Le « foot » et le soccer divisés par le voile

Samedi dernier, la Fédération Internationale de Football (FIFA) a tranché : les couvre-chefs sont désormais autorisés pour les footballeuses et footballeurs du monde entier. C’est bien évidemment le voile des joueuses de pays mulsumans et le turban des Sikhs qui est visé. Cette décision très attendue, appaise les tensions au Canada, mais attise la colère du « foot français ». Deux conceptions différentes du « football-soccer », reflet de sociétés qui le sont également.

« C’est une honte. Ils sont retombés sur la tête les anciens de la FIFA. Le port du serre-tête n’est pas autorisé, par exemple ». Jean-Michel Larqué ne décolère pas. Il ajoute qu’il se bat depuis toujours pour qu’un terrain de sport soit un espace laïque. Il a été rejoint par Frédéric Thiriez, président de la Ligue de Football Professionnel, qui a qualifié de « grave erreur » la décision de la FIFA. Il a ajouté que la charte olympique exclut tout signe religieux et que cette décision, qui va à l’encontre du droit des femmes, menace la neutralié du football. Quant à la Fédération Française de Football, elle a réaffirmé l’interdiction du port du voile à ses licenciés afin « de respecter les principes constitutionnels et législatifs de laïcité », et a précisé que cette interdiction restait valable.

Depuis 2012, les fédérations asiatiques de football ont obtenu de la FIFA l’autorisation de porter voiles et turbans sikhs lors des matchs. La communauté sikhe du Canada avait également réclamé et obtenu cette autorisation (le 13 juin 2013, la FIFA a autorisé les joueurs de la Fédération Canadienne de Soccer a porter un foulard). L’été dernier, la Fédération de soccer du Québec, avait soulevé la colère d’une partie du pays, en interdisant le port du turban sikh, avant de se raviser. Michel Dugas, porte-parole de la Fédération de soccer du Québec, se déclarait satisfait en début de semaine, de la décision prise par la FIFA.  » On a été une des premières associations à demander à la FIFA de trancher », explique le porte-parole.

« Une expérience a été menée et la décision restait à prendre», a déclaré  Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA, lors d’une conférence de presse à Zurich samedi dernier.  Mais les couvre-chefs autorisés devront répondre à des critères bien précis : être collé à la tête, être en accord avec la tenue du joueur, ne pas être rattaché à son maillot, ne pas constituer un danger pour celui qui le porte ou pour autrui, et n’avoir aucune partie qui dépasse. Les épinglettes pour le faire tenir sont interdites. La FIFA devra informer chaque fédération. D’après Jérôme Valcke, cette requête a été acceptée par la FIFA pour développer le football dans des pays où cette interdiction freinait son expansion.

C’est l’IFAB (International Football Association Board), organe garant des lois et réglements au sein de la FIFA, qui a approuvé la modification de l’interprétation de la « Loi 4 – L’Équipement des joueurs » en spécifiant que les joueurs pouvaient désormais porter des couvre-chefs. « Après une période d’essai de deux ans, l’IFAB a convenu qu’il n’y avait aucune indication nécessitant l’interdiction du port de couvre-chefs », précise le communiqué de l’organisme. La Loi 4 a également été modifiée pour affirmer clairement que les équipements obligatoires et les sous-vêtements ne devaient arborer aucune sorte de slogan, déclaration ou image.

Ces modifications entreront en vigueur le 1er juin 2014 et seront donc valables pour la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™.

(photo : match amical France-Québec en juillet 2013 – crédit : Johan Demarle)

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