« L’écologie doit sortir du champ! », une tribune de Cyrille Giraud

(crédit photo : Projet Montréal)

Par Cyrille Giraud (1)

S’il y a bien une chose durable au sein de la cause environnementale, c’est son essoufflement. Pourtant au Québec comme en France, les préoccupations vertes tiennent depuis longtemps le haut du pavé dans le coeur des gens. Or lorsque que vient le temps de voter, la chaussée trace la voie à d’autres priorités.

Outre certaines querelles intestines propres à tout parti politique digne de ce nom, les mouvements écologistes ont un mal fou à trouver un juste milieu entre le fait d’avoir le coeur à gauche et le portefeuille à droite. Et cet éloignement se retrouve précisément dans la rhétorique des partis verts : on vous parle longuement des préoccupations globales mais on oublie de consacrer du temps à celles de tout un chacun.

Et mon argent dans tout ça ?

C’est là où le bât blesse. Que l’on soit en période de prospérité ou de crise, les besoins fondamentaux de nos sociétés modernes demeurent les mêmes. Il faut se loger, se nourrir et travailler. Si l’on n’est pas capable de s’exprimer clairement sur les grands enjeux, à quoi bon faire le lien avec l’environnement ? C’est donc qu’il existe en général un manque de lisibilité. Mais aussi de visibilité.
À chaque fois que l’actualité requiert l’avis des politiques de tout bord, je me désole de la transparence des partis environnementaux. Transparence dans le sens d’invisibilité. Par exemple durant le printemps érable, les avis recueillis auprès des partis verts, de niveau provincial et fédéral, et mis en avant dans les médias pouvaient probablement se compter sur les doigts de la main. Pourtant on était précisément au coeur du portefeuille des Québécois.
Question santé également, aussi bien ici que dans l’Hexagone, le déficit larmoyé par les gouvernements successifs mérite toute notre attention. Mais encore une fois, ce thème qui nous est cher dans tous les sens du terme est automatiquement attribué aux partis majoritaires traditionnels. Et paradoxalement ces partis qui ont la chance de pouvoir changer les choses une fois élus n’y arrivent tout simplement pas.

Des partis un peu trop grano-bobos

Le grand écart social se paye au prix fort puisque ces partis écolos, qui devraient justement s’adresser en priorité aux citoyens les moins nantis, ratent complètement leur cible. Le discours est souvent trop théorique et technique, voire inaccessible pour le profane car pondu par des experts qui ne se comprennent qu’entre eux. Du coup, demander aux gens de voter vert, c’est un peu comme leur demander de voter pour des Martiens puisque l’on est sur une autre planète.

De l’autre côté de l’océan, le système pyramidale de gestation des grandes lignes politiques de Europe Écologie-Les Verts donne mal aux cheveux : profusion de courriels, constellation de contributions-propositions qui engendrent une multitude de motions, puis congrès médiatisés et suicidaires où les dirigeants s’entre-déchirent. Là encore on se retrouve confrontés à un problème de lisibilité.

Je ne dis pas pour autant que l’on doive abandonner l’écologie. C’est parfait que nous soyons capable de répondre sur-le-champ à la moindre question portant sur le gaz de schiste ou l’énergie nucléaire. Cependant ne nous complaisons pas en nous roulant dans le champ. En regardant au-delà des herbes hautes, il y a largement de quoi faire.

Parlons peu mais parlons bien… et mieux !

Soyons clairs dans nos messages : offrons un discours structuré, dépoussiéré et plus pertinent relativement à la qualité de vie quotidienne et l’avenir des citoyens. Prenons l’exemple de l’inversion du pipeline 9B de Enbridge au Canada. Pourquoi s’y opposer ? Trois raisons que j’ai retenues parmi toutes celles proposées par le Parti vert du Canada :
1- la nature du pétrole issu des sables bitumineux est dévastatrice pour notre environnement
2- ce pétrole visqueux nécessite l’ajout de produits ultra toxiques pour en fluidifier le transport

3- la vétusté du pipeline en fait une passoire potentielle (indice : relire les 2 points précédents) Ces 3 points nous ramènent aux dangers liés à la pollution de notre sol, de nos nappes phréatiques et cours d’eau, et a fortiori à l’eau qui s’écoule directement de nos robinets.

Enfin, les risques économiques liés au déversement de produits toxiques peuvent être désastreux. La tragédie survenue à Lac-Mégantic en est malheureusement le meilleur exemple entre maisons et commerces soufflés, vies perdues et écosystèmes pollués. Les conséquences directes sur nos besoins immédiats et préoccupations quotidiennes doivent être systématiquement reliées à notre discours pour trouver une réelle résonance.

Au final, je demande une clarté appropriée, une réelle accessibilité universelle. Présentement ce n’est pas l’électeur qui est une personne intellectuellement handicapée, mais le politique qui a bien du mal à se faire comprendre depuis le beau milieu de son champ.

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(1) Montréalais d’adoption et vérificateur en matière de conformité dans le secteur des valeurs mobilières, Cyrille Giraud s’intéresse aux problèmes d’éthique, de déontologie et de transparence. Après avoir porté les couleurs de Europe Écologie-Les Verts en Amérique du Nord, il s’est porté candidat aux élections municipales pour Projet Montréal en 2013. Sensible aux questions sociales, économiques  et environnementales, il s’implique aussi dans l’aide à l’intégration des immigrant(e)s en tant qu’animateur communautaire.

 

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