Jean-Michel Othoniel: la violence des éléments s’expose au MBAM

Le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) a inauguré l’exposition « Motion – Émotion », de l’artiste français de Jean-Michel Othoniel, proposée du 20 juin au 11 novembre 2018. C’est la première exposition individuelle au Canada de l’artiste français qui présente une série d’oeuvres récentes sous le signe de la tempête et de la violence des éléments.

Par Pascal Eloy, Critique

Né en 1964 à Saint-Étienne, Jean-Michel Othoniel vit et travaille à Paris où il explore divers matériaux et une conception sur des tailles et des volumes variés. Au début des années 1990 ses œuvres sont en cire ou en soufre puis, l’introduction du verre opère un véritable tournant dans son travail. En 1996, pensionnaire à la Villa Médicis à Rome, il commence à faire dialoguer ses œuvres avec le paysage, suspendant des colliers géants dans les jardins de la Villa. En 2012, une invitation du musée-atelier Eugène Delacroix à Paris lui permet de dialoguer avec ce lieu chargé d’histoire, à travers une série de sculptures inspirées de l’architecture des fleurs. Au printemps 2013, le Mori Art Museum de Tokyo lui commande un monumental cœur de perles de bronze doré installé de façon pérenne dans le Mohri Garden. En 2015 il réaménage, même, avec le paysagiste Louis Benech, le bosquet du Théâtre d’Eau dans les jardins de Versailles. Cela lui permet, désormais, d’orienter son travail dans deux grandes directions: la dimension monumentale et la relation à l’histoire.

Violence des éléments

L’actuelle exposition montréalaise est une initiative de Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du MBAM. Elle explique qu’elle a invité Jean-Michel Othoniel, «en voyant sa dernière production lors d’une récente visite de son atelier à Paris, impressionnée par la force graphique de ses tornades et de ses vagues… comme un hommage respectueux à la puissante Nature et à la violence des éléments avec ces sculptures en équilibre précaire. »

C’est, en effet, en 2011 au Japon qu’Othoniel fait l’expérience du séisme de Fukushima et du tsunami qui l’a suivi. Il décide alors d’utiliser de nouveaux matériaux, tels que l’obsidienne noire, la fonte d’aluminium noire et la peinture à l’encre sur feuille d’or blanc. Il traduit ainsi sa nouvelle sensibilité aux réalités du monde naturel. « Je m’éloigne d’œuvres à l’apparence ludique, colorée et baroque pour me diriger vers des sujets plus sombres, une approche encore plus radicale, minimale, tellurique», explique l’artiste. 

Aluminium chromé et acier inoxydable

Et cela est flagrant dans cette exposition où des filaments de perles, les «tornades» monumentales en aluminium chromé ou en acier inoxydable au poli miroir, sont accrochés comme des spirales mobiles suspendues dans le Carré d’art contemporain. Ces perles de grosseurs et de couleurs différentes évoquent, par leurs mouvements torsadés et leurs tailles imposantes, la violence des éléments. Ces mouvements ont d’ailleurs été mis au point très méticuleusement après un travail de l’artiste et d’ingénieurs en aérodynamique et c’est ce qui explique que ces œuvres sont inaccessibles afin de ne pas en perturber la délicate machinerie.

Si ces miroirs gigantesques en imposent par leur présence, j’avoue avoir été un peu déçu par l’ensemble tant je m’attendais, après avoir écouté la présentation de la directrice du musée, à un ballet et une chorégraphie plus manifeste reflétant vraiment une tornade. Il n’en est rien puisque ces suspensions évoluent à un rythme très lent ne permettant pas de ressentir la violence des éléments dans ce type de catastrophe naturelle. L’intérêt principal de l’exposition réside, selon moi, dans la beauté noire de ces perles, la performance technique des suspensions par un seul point d’ancrage et dans le travail un peu surréaliste des peintures sur feuilles d’or blanc qui ornent les murs de la salle.

Gageons que l’affiche que son exposition partagera, en septembre, avec l’exposition sur Alexander Calder donnera à Jean-Michel Othoniel un autre souffle pour aborder des œuvres monumentales!

L’exposition Motion – Émotion comprend également sept peintures issues des séries « The Knot of Shame » et « Black Tornadoes », empreintes des mêmes préoccupations formelles que les sculptures, soit l’épure, le gestuel, les motifs, la luminosité et la matérialité. Elles témoignent du cheminement de l’artiste dans la création du Nœud Pivoine et d’œuvres de la série des « Black Tornadoes ». Sous une apparente simplicité rhétorique, ces peintures représentent « la pureté de la fleur noircie par l’encre, le monde noirci par l’homme », souligne l’artiste.

Jean-Michel Othoniel (né en 1964), Le Noeud Pivoine, 2015, installé au niveau 3 du Pavillon pour la Paix, d’art international et d’éducation Michal et Renata Hornstein. © Jean-Michel Othoniel / SODRAC (2018). Photo MBAM, Denis Farley

Exposition du 20 juin au 11 novembre 2018.

Site de l’exposition: https://www.mbam.qc.ca/expositions/a-laffiche/othoniel/

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