« Innocence » québécoise à la Comédie-Française

Par Jade St-Laurent, chroniqueuse et blogueuse

La Comédie-Française de Paris accueille pour une deuxième fois Denis Marleau, metteur en scène d’Innocence de Dea Loher, du 28 mars au 1er juillet 2015 à la salle Richelieu.  Denis Marleau est le seul metteur en scène québécois invité à ce jour à créer une pièce à la salle Richelieu.

Les personnages d’Innocence, contrairement au titre de la pièce, sont complètement désillusionnés de la vie, leurs aspirations et rêves sont enfouis dans un passé particulièrement douloureux.  Le fil rouge de l’histoire tourne autour de Fadoul et Elisio, deux travailleurs clandestins dans le port d’une grande ville d’Europe. Un jour, alors qu’ils voient une femme se noyer dans la mer, ils ne font rien pour la sauver. La mauvaise conscience les ronge.  C’est alors que s’enchaine une panoplie d’histoires sur des individus, des couples et des familles. Racontées parfois à la troisième personne, parfois à la première, ces histoires qui semblent du premier abord disparates sont en fait souvent reliées au suicide de cette mystérieuse jeune fille.

Le metteur en scène, Denis Marleau explique que « cette scène originelle va trouver par la suite de multiples échos chez tous les personnages de la pièce jusqu’à provoquer le surgissement de fantômes qui viendront les hanter. Ainsi, la difficulté d’agir sur le réel et sur le monde va se répercuter chez les autres personnages. Et cette difficulté va s’exprimer en plusieurs tonalités : celle de la culpabilité, du remords, de l’abandon ou du repli sur soi ; ou encore, en termes de désillusion et de désengagement vis-à-vis du politique et de l’action sociale. »

La pièce continue lorsque Fadoul découvre un sac rempli d’argent, c’est pour lui un signe de Dieu, et, pour se racheter, il entreprend d’aider Absolue, une jeune aveugle qui danse nue dans les bars. Elisio quant à lui rencontre Frau Habersatt, une femme seule prête à tout pour qu’on lui accorde un peu d’attention. C’est avec elle qu’il va voir l’employé de la morgue, en quête de l’identité de la noyée. Il découvre alors que la femme de ce dernier, Rosa, est le sosie de la morte. La mère de Rosa, ancienne communiste souffrant de diabète, exaspère sa famille en s’inventant une vie militante fantasque. Entre ces histoires parallèles, qui finissent par s’entremêler, surgissent des personnages qui font des paris sur le sens de la vie et les risques de la mort. Pendant ce temps, Ella, philosophe vieillissante, soliloque sur la non-fiabilité du monde, sur ce qui détermine véritablement le destin des hommes.

Le numérique fait lui aussi partie intégrante de la pièce. Les projections permettent de visualiser les émotions et les sentiments des personnages. Elles participent activement à la création d’une ambiance qui permet au spectateur de se plonger dans les vies compliquées des personnages.

Le styliste et grand couturier Jean Paul Gaultier signe l’ensemble des costumes de la production. Il souhaitait faire surgir les différences et les singularités de chacun des personnages en éliminant le style unifié.

[PHOTO] © Christophe Raynaud de Lage / coll. Comédie-Française

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