Le « pape » des neurosciences françaises en conférence à l’UQAM

Par Sarah Laou

Les mystères de la conscience humaine semblent sur le point d’être percés à jour. Stanislas Dehaene, neuroscientifique et professeur au Collège de France, présentait le 19 février dernier ses étonnantes recherches sur le « décodage » de la conscience lors d’une conférence au Cœur des sciences de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

« Peut-il y avoir une science objective sur des faits subjectifs ? » C’est la question que pose sans détour l’éminent spécialiste français de l’exploration du cerveau, Stanislas Dehaene, alors qu’il vient à peine de fouler la grande scène de l’amphithéâtre du pavillon Sherbrooke de l’UQAM.

Membre de l’Académie des Sciences, professeur honoraire en psychologie cognitive expérimentale au Collège de France, directeur de l’unité de Neuroimagerie Cognitive à Neurospin dans l’Essonne, cet ancien normalien poursuit depuis plus de vingt ans des travaux sur les processus d’apprentissage et l’accès à la conscience en utilisant les méthodes d’imagerie cérébrale.

Prônant la reconnaissance d’une science exacte de la vie mentale, les théories de Dehaene se basent sur une compréhension matérialiste et une approche biologique de l’« architecture cérébrale ». Le chercheur français, qui collabore avec plusieurs chaires de recherches canadiennes – dont le Montreal Neurological Institute de l’Université de McGill – était très attendu par le milieu scientifique québécois, mais aussi par les médias. C’est d’ailleurs avec flegme et assurance que le scientifique français a accordé une entrevue à Radio Canada le matin même de sa conférence.

Cette visite au Québec a permis au chercheur d’exposer les résultats de plus de dix ans de travail sur les processus cérébraux de la conscience et de présenter par la même occasion son ouvrage Le code de la conscience paru aux éditions Odile Jacob en octobre dernier.

Philosophie de l’esprit : le règne du biologique
Le corps et l’âme ne peuvent être le résultat que de deux substances « réellement distinctes », affirmait le philosophe René Descartes. Pour les partisans de l’approche dualiste de l’esprit, l’essence même de la conscience est immatérielle et ne peut se réduire aux simples procédés organiques.
À l’inverse, le courant matérialiste dans lequel s’inscrit Stanislas Dehaene a pour vocation de démontrer que toute perception, pensée, émotion ou sentiment sont le fruit de processus neurophysiologiques spécifiables. Il s’agit donc, pour le professeur Dehaene, de dépoussiérer les idées reçues sur l’existence d’une conscience humaine mystérieusement insufflée et détachée du corps.

« La plupart des gens ont l’intuition que la conscience n’appartient pas au même domaine que la biologie, explique Stanislas Dehaene.Mais, grâce à l’imagerie cérébrale et aux expériences que nous menons en laboratoire sur les illusions visuelles, nous pouvons désormais suivre et observer en temps réel le processus de prise de conscience d’un individu. Il est également possible de savoir à quoi rêve le sujet en observant les aires du cerveau activées pendant le sommeil », poursuit le neuroscientifique.

En effet, les techniques d’imagerie cérébrale permettraient notamment d’identifier les « signatures » de la conscience dans le cerveau, ainsi que les marqueurs neuronaux qui indiquent une prise de conscience ou, au contraire, un traitement inconscient de l’information.

Une avancée qui pourrait bien faciliter le suivi des malades plongés dans un état neurovégétatif, mais aussi favoriser la communication avec des publics aux prises avec une perte de réalité tels que les personnes atteintes de troubles schizophréniques.

L’Homme, cette machine à la conscience programmée
dehaene_neuroscienceDehaene, qui compare sans complexe le cerveau humain à une machine parfaitement rodée, met donc en pièce l’idée par laquelle notre conscience du Soi serait guidée par une énigme existentielle de nature spirituelle.

Bien que la science ne réponde toujours pas au « pourquoi », elle s’attache à décortiquer toujours un plus le « comment », et ces travaux démontrent aujourd’hui que notre conscience n’est pas « déconnectée » de nos circuits neuronaux. Elle serait bien encodée et programmée dans notre cerveau à l’instar de nos ordinateurs et de leur disque dur.
« Les émotions humaines sont des calculs. La machine ou l’ordinateur pourraient très bien développer des émotions », ajoute ensuite le cognitiviste en poursuivant sa réflexion sur les avancées de l’intelligence artificielle.
En guise de clôture de la conférence, le scientifique a cependant tenu à mettre en garde « les consciences » contre l’utilisation militaire «à mauvais escient » des drones ou robots autonomes.
Des machines organiques pouvant engendrer des machines électroniques, cela ne semble plus tout à fait appartenir à la science-fiction.

(crédit photo : YouTube – Wise channel)

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