Le groupe québécois Paupière fait les yeux doux à la France

Récemment signé par le label français Entreprise (dont on célèbre les cinq ans cette année), le trio québécois Paupière s’apprête à entamer une tournée française et européenne (du 7 au 15 mars) à l’occasion de la sortie de son premier album, À jamais privés de réponse. Entrevue avec deux des trois membres du groupe, Julia Daigle et Éliane Préfontaine.

Entrevue recueillie par Camille Balzinger

L’Outarde Libérée: Pourquoi chanter en français?

Julia : « C’est notre langue première, et peut être qu’au Québec il y a un enjeu plus important étant donné qu’on est encerclés du Canada anglophone et des « States ». C’est comme si c’était un peu plus précieux pour nous. On a cet historique de conserver, d’encourager cet angle-là. Alors qu’en France, j’ai l’impression qu’il y a beaucoup de groupes qui vont se donner des noms anglais puis chanter en anglais, parce que c’est un challenge. Pour nous, c’est comme un enjeu, c’est précieux. On est surtout plus à l’aise d’écrire en français. »

Éliane : « Oui, on trouve que ça fonctionne bien avec le style de musique qu’on fait. C’est venu naturellement, donc on ne s’est jamais vraiment posé la question. »

L’OL: Justement, comment définissez-vous votre style ?

Julia : « C’est sûr que c’est de la chanson. C’est sûr aussi que le choix des instruments, les synthétiseurs, les machines, tout ça donne une couleur qui est électronique. Mais pour le prochain album, on cherche à intégrer peut-être plus d’éléments organiques dans notre musique qui va probablement changer ce qualificatif de sync pop années 80. »

L’OL: Vous avez déjà joué en France et au Québec. Quelles différences y-a-il, en tant qu’artistes, entre les deux ?

Éliane : « Lorsqu’on a été signés par le label Entreprises, en France, on trouvait que leurs artistes nous ressemblaient étrangement plus que les artistes québécois. C’est une scène plus ciblée. Peut-être est-ce simplement dû au fait que la France a plus de population que le Québec ! Sinon, la différence est qu’en France, les gens peuvent être payés pour ce qu’ils font, pour les concerts. Au Québec c’est un petit peu plus trash : on va jouer dans les bars, on n’a pas de convention collective en tant qu’artiste… C’est peut-être un peu plus décousu. »

Julia : « C’est ça. Pour notre tournée au Québec, on a joué par exemple à Joliette. C’est très différent de jouer en France, où on va jouer à Paris, puis Marseille et Lyon. Disons que notre territoire est un peu plus limité. »

L’OL: Et au niveau des publics?

Julia : « Ce n’est pas la même attitude. J’ai l’impression qu’au Québec, les gens te transmettent plus pendant le spectacle. Ils sont plus enthousiastes pendant que tu joues. En France les gens sont un peu plus reculés, vont être plus dans l’analyse, puis ensuite viendront te dire ce qu’ils en pensent. Mais quand ils te font part de leurs commentaires, c’est souvent bien réfléchi. Puis ce n’est pas nécessairement qu’ils n’ont pas apprécié, c’est juste qu’ils sont plus réservés, plus intellectuels. Alors qu’au Québec c’est plus la fête. »

Éliane : « C’est ça, le public au Québec est plus instinctif, plus réactif qu’en France. »

L’OL: Michel Nassif disait lors d’une entrevue avec vous que le public français était plus « cérébral » que le public québécois, est-ce un peu votre sentiment?

Julia : « Je pense qu’il voulait dire que les Français en général étaient plus cérébraux. Il soulignait l’attitude plus relax des Québécois, à l’américaine. Je pense que c’est vrai, on est peut-être plus relax. »

Éliane : « Oui, on est peut-être plus trash, rock’n’roll. C’est vraiment une attitude à l’américaine. »

Julia : « Les Québécois ressemblent beaucoup aux anglais, plus qu’aux Français dans un sens. On s’est fait dire souvent par exemple à Paris que la manière qu’on a de s’habiller est plus excentrique, très peu française. Prenons tout bêtement la manière dont on mange; nous ça va être les petits œufs/bacon, on a été influencés énormément par la culture anglaise. On est vraiment un drôle d’hybride. »

L’OL: Quant à votre manière d’utiliser le français, pensez-vous qu’il y ait, là aussi, une différence avec des groupes français ?

Éliane : « Si on fait référence à la manière d’écrire des textes, encore une fois j’ai l’impression que c’est peut-être plus instinctif de notre côté. On a moins tendance à écrire un texte avec début / milieu / fin. Cela dit on se rend moins compte de ça, notre écriture n’est pas pour nous exotique lorsqu’elle l’est pour les français.»

Julia : « Je trouve qu’il est difficile de répondre à cette question, car j’imagine qu’on est vraiment proche de ce qu’on fait. C’est difficile d’avoir un regard, une bonne analyse de tout ça, car nous on produit. »

L’OL: Finalement, avez-vous hâte de venir jouer en France?

Julia : « Oui ! On a déjà joué à Nantes, Bruxelles, Rennes et Paris, mais cette tournée est la première où on va explorer un petit peu plus la France. On est bien excités. »

(crédit photo: Disques Entreprise)

Pour visiter leur page (et connaître leurs dates européennes) :  https://www.lesdisquesentreprise.fr/paupiere/

Pour écouter : https://www.youtube.com/channel/UC_lHagWF9qV5fryFjS9sBQQ

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