« French bashing » à l’Université de Montréal

Par Maëlle Besnard

De passage à l’université montréalaise le 24 novembre dernier, pour la conférence « Le Canada et la France : les défis à relever » le professeur de civilisation nord-américaine à l’Université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, Jean-Michel Lacroix n’a pas été tendre envers l’Hexagone. Face à un certain nombre d’enjeux communs tels que la mondialisation, l’immigration ou l’éducation, il explique que le Canada et le Québec ont, souvent, une bien meilleure approche.

Il confirme les nombreux clichés qui circulent sur le pays des droits de l’homme : c’est une terre d’intellectuels où on « problématise toujours» et où la mondialisation est une « menace ». Le mot réforme y est « tabou » et les professeurs sont « castrateurs ». Mais l’herbe est-elle vraiment toujours plus verte au Québec?

La mondialisation est une menace pour la France, un défi pour le Canada

« Le Canada est le pays de lentrepreneuriat » estime Jean-Michel Lacroix. Pourtant, en juillet 2013, une étude du cabinet de conseil RSM International démontre le contraire. Selon ce rapport, l’Hexagone est le pays du G20 où le plus d’entreprises ont été créées, entre 2007 et 2011. Un constat qui ne devrait pas étonner Xavier Niel, homme d’affaires et PDG de Free. « La France est un pays où les choses vont plutôt bien, c’est un pays fantastique pour créer sa boîte. » déclarait-il en octobre au Parisien.

Le droit du travail français, et la fiscalité qui l’accompagne, sont connus pour être très lourd. Difficile de nier la souplesse québécoise et canadienne en la matière. Au Québec, les charges sociales qui pèsent sur les employeurs sont plus faibles qu’en France, mais elles restent les plus élevées du Canada. Elles représentent en moyenne 21% de plus qu’en Ontario, selon l’institut économique de Montréal. Plus surprenant encore, le fardeau fiscal total est plus lourd au Québec qu’en France, explique Gautier Péchadre dans une tribune pour l’Outarde Libérée.

En tout cas, les gouvernements français, québécois et canadiens sont sur la même longueur d’onde quand il s’agit de faciliter la circulation des marchandises entre leurs pays. L’Accord Économique et Commercial Global (AECG), qui abolira les droits de douanes sur de nombreux produits entre l’Union Européenne et le Canada, a été signé le 26 septembre à Ottawa. Il doit maintenant être ratifié par chaque partie. Phillipe Couillard, premier ministre du Québec et le président français Francois Hollande ont confirmé leurs volontés de le mettre en oeuvre, lors du passage de ce dernier à Montréal.

Corruption politique, qui gagne?

Au Québec, l’ancien premier ministre Jean Charest est actuellement dans le viseur de l’Unité Permanente Anti Corruption (UPAC). Il est soupçonné d’avoir participé à un financement politique illégal de 50.000 euros. « On joue dans la cour des petits si lon compare avec les affaires Cahuzac et Thévenoud en France », ironise le professeur Lacroix. Pourtant le Québec n’est pas en reste. Débutée en 2011, la commission Charbonneau a mis à jour un système mafieux d’attribution des marchés publics, et a fait tomber le maire de Laval et deux maires à Montréal. Les autres provinces canadiennes ne manquent pas non plus de personnalités politiques « controversées ». L’ancien maire de Toronto, Rob Ford, est un modèle du genre. Consommation de drogues, alcoolisme, prostitution… la liste de ses frasques est impressionnante.

L’éducation compile tous les défauts

Le ministre de l’éducation nationale québécois, Yves Bolduc, avait dénoncé en octobre l’élitisme du système scolaire français. Un avis partagé par Jean-Michel Lacroix qui pointe du doigt également le manque de proximité des professeurs français avec leurs étudiants. À l’inverse, les éloges sur le système scolaire québécois sont nombreux. La France s’en inspire d’ailleurs en ce qui concerne le décrochage scolaire. Les chiffres démontrent que la patrie des droits de l’homme n’a pourtant pas à rougir de sa performance dans ce domaine. Le taux de décrochage s’élevait à 16,2% dans la belle province en 2012, tandis qu’il tourne autour de 11% en France.

Autre sujet sensible : le million de fonctionnaires de l’éducation nationale française, ce « mammouth » que les réformes successives ne parviennent pas à « dégraisser ». Au Québec, les commissions scolaires, sont aussi dans la ligne de mire du gouvernement Couillard. Ce système de gestion de l’éducation, qui se veut local et démocratique, n’a mobilisé que 4,86% des électeurs le 2 novembre 2014. Le ministre Bolduc a profité de ce fiasco démocratique pour annoncer une réforme sans précédent. Réduction des effectifs, redécoupage du territoire et diminution du budget sont des termes à la mode tant à l’Élysée qu’au parlement québécois.

Qui aime le plus ses immigrés?

« On rentre en France, mais après on nassure pas le service après-vente », estime Jean-Michel Lacroix. Il faut dire qu’au pays de l’érable l’immigration choisie est assumée, tandis qu’en France l’idée a plus de mal à s’imposer. Comme le souligne un auditeur, les immigrés en France sont couverts par la sécurité sociale, tandis qu’au Canada être malade peut être un motif d’expulsion.

Avec l’adoption des règlements C-31 et C-24 le gouvernement Harper a clairement durci les conditions d’entrée des étrangers sur le territoire canadien. Fait troublant, il est criminel depuis le mois d’avril d’aider un réfugié en situation illégale à se rendre sur le territoire. « Cette décision confirme la tendance croissante qua le Canada de fermer ses portes aux réfugiés.[…] La décision envoie le message effrayant aux Canadiens que la Cour voit laide aux réfugiés, non pas comme un noble devoir moral et une obligation légale, mais comme un crime contre la souveraineté de nos frontières » écrit dans un communiqué le Conseil Canadien pour les réfugiés.

 

(photo source : Université de Montréal)

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