Le désir de Gobi : au refuge de l’imaginaire

Par Camille Feireisen

Cinq comédiens : deux amoureux des mots, blessés par un silence qui abîme et méprise, une oreille attentive et deux voix. Le Théâtre de l’Ombre rouge joue Le Désir de Gobie, de Suzie Bastien, et puise avec justesse dans les émotions de l’enfance.

La pièce de Suzie Bastien plonge le spectateur dans les abîmes du monde de Nine, enfant abandonnée par sa mère et séquestrée par son père dans une pièce secrète. Pendant un an, l’enfant n’aura pour seul contact avec le monde extérieur qu’une main qui lui donne le strict nécessaire pour vivre. Nine trouve alors refuge dans un monde imaginaire, avec son ami Colas, l’enfant extraterrestre (interprété par Jonathan Hardy), Noman et Scarlett (Antoine Regaudie et Sébastien Perron), figures à la fois bienveillante et effrayante.

Du fait divers au conte d’enfant

La pièce s’approprie un fait divers, abrupte et factuel, et le transporte dans le langage de l’enfance. Mis en scène par Emanuel Robichaud, l’histoire se décline en dialogues entre Nine et ses personnages imaginaires, ponctués de bruits étranges et parfois inquiétants. Une mise en scène puissante, qui suscite l’émotion et rappelle avec force que la voie de la guérison passe d’abord par la parole.

Gabrielle Lessard incarne une Nine farouche et passionnée, à la fois terrifiée par la vie et assoiffée de liberté. Perdue entre ses fictions et les souvenirs macabres qu’elle doit exorciser, Nine explore les recoins de sa mémoire fantaisiste accompagnée de son psychologue (Vincent Magnat), surnommé le Morlock, à cause de La Machine à explorer le temps. Au cours de cette douloureuse maïeutique, les deux personnages s’apprivoisent.

Dans le monde de Nine

Sur les murs de la salle intime du Prospero, des dessins à la craie, poétiques et enfantins, cohabitent avec quatre portraits de Modeste Moussorgski, la figure paternelle, dont le regard sévère pénètre parfois la bulle que Nine s’est construite sur les tapis beiges du cabinet du Morlock. Rapidement, le spectateur perd la notion du réel, et suit le psychologue dans les profondeurs lugubres du microcosme de la fillette.  Il se prend alors à fantasmer sur les mêmes ersatz de liberté dont rêve Nine. Du désert de Gobi, cet eldorado où les enfants esseulés se retrouvent et apprennent enfin à vivre.

Gabrielle Lessard investit totalement le personnage de Nine, violente, rieuse, colérique et impétueuse. Jonathan Hardy habite un Colas à la fois attachant et rieur, boute-en-train et bouleversant. Vincent Magnat en Morlock, accompagne discrètement chaque étape de sa jeune patiente et s’efface, quand il devient nécessaire de laisser la place au caractère fougueux de Nine.

Vincent Magnat, un français émigré investi dans la vie culturelle de son quartier

Émigré depuis vingt ans au Québec, Vincent Magnat a monté sa compagnie de théâtre, Galiléo, qui présente des productions française comme Nathalie Sarraute, « Pour un oui ou pour un non », jouée en 2013 au Théâtre Prospero. En tant que président du regroupement arts et culture de Rosemont-Petite-Patrie, Vincent Magnat milite aussi pour valoriser la pratique culturelle dans son quartier. « L’idée, c’est de mieux représenter les artistes, développer les milieux artistiques dans les quartiers et aller à la rencontre du public là où il est, en proposant des activités dans les rues et dans les parcs notamment. » explique-t-il.

En entrevue, Vincent Magnat explique comment il a vécu son rôle du Morlock dans la pièce.
En voici un extrait :

 

En salle jusqu’au 7 mars 2015 au Théâtre Prospero.

Liens :
Théâtre Prospero : www.theatreprospero.com
Le Désir de Gobi, billetterie : www.theatreprospero.com/spectacle/desir-gobi

(crédit visuel : Théâtre Prospero)

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