Jusqu’à Montréal, « Nous sommes tous Charlie »

Par Camille Feireisen

Environ 200 personnes ont bravé le froid et la neige et se sont rassemblées devant l’Hôtel de Ville de Montréal, mercredi après-midi, pour exprimer leur solidarité avec la rédaction de Charlie Hebdo. C’est dans une ambiance émue et face à un public encore sous le choc que le maire, Denis Coderre, accompagné du ministre québécois responsable de la région de Montréal, Robert Poeti et du consul général de France à Montréal, Bruno Clerc, a rendu hommage aux douze victimes de l’attaque perpétrée contre l’hebdomadaire satirique.

Une banderole lumineuse, indiquant « Je suis Charlie », a été accrochée sur le balcon de l’Hôtel tandis que pancartes et chandelles étaient distribuées sur place. Lors de son discours, le maire Coderre a fermement condamné l’attentat et insisté sur le message de solidarité des montréalais au peuple français : « Aujourd’hui, nous sommes tous Français et nous sommes tous Charlie. Nous crions haut et fort notre solidarité. » Il a aussi annoncé que les drapeaux seraient en berne pour affirmer que « nous ne cèderons pas face à l’intimidation ».

Le consul Bruno Clerc, visiblement ému, a prononcé quelques mots en faveur des valeurs démocratiques françaises : « Nous sommes tous Charlie, car aujourd’hui, nous avons été touchés au coeur, et le coeur de la France, c’est la liberté. » Quelques personnes dans la foule ont alors scandé « Je suis Charlie ». Le consul a également souligné l’importance de rester unis dans un tel moment : « Nous sommes debout pour la liberté et la démocratie, en fraternité avec tous les peuples de la terre. » Et le maire de conclure : « Vive la France, vive la liberté! »

Sur place, les personnes présentes semblaient bouleversées et touchées par les messages de soutien qui affluaient d’un peu partout de la part de la communauté montréalaise et internationale. Certains ont toutefois légèrement élevé la voix pour réclamer « un sursaut politique » et demander que des mesures soient prises. Comme cette professeure d’Histoire d’origine française et de nationalité canadienne, Chantale, qui pense que c’est toute la démocratie qui est remise en question après cette attaque : « Il faut être vigilants face aux extrémismes et il va maintenant falloir faire de vrais choix. Pour ça, il faudra revoir nos politiques et trouver de vraies solutions, comme la lutte contre la pauvreté. Repenser l’immigration aussi, ce qui ne veut pas dire l’interdire, mais  prendre des mesures fortes. » Une situation qui génère aussi la peur selon la sexagénaire, qui rappelle qu’il faudra à tout prix « éviter les amalgames », amenant souvent à la confusion et la violence.

Pour Patrice, originaire de Bordeaux en France, Charlie ne meurt pas aujourd’hui, bien au contraire, « il va se surmultiplié ». S’il est présent ce soir, c’est « d’abord par indignation » mais aussi, et surtout, par solidarité. « La liberté n’a pas de prix, c’est le pilier de toute société occidentale moderne », explique-t-il. Maintenant, ce qu’il attend des politiques françaises, c’est « de la fermeté et une unité derrière Charlie ».

Le public a fini cette veillée aux chandelles en entonnant la Marseillaise.

« Ce n’est pas le vrai Islam »

Place Émilie-Gamelin, accolée à la station Berri-Uqam, une cinquantaine de personnes s’était réunie autour du co-organisateur de l’événement, Cyrille Giraud, pour se recueillir.

Parmi les citoyens,  une jeune femme de confession musulmane, sans rapport avec l’organisation, a demandé à prendre la parole pour exprimer sa colère et sa tristesse. Elle a également tenu à dissocier sa religion de ces actes, qualifiés d' »inhumains ». « Tout ce que vous voyez, ce n’est pas le vrai Islam, a-t-elle expliqué, manifestement affligée par la nouvelle. En ce moment, ce sont seulement des extrémistes et des Talibans, des gens financés par des États pour faire de la propagande. Quand je regarde ça, j’ai honte d’être humaine avant d’être musulmane, ils me font honte. »

Pour Cyrille Giraud, la société civile a su se rassembler et les réactions ont été spontanées, un peu partout dans Montréal et au Québec. « Nous sommes là pour défendre des valeurs qui nous tiennent profondément à coeur, a-t-il souligné. Je pense qu’il y a un consensus de la part de la classe politique et je m’attends dans les prochains jours à des débats respectueux pour rester solidaires et continuer la lutte contre l’intolérance. »

Quelques étudiants étaient également présents pour cette vigile pacifique, comme cette jeune femme, étudiante en sociologie, qui témoigne : « Je suis Charlie, parce que j’ai côtoyé leurs dessins dans des petits livres pour enfants et qu’ils sont pour moi des représentants de la liberté d’expression. » Le jeune homme qui l’accompagnait pense, de son côté, que Charlie Hebdo permet aussi de préserver un regard critique sur la réalité, d’avoir une position différente et, surtout « de ne pas avoir de barrière dans notre processus de réflexion. »

Après ces quelques messages de paix et d’espoir, les températures ont finalement eu raison des quelques courageux encore présents, qui se sont dispersés. Certains se sont dirigés vers le Consul de France à Montréal pour assister au grand rassemblement prévu.

(crédit photo : Sarah Laou)

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