Français et Québecois au travail, une même langue, mais une culture si différente

Une chronique de Jade St-Laurent
www.cheznoscousins.com
(
collaboration spéciale depuis Paris)

Les cousins québécois par-ci, les cousins français par-là… Bien que nous soyons soit-disant cousins, les différences culturelles entre la France et le Québec existent bel et bien, et sont particulièrement flagrantes dans le milieu du travail. Tous ceux qui ont travaillé des deux côtés de l’Atlantique pourront vous faire part de leur expérience et de leur surprise, lorsqu’ils ont constaté que ce sont deux mondes à part. J’aimerais partager avec vous mes impressions, expériences personnelles et celles de mon réseau, à la fois dans le système canadien et français

Au Québec, il y a une vie après le travail, en France, il faut attendre les vacances

On entend souvent parler des cinq semaines de vacances en France, des semaines à 35 heures, des pauses du midi d’une à deux heures, des RTT, des innombrables congés fériés, etc. Dit comme cela, les conditions semblent plus intéressantes en France qu’au Canada, où l’on n’a habituellement que deux ou trois semaines de vacances par an.

Au Canada et au Québec, nous sommes habitués à faire du  « 9 à 5 ».  Les employés arrivent habituellement entre 8 h et 9 h 30, terminent leur journée entre 16 h 30 et 18 h, et prennent une pause lunch de 30 minutes ou une heure. Un employé va donc habituellement travailler 37,5 heures par semaine, bien qu’il soit possible d’avoir un contrat de travail à 35 ou 40 heures. Il peut arriver à l’occasion de faire des heures supplémentaires, et même de façon régulière selon certains domaines d’activité (agences publicitaires, avocats, etc.). Mais habituellement, les employés font leurs 37,5 heures par semaine et c’est tout. Les Québécois ont donc une deuxième vie qui commence après la sortie du travail, qui se conjugue en activités sportives ou culturelles, en sorties, en soupers au restaurant, en rencontres avec des amis, en jeux ou devoirs avec les enfants ou bien plus encore.

Ce qui compte, c’est l’heure à laquelle on quitte

En France et surtout à Paris, c’est très différent! D’abord, un grand pourcentage de travailleurs doit effectuer près d’une heure de transport pour se rendre au bureau. Il n’est pas rare d’arriver entre 9 h et 9 h 30 le matin, voire même à 10 h. Les employés vont souvent prendre 1 h à 1 h 30 (ou même 2 h) de pause le midi, les fumeurs prendre plusieurs « pause-clope », et quitter le bureau entre 19 h et 20 h, voire même plus tard dans certains cas. Partir avant 18 h, peut déchaîner les foudres de vos collègues. Une façon de voir la philosophie française sur les horaires de travail : ce n’est pas l’heure à laquelle vous arrivez le matin ou la durée de la pause déjeuner qui comptent, c’est l’heure à laquelle vous partez le soir! Plus on part tard, plus nos patrons et collègues vont penser qu’on se dédie à fond dans notre emploi !

Une fois rentré à la maison après une autre heure de transport, il ne vous reste que le temps de cuisiner. Vous comprenez maintenant pourquoi on dit que les Européens dinent (soupent) tard? Le temps file à toute vitesse! Après le repas, il est déjà 22 h – 22 h 30, et donc presque l’heure de se coucher. Vous avez des enfants? Ils sont sûrement déjà au lit avant même que vous soyez arrivé à la maison.  Pour profiter de la vie, de vos amis et de votre famille, vous devrez souvent attendre vos vacances, mais qui heureusement arrivent plus souvent qu’au Canada!

La routine métro-boulot-dodo existe elle aussi au Canada, mais de manière générale, elle est moins prononcée qu’en France.

La relation de travail employeur-employé

En plus de travailler de longues heures, il faut s’adapter à la culture organisationnelle française et aux relations entre l’employé et l’employeur. J’ai effectué une petite enquête informelle auprès de mon entourage afin de connaître les perceptions des gens (et les miennes) face à la relation qu’ils entretiennent avec leur patron.

Habituellement au Canada, les employés ont une bonne relation avec leur employeur. Ils réussissent à développer une relation de confiance qui permet aux employés de donner leur opinion et avis sur des sujets. Un patron est davantage prêt à remettre en question ses propos si l’employé le convainc du bien-fondé de sa suggestion. En responsabilisant l’employé, le patron lui permet de s’épanouir davantage au sein de l’organisation, ce qui réduit les barrières hiérarchiques qui peuvent exister entre eux. La culture organisationnelle canadienne facilite la coopération et permet de communiquer de manière fluide entre les niveaux hiérarchiques. C’est exactement ce qu’explique Sophie, une Française venue avec un Permis Vacances-Travail (PVT) à Montréal, « Au Québec, j’ai moins senti le poids de la hiérarchie qu’en France. Lorsque j’adressais une demande à mon supérieur, j’ai toujours obtenu une réponse rapidement. Il n’y avait pas de long protocole comme en France. De plus, mon chef au Québec acceptait très facilement de remettre ses choix en question. »

Relations protocolaires et formelles en France

Les relations employeur-employé en France sont cordiales et respectueuses. Il peut arriver de travailler dans des entreprises où on tutoie notre patron, mais il est beaucoup plus fréquent, comparativement au Canada, de le vouvoyer. Selon mon expérience, en arrivant le matin au bureau, il faut aller saluer et serrer la main du patron. Également, vous remarquerez que plusieurs collègues se font la bise le matin. Faire une tournée complète du bureau n’est pas essentiel, mais il faut souvent aller voir au moins quelques collègues. « Je pense que la relation employé-employeur est relativement semblable dans les deux pays, affirme un des répondants canadiens de l’enquête.  La différence se trouve dans nos cultures et nos façons de communiquer. Les relations seront un peu plus « protocolaires » et « formelles » en France par exemple. »

L’employeur fait confiance à ses employés, mais va plus rarement prendre leur opinion en considération, dans la prise de décision. Il ne se remettra pas en question, car sa parole est « divine ».

En France, l’employeur ne se gêne pas pour menacer l’employé de le renvoyer si son rendement n’est pas satisfaisant. Il a toujours (ou presque) une remarque à faire sur son travail, et rien ne peut jamais être parfait. Selon l’employeur, l’employé doit se sentir chanceux de pouvoir occuper le poste qu’il détient, car il y a beaucoup de gens sans emploi en cette période de crise. Donc si l’employé ne répond pas aux attentes, il peut être mis à la porte. Renvoyer un employé est toutefois très compliqué. Par contre, il peut être renvoyé très facilement lors de sa période d’essai, mais c’est aussi facile pour l’employé qui souhaite partir.

Travailler dans un pays où la culture organisationnelle est très différente, est sans aucun doute une expérience enrichissante et nous fait réfléchir sur nos façons de faire. Les Français disent que les Québécois sont hypocrites puisqu’ils ne disent pas leur pensée à haute voix quand il y a un problème au bureau, et les Québécois disent que les Français sont irrespectueux, car ils se crient entre collègues ! Finalement, aucun système n’est parfait…

2 Réponses

  1. ccom
    ccom at |

    il y a beaucoup plus de subtilités, de ressemblances et de différences que dans cet article un peu simpliste…

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  2. Fournier Jean Clotaire
    Fournier Jean Clotaire at |

    Membre de Bordeaux-Gironde-Québec(France-Québec) J’ai bien aimé votre article Français et Québécois au travail. Ma fille travaille à Ottawa et au Québec et je suis souvent aller au Québec et j’avais remarqué ces différences.

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