« Jusqu’à la garde »: Xavier Legrand nous laisse sur notre faim…

Le 27 avril, le film « Jusqu’à la garde » de Xavier Legrand, prendra l’affiche au Québec. C’est le premier long métrage de ce réalisateur qui a obtenu le Lion d’argent du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise ainsi que le Prix du jury et le Prix du Jury étudiant au dernier Festival du film de l’Outaouais. Comédien et réalisateur, Xavier Legrand a tourné son premier court-métrage en 2013, nommé aux Oscar en 2014.

Par Pascal Eloy, chroniqueur

Ce film raconte l’histoire d’un couple qui divorce où Miriam la mère (Léa Drucker) veut protéger son fils Julien (Thomas Gioria) d’un père qu’elle accuse de violences (Denis Ménochet). Pour protéger son fils, elle en demande la garde exclusive ; ce que la juge refuse considérant un manque de clarté dans les explications des époux et de leurs avocats et sentant le père comme un homme malheureux, en butte à lui-même, qui essaye de se faire aimer, tout en vivant dans le déni. Julien va, dès lors, jouer un jeu dangereux entre ses parents, voulant protéger l’une et méprisant l’autre.

Sensibiliser à la violence faite aux femmes

« La peur est à l’origine de Jusqu’à La Garde », explique Xavier Legrand et on le sent puisque l’on est tendu, anxieux, du début à la fin de ce film, attendant de découvrir les raisons de cette tension entre les protagonistes. Sans vouloir paraître minimiser la réalité des violences faites aux femmes, cette explication ne vient jamais et cela laisse le public sur sa faim. C’est un pari risqué car cette absence d’information permet à chacun d’interpréter, comme il le souhaite, les raisons du conflit ou la psychologie des personnages car aucun d’entre eux n’est totalement bon ni totalement mauvais. En effet, Julien ment à ses deux parents ce qui crée, entre eux, des tensions inutiles. Miriam demande à Julien de mentir à sa sœur et à ses grands-parents sans que, jamais, on sache pourquoi…

De même, des pistes sont ébauchées, mais elles ne sont jamais menées à leur terme. Par exemple, on voit l’amoureux de la Joséphine, sœur de Julien lui demander de le prévenir « quand elle l’aura fait… ». Fait quoi ? on suppose que c’est d’un test de grossesse qu’il s’agit puisque le réalisateur suggère longuement cette action. Et puis, rien ! Cela ne débouche sur rien d’autre dans le film… De même, on assiste à un repas chez les grands-parents paternels de Julien, comprenant qu’ils ne sont pas innocents des difficultés relationnelles que le père peut éprouver avec sa femme ou son fils. Là aussi, cela ne débouche sur rien puisqu’on n’en apprend pas plus sur la psychologie ou l’histoire familiale du père. Or, un conjoint violent, un mauvais conjoint, fait-il forcément un mauvais parent ? Sans que la réponse soit évidente, on comprend aisément le parti-pris et la position du réalisateur.

Pari réussi pour la tension « sauvage »

Le réalisateur dit encore: « je désirais sensibiliser le public à ce drame [les violences faites aux femmes] en le traitant avec les armes du cinéma qui me passionne depuis toujours, celui d’Hitchcock, d’Haneke ou de Chabrol, un cinéma qui fait participer le spectateur en jouant avec son intelligence et avec ses nerfs. » Si le pari est réussi pour la tension « sauvage » et l’accumulation de frustrations qui l’accentue encore, je ne suis pas convaincu que l’autre objectif soit atteint; jouer sur l’intelligence des spectateurs sans leur donner les clés d’interprétation peut les conduire à une mauvaise interprétation, voire à une incompréhension du film.

À en croire certains commentaires entendus à la sortie de la représentation à laquelle j’ai assisté (« Maudit film français on n’y comprend jamais rien »), le réalisateur devrait probablement parler de son film s’il veut être compris… en tout cas, au Québec !

(crédit photo: AZ Films)

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