La difficile survie de l’Association Québec-France

Depuis mai dernier l’Association Québec-France (AQF) tente de survivre avec des économies de bouts de chandelle. Début juillet, l’association annonçait mettre fin à ses activités après le désengagement financier des gouvernements français et québécois. Pourtant début décembre, les bénévoles du réseau de l’association ont décidé de retrousser leurs manches et de maintenir, coûte que coûte, leurs activités.

Par Camille Feireisen

« Depuis les compressions faites par le consulat de France et le gouvernement québécois, nous n’avons plus d’employés et le bureau national assure la transition pour l’année en cours avec des bénévoles », annonce le président de l’AQF, André Poulin. Le consulat de France à Québec et le ministère québécois des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF) ont cessé de subventionner la majorité des projets de l’association pour l’année en cours, obligeant l’AQF a fermé son siège social fin juin. Les employés et le directeur ont été remerciés et le bureau, temporairement installé dans le musée de la civilisation, est gracieusement prêté par le Centre de la francophonie des Amériques.

En juin dernier, l’assemblée générale a adopté une résolution pour que 16 des 18 associations régionales faisant partie du réseau de l’AQF deviennent autonomes et obtiennent un statut juridique légal. Au niveau national, il s’agira désormais de compenser les pertes d’emplois par une bonne organisation pour pallier l’absence de secrétariat et gérer les dossiers en cours. Mais surtout de faire preuve de détermination pour aller toquer aux portes de futurs partenaires. « Tout le monde a de lourdes tâches à accomplir », ne cache pas M. Poulin.

Des programmes pour la jeunesse

Parmi les programmes mis en place par l’AQF, celui des stages inter-municipalités, qui permet chaque année d’envoyer 54 jeunes Québécois travailler en France, en échange de 54 stagiaires de l’Hexagone dans la province. Ce programme fait la fierté de l’association et sera maintenu cette année. « On a communiqué avec les municipalités, demandé de l’aide aux régionales et nous sommes finalement en voie de le réaliser pour l’année 2016 », se réjouit le président, qui attend encore quelques réponses. « On ne sait pas quel montant le ministère va mettre mais il faut comprendre que si nous n’avons pas de partenaire pour nous aider, nous ne pouvons pas demander à un jeune de payer 1 200 dollars pour aller en France », précise-t-il.

Bien que la plupart des projets présentés lors de la commission permanente aient été rejetés par le ministère québécois, certains ont pu tirer leur épingle du jeu. Le prix littéraire Marie-Claire Blais bénéficie cette année encore d’une petite aide du consulat français, à hauteur de 3 000 dollars (2 000 euros). Une étude sur les jumelages pourra également être menée et le concours de Slam-Poésie, en janvier, est maintenu. Les montants demeurent néanmoins symboliques selon M. Poulin, qui rappelle que le prix littéraire coûte près de 6 000 dollars pour couvrir l’ensemble des frais – de la remise du prix au salon du livre de Québec à la tournée promotionnelle de l’auteur français.

Un désengagement progressif

« Ce qu’on fait cette année c’est de la survie », estime M. Poulin. Bien qu’il souligne l’aide du Consulat pour financer le programme inter-municipalité en 2015, le président se rappelle aussi que le désengagement financier de la France a été crescendo. « La France a retiré petit à petit ses subventions et le personnel, note-t-il. Il y avait d’abord des volontaires internationaux pendant deux ans puis, en 2005, les ressources humaines ont baissé et en 2008 il n’y en avait plus du tout et après ça, les budgets ont été touchés… »

Difficile pourtant de comprendre ce retrait total des subventions, selon le président. « C’est comme si on ne reconnaissait plus du tout la seule relation citoyenne franco-québécoise, regrette-t-il. Les administrateurs, les universitaires, les politiciens… tout ce beau monde reçoit encore des subventions de la commission permanente mais ils ne font pas le travail de terrain comme nous le faisons régulièrement, de faire cette promotion de la France au Québec. » Les coupes budgétaires et les projets, trop nombreux, des autres organismes ont peut-être eu raison de l’investissement du Consulat.

Préparer les prochains mois

Pour l’année à venir, il s’agira donc de solliciter des aides privées pour accumuler de « petits montants ici et là ». Quelques espoirs se profilent à l’horizon, même si l’équipe de l’AQF sait que la persuasion sera leur défi cette année. « Nous sommes retournés vers des partenaires, certains comptent regarder, explique M. Poulin. L’office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ) pourrait intégrer le programme inter-municipalité dans ses programmes, même si ce ne sera pas pour cette année. »

Pour M. Poulin, nul doute que la « relation citoyenne » entre la France et le Québec se maintient grâce aux efforts de son association et de sa jumelle dans l’Hexagone, l’Association France-Québec. En attendant l’assemblée générale au mois de juin 2016 pour décider quelle tournure prendra la nouvelle structure, l’AQF espère pouvoir s’offrir un secrétariat pour assurer sa coordination nationale. Le président souhaite quant à lui que l’oreille attentive des derniers mois de la part des principaux partenaires se confirme en petits montants pour l’avenir.

(crédit photo : Association Québec-France)

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