches permettant d’analyser les « fractures » de la société française et les facteurs de radicalisation. Les professeurs universitaires seront briefés sur les enjeux de la laïcité par le biais de formations continues.

L’Éducation nationale veut « rétablir l’autorité des maîtres et les rites républicains » via l’apprentissage de l’hymne national et de la devise du pays. Le 9 décembre sera dorénavant la journée de la laïcité, commémorant l’instauration le 9 décembre 1905 de la séparation de l’Église et de l’État. « C’est le commencement d’une ambition renouvelée pour l’école de la République », déclare la ministre de l’Éducation nationale.

Parmi les autres mesures, un nouveau parcours d’éducation de l’école à la terminale voit le jour : le parcours citoyen. L’élève recevra dès la rentrée 2015 plus de 300 heures d’enseignement civique étalé de la maternelle à la terminale et ajusté aux enjeux actuels. « Ce ne sera pas seulement l’apprentissage des droits et devoirs, ce sera aussi l’expérimentation pratique du débat, de l’esprit critique, de l’analyse, en partant notamment de l’indispensable lutte contre les préjugés », justifie Najat Vallaud-Belkacem.

Des mesures familières

Plusieurs des mesures annoncées le 22 janvier sont déjà en place dans les lycées de Montréal et y font leurs preuves. L’Éducation nationale souhaite que les établissements valorisent les participations et initiatives étudiantes. Le CIMF organise déjà depuis une dizaine d’années une soirée « Passion CIMF » qui nomine et récompense les meilleurs élèves dans des catégories sportives, académiques, culturelles et d’implication étudiante. À Stanislas, plusieurs groupes d’étudiants bénéficient d’un accompagnement de l’école dans leur démarche d’engagement social et communautaire, dont le groupe « Stan jeunes solidaires » qui participe aux campagnes « Paniers de Noël » du Centre des Femmes de Montréal, ou encore à la Journée mondiale de l’eau.

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crédit : CIMF

Les mesures préconisent « un temps annuel de rencontre » avec l’ensemble de la communauté éducative, à travers une cérémonie de remise des diplômes ou un spectacle de fin d’années. À Montréal, les cérémonies de remise des diplômes sont institutionnalisées tant à Stanislas qu’à CIMF et sont un temps fort de la scolarité dans ces établissements. Ils possèdent également un riche éventail d’événements culturels et sportifs répartis sur l’année scolaire.

L’Éducation Nationale souhaite instaurer la création d’au moins un média dans chaque établissement afin de mieux sensibiliser les élèves au travail essentiel des médias dans une démocratie. Un journal papier s’est créé cette année au Collège Stanislas. Au CIMF, il existe depuis 2007 une télévision interne, la « Télé Invisible », à laquelle participent les étudiants qui le désirent.

L’année 2015-2016 permettra au ministère de faire un diagnostic sur la mixité sociale dans les établissements français, en vue d’une politique sur la composition des collèges. À Montréal, les établissements sont les hôtes de plusieurs dizaines de nationalités, provenant d’horizons sociaux-professionnels variés. Le CIMF revendique plus de 70 nationalités parmi ses élèves. Les actions contre les déterminismes sociaux et territoriaux du gouvernement incluent une emphase sur l’inclusion linguistique des allophones. Des cours de Français Langue Étrangère (FLE) existent déjà à Montréal.

Le réseau AEFE dépend du ministère des Affaires étrangères, qui filtrera les mesures de la rentrée 2015 à appliquer.

(crédit photo Une : CIMF)

2 Réponses

  1. Élie Babin (@eliebabin)
    Élie Babin (@eliebabin) at |

    Les établissements de l’AEFE sont classés de trois façons différentes, il y a les établissements en « gestion directe », les « conventionnés » et enfin les « partenaire ». Marie de France et Stanislas sont tous deux des établissements « conventionnés », mais font bien partie du réseau AEFE.

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  2. Philippe Barthelemy
    Philippe Barthelemy at |

    une correction, je crois : Stanislas et le CIMF ne sont pas des établissements AEFE (ie. gérés par le ministère), mais des établissements privés, de droit local, liés par une ‘simple’ convention à l’AEFE. Et donc, à ce titre, ils n’ont pas forcément à appliquer toutes les dispositions de l’Éducation Nationale et peuvent prendre leurs propres dispositions sous contrôle de leur propre Conseil d’Administration. Me trompe-je ?

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