GiedRé, poétesse hors normes des sujets tabous

Les 17 et 18 juin dernier, un OVNI est passé dans le ciel montréalais. Ou, plutôt, un OCNI – Objet Chantant Non Identifié – comme elle l’écrit dans la biographie de son site officiel. Après un premier passage remarqué en 2012, GiedRé était de retour aux FrancoFolies cette année pour y donner deux concerts. Une fois encore, son passage n’a laissé personne indifférent. Ames sensibles, s’abstenir!

Par Aurelien de Négri

Ne vous fiez surtout pas à son apparence. Derrière son style BCBG, sa voix candide et son visage angélique se cache une artiste «brut de décoffrage». La vie c’est de la merde, Toutes des putes ou encore On fait tous caca : sur des mélodies très simples, GiedRé aborde dans ses chansons les aspects parfois glauques ou peu reluisants de notre quotidien avec un humour «trash» et résolument provocateur. Sans se fixer de limites, « si ce n’est celle de la méchanceté », précise-t-elle.

C’est avec cet univers à la fois coloré et sombre que la jeune femme de 30 ans a su séduire un public de plus en plus large en France mais aussi en Belgique, en Suisse et, depuis quelques années… au Québec. À sa grande surprise. « Ça fait chaud au cœur quand je croise des gens dans la rue – et pas que des Français, des Québécois aussi – qui me disent qu’ils vont venir me voir à mon concert, qu’ils connaissent mes chansons… C’est toujours un peu bizarre de se dire que j’habite de l’autre côté de l’océan et que, finalement, ma musique voyage plus que moi (rires) », confie-t-elle.

Il est vrai que la chanteuse d’origine lituanienne se produit rarement de ce côté-ci de l’Atlantique. Ses concerts des 17 et 18 juin étaient d’ailleurs les seuls de sa tournée – ou « tournante » comme elle préfère le dire – en Amérique de Nord. Trois ans après son dernier passage, où elle avait assuré la première partie de Mononc’ Serge, GiedRé retrouvait donc le public québécois et les FrancoFolies Montréal. Une étape du festival très spéciale pour elle : « contrairement à la France où ça se passe souvent dans les champs avec des toilettes sèches, ici le site est au cœur de la ville, il la transforme totalement et fait partie de la vie locale pendant un certain temps. Ça rend la culture vraiment accessible à tout le monde. Je trouve ça génial! »

Un public conquis

Et pour ses retrouvailles, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’a pas déçu. Programmée pour la première fois sur une scène extérieure, la jolie blonde a fait plonger les nombreux spectateurs présents Place des Arts dans son univers. Pisser debout, On fait tous caca, Meurs : pendant près d’une heure, ses comptines à la saveur aigre-douce s’enchaînent. Et, avec elles, les rires de la foule, qui se plie volontiers au jeu quand GiedRé lui demande de faire des anus avec les mains, en guise de cœurs. Le lendemain, pour sa seconde prestation, la magie a de nouveau opéré : malgré une pluie intense, tous sont restés pour assister à sa performance jusqu’à la fin et découvrir certains morceaux de son dernier album, Lalala.

Un nouvel opus qui se veut différent des précédents, et pas seulement à cause de son nom. « Avant, j’enregistrais juste des chansons, je les mettais ensemble, je secouais et ça faisait un disque. J’avais envie d’un truc simple, brut, sans habillage », explique-t-elle. « Là, j’ai plus l’impression d’avoir fait un album. J’ai essayé de trouver une cohérence esthétique, j’ai tenté des nouveautés avec d’autres instruments ». La recette, elle, n’a pas changé : avec des titres comme Grand-mère ou Les légumes (à écouter de toute urgence!), l’artiste continue de traiter de sujets tabous avec le cynisme et le second degré qu’on lui connaît. Sans jamais donner l’impression de tourner en rond.

Désormais, GiedRé va remettre le cap sur l’Europe pour poursuivre sa « tournante ». Impossible de savoir quand la jeune femme se produira à nouveau dans la Province. Côté projets, elle n’a – pour le moment – aucune collaboration en vue avec des artistes québécois. « Mais je ne demande que ça hein! » s’exclame cette fan assumée des Cowboys fringants. « J’aime pas trop prévoir parce que si tu sais trop où tu vas, t’as envie d’aller ailleurs. Il faut savoir se laisser surprendre. »

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