Lancé au Québec il y a deux mois, Canal + International veut s’adapter et s’exporter

Il y a deux mois, Thema Canada lançait Canal + International au Québec, une nouvelle chaîne proposant des programmes du groupe Canal +, construite sur mesure pour les Français de l’étranger désireux de retrouver « l’ADN Canal » et de regarder une offre plus « entertainment » que TV5 Monde ou France 24. Aujourd’hui, fort «de son lancement réussi», Thema Canada s’apprête à adapter sa grille de programmes et à lancer deux nouvelles offres : une autre chaîne câblée et une offre adaptée aux mobiles.

Par Nathalie Simon-Clerc

« Le bébé a deux mois, mais on rencontre nos objectifs », explique Marianne Bede, CEO de Thema Canada, qui ne souhaite toutefois pas communiquer sur les chiffres. Un premier bilan sera fait en juin. Canal + International, lancé le 15 novembre chez Vidéotron, est aujourd’hui offerte par l’ensemble des opérateurs canadiens au tarif de 10$ par mois. « On privilégie la qualité, une chaîne premium sans publicité », justifie la dirigeante. Elle ajoute que Canal + International est une chaîne qui doit payer des droits sportifs et cinématographiques pour présenter son offre.

Une grille adaptée et une nouvelle chaîne

La chaîne québécoise est à l’écoute de son public. Dès avril prochain, la grille va être adaptée avec plus d’humour, de fiction et de variétés. C’est aussi une case horaire « nostalgie » qui fera son apparition, avec un Best of des Nuls par exemple. « On doit trouver un équilibre entre l’expat’ trentenaire et le Français installé depuis 20 ans qui veut retrouver l’ADN Canal + », considère Mme Bede.

Thema Canada travaille déjà sur le lancement d’une nouvelle chaîne, destinée au même public que Canal + International, et qui sera distribuée avant la fin du 1er semestre 2018. Aucun nom n’est encore dévoilé.

Trouver l’équilibre entre Français et Québécois

Si les Français de l’étranger sont la cible de choix de la chaîne, les Québécois désireux de regarder des programmes un peu plus « entertainment » sont aussi visés par Thema Canada. « On va devoir comprendre ces deux publics pour faire plaisir à tout le monde », indique la dirigeante, qui compte aussi s’appuyer sur l’expérience réussie de Planète + qui rassemble un large public.

Pour autant, pas question de « québéquiser » l’antenne, selon Mme Bede ! Elle réfléchit plutôt à délocaliser des tournages à Montréal : Catherine et Liliane au Square Victoria ou encore Laurent Weil animant son émission depuis le festival Cinémania. D’ailleurs, la chaîne veut s’associer aux festivals cinéma de Montréal présentant des avant-premières de films français. « Un produit réussi doit tenir compte d’une empreinte locale », reconnait celle qui ne croit plus à « l’internationalisation parfaite d’un produit ».

Offensive vers l’Amérique du Nord anglophone

Si le Québec était l’endroit idéal pour une offensive de la chaîne de Vivendi en Amérique du Nord, le marché du Canada anglophone et les États-Unis est visé par Thema.

Dès mars prochain, la même chaîne « québécoise » sera distribuée aux États-Unis par un opérateur américain majeur, au sein d’un pack francophone de plusieurs chaînes. L’annonce sera faite début février par Thema.

Au Canada, Thema, qui dispose d’un catalogue de 180 chaînes dans le monde, a lancé une chaîne portugaise chez Bell, est en négociation avec le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) pour distribuer une chaîne jeunesse anglophone chez Rogers et négocie avec ce même opérateur pour inclure des chaînes Hongkongaises dans l’ouest du pays.

La chaîne vise un développement mondial, puisqu’elle est déjà pré-vendue à Hong-Kong et au Moyen-Orient.

La TV linéaire… pour combien de temps?

Même si la télévision linéaire constitue encore 99% du chiffre d’affaires de Thema, l’entreprise réfléchit aux nouvelles formes de consommation de contenus télévisuels. « Netflix a complètement désorganisé le marché surtout auprès des jeunes », reconnait la CEO de Thema Canada.

« Sur le marché québécois, on va devoir élaborer d’autres stratégies, en développant notamment les offres de Vidéo Sur Demande (VSD); à nous de produire ou acquérir des catalogues de produits pour répondre à la demande », estime Mme Bede, qui indique que la stratégie de Canal + consiste à produire son propre contenu pour en maîtriser la distribution.

C’est également le mobile qui est dans la mire du distributeur. Des négociations sont actuellement en cours avec les opérateurs de téléphonies mobiles canadiens, pour offrir de courtes séries d’une dizaine d’épisodes de 10 minutes chacun, à regarder sur mobile, via l’application Apple et Android, Studio + du groupe Vivendi. « C’est une première réponse à un autre mode de consommation », affirme Mme Bede.

Car l’enjeu, pour Canal + comme pour les opérateurs, c’est lutter contre la piraterie, « économiquement très douloureuse ». Selon la CEO de Thema Canada, un « marché gris s’est installé, à cause des prix élevés des opérateurs et de la frustration des consommateurs, qui vont se débrouiller pour obtenir ce qu’on ne leur offre pas. »

La bande annonce: www.facebook.com/videotron/videos/1853191944710331/

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