L’époustouflant Ballet BC célèbre l’avant-garde européenne

L’une des compagnies de danse contemporaine les plus en vogue du moment, le Ballet BC, s’est produite le week-end dernier sur les planches du théâtre Maisonneuve de Montréal, dans le cadre de Danse Danse.  Une performance à couper le souffle, saluée par le public et la critique, qui a largement fait honneur au travail de trois chorégraphes européens, dont le français Mehdi Walerski.

Par Sarah Laou

C’est un retour en force remarqué qu’effectue la troupe vancouvéroise, après 13 ans d’absence de la scène montréalaise. Littéralement métamorphosé sous l’impulsion visionnaire de leur nouvelle directrice artistique : Emily Molnar, le Ballet BC a donné trois représentations à guichets fermés, les 23, 24 et 25 janvier, dans l’enceinte du mythique théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.

Sous forme de triptyque, le ballet dévoile les œuvres percutantes de trois chorégraphes européens au style novateur. Pour Emily Molnar, une façon de donner de la visibilité à l’avant-garde de la danse contemporaine, mais aussi d’imposer la diversité des esthétiques et la signature chorégraphique de la compagnie.

Trois œuvres empreintes de virtuosité et de modernité

La salle est comble. Les premiers accords d’une musique électroacoustique annoncent l’œuvre électrisante de l’italien Jacopo Godani : A.U.R.A. Propulsés sur une scène éclairée par des néons phosphorescents, presque nus, deux danseurs se démènent dans une sorte de joute tribale envoutante. Le public retient son souffle, happé par cet univers futuriste insoupçonné.  À la manière d’apparitions irréelles, quinze des danseurs de la troupe se meuvent et s’entremêlent comme s’ils évoluaient en milieu aquatique. Les corps athlétiques se plient, se tendent et se contorsionnent, se heurtent et s’enlacent inlassablement dans une danse frénétique, presque organique, venue d’un autre monde, d’un autre temps. Vingt minutes de virtuosité extrême et d’intensité émotionnelle remarquable. Tout en puissance, en symbiose et en dynamisme, la performance est impressionnante.

09-aura-michael-slobodian_2Photo u00A9 Michael Slobodian.  Interpru00E8tes Alexis Fletcher, Peter Smida et les artistes du Ballet  BC.C’est au tour du très poétique et doublement primé Walking mad, chorégraphié par le suédois Johan Inger, de s’imposer. Si, de prime abord, l’atmosphère de ce deuxième ballet semble légère et festive, flirts, badineries et frivolités laissent bientôt place au silence, à la rupture, à la solitude et à la folie. Avec une scénographie amovible judicieusement conçue, des duos parfaitement ciselés et émouvants, cette œuvre emplie de sensibilité s’enfonce dans les méandres de la relation amoureuse sur la musique enivrante du Boléro de Ravel.

Le dernier ballet, Petite cérémonie du jeune chorégraphe français Medhi Walerski, est tout à fait surprenant. Spécialement créée pour la compagnie de Vancouver, cette œuvre atypique – tant elle mélange les genres et les rythmes – est une gourmandise raffinée dont on ne se lasse pas. Intelligente et drôle, elle nous transporte dans un univers clos où se rencontrent hommes et femmes de façon inattendue et exaltante. Medhi Walerski offre ici un véritable voyage surréaliste et onirique. Et, grâce à l’interprétation délicate et sentie des danseurs, on passe du music-hall au classique, du contemporain au théâtre sans dépaysement.

Le Ballet BC en pleine ascension

Créé en 1986, le Ballet BC forme des artistes contemporains à la technique irréprochable. Aujourd’hui composée de dix-huit danseurs charismatiques et talentueux, la compagnie trouve un nouvel essor sous la direction de la brillante Emily Molnar : « Nous avions décidé de rebâtir la compagnie qui était presque en faillite en 2009, déclare t-elle. Lorsque j’ai repris les rênes, mon but était d’innover et de m’ouvrir au monde. Les chorégraphes européens avec qui nous avons travaillé pour ce spectacle sont de jeunes chorégraphes émergents qui représentent totalement la direction que nous souhaitons prendre ».

La troupe, qui a rencontré un franc succès à l’issue de ces trois représentations, poursuit donc son ascension fulgurante à l’international. Une prestation remarquable qui a permis de mettre en lumière des œuvres chorégraphiques exceptionnelles. Le Ballet BC n’a pas fini de se révéler.

 

Danse Danse 2014-2015 : http://www.dansedanse.ca/fr

(crédit : Photo © Michael Slobodian. Interprètes artistes du Ballet BC)

 

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