Frédéric Lefebvre : « On ne peut opposer laïcité et intégration »

ENTREVUE EXCLUSIVE

Alors que la Charte des valeurs québécoises fait encore couler beaucoup d’encre, la Charte de la laïcité était affichée en rappel dans toutes les écoles de France le mois dernier. Cité en exemple par les uns, décriée pour l’échec de son modèle d’intégration par les autres, le pays des droits de l’homme fut au centre des débats québécois. Frédéric Lefebvre, député UMP des Français de l’étranger pour l’Amérique du nord, défend le modèle français même s’il reconnait que « la France n’est pas en mesure de donner des leçons ».

Les Français du Québec et de l’Hexagone se sont peu exprimés dans le débat qui agite la sphère politique et sociale québécoise ces dernières semaines. Pourtant, depuis 1905, date de la séparation de l’église et de l’État, la laïcité est devenue un ancrage important de la République française. Chaque citoyen peut exercer librement son culte dans la sphère privée. « Cela ne s’est pas fait sans débats, parfois vifs, encore récemment », explique Frédéric Lefebvre. « La France a consolidé sa position de neutralité du culte dans la sphère publique par différentes lois », ajoute-t-il.
Le député de la République française laïque se pose en défenseur de la neutralité qui prévaut dans la sphère publique française depuis plus d’un siècle : « Cet enracinement profond de la laïcité dans la société française, nous permet aujourd’hui d’avoir une République qui défend les religions, mais qui pour autant, n’autorise pas le prosélytisme dans des lieux ou la neutralité doit être la règle ».

Toutefois, le député français reste prudent sur le débat québécois et reconnait que l’approche française est différente de l’approche nord-américaine. « Chaque société doit appréhender le fait religieux en fonction de son histoire et de sa culture », note-t-il. Face à l’exigence de neutralité de la Charte des valeurs québécoises dans les sphères de l’État, Frédéric Lefebvre reconnait que la problématique est difficile; il rappelle que la société française « considère comme essentielle, la neutralité religieuse à l’école ou dans l’administration ». Mais il s’empresse d’ajouter qu’il est « difficile de comparer deux sociétés aux cultures et aux approches différentes ».

En revanche, il est plus circonspect sur le modèle d’intégration à la française, que Maria Mourani avait qualifié de « désastreux », le 13 septembre dernier. « C’est vrai que le modèle d’intégration à la française est en panne, du fait d’une immigration mal maîtrisée », assène ce proche de Nicolas Sarkozy. Mais le député français tempère aussitôt : « Dans un tel débat, on ne peut être manichéen et opposer laïcité et intégration ».

Face aux difficultés françaises en matière d’intégration, Frédéric Lefebvre prône l’humilité et conclut : « Nous ne sommes pas en mesure de donner de leçons ».

(crédit photo : Rozenn Nicolle)

Une réponse

  1. Claude Martin
    Claude Martin at |

    Bonjour,
    Il est tout à fait évident que le modèle d’intégration québécois n’a pas grand chose de commun avec le modèle français.Journaliste de nationalité française, j’effectue par choix personnel deux séjours annuels au Québec qui est le coin de la planète où je planterais volontiers mes racines…. J’admire la façon dont les néo-québécois semblent s’intégrer à la société et à ses valeurs. Je suis également étonnée de voir la place qu’on leur accorde naturellement. Ce n’est pas le cas chez moi en France.Combien de Français issus de l’immigration, surtout d’Afrique du nord qui en dépit de leurs diplômes ne trouvent pas leur place dans la société ?Combien de mères de famille qui ne parlent même pas le français?, Combien aussi de représentants de la force publique qui se font insulter sans oser répliquer de peur de se faire traiter de racistes. Et de plus en plus de zones de non-droit que les services désertent. Il restera toujours chez nous le fait que la décolonisation s’est mal passée et que la France en ressent toujours une forte culpabilité. Ce qui ne m’empêche pas de m’étonner du nombre grandissant de signes extérieurs de religion ( voile, foulard, niqab) dans la rue et surtout à l’université lieu de savoirs et non de croyances.Je ne sais de ce qu’il adviendra du projet de charte des valeurs québécoises du gouvernement Marois mais j’admire comment chez vous le débat est mené. Vous avez un bon sens qui nous fait souvent défaut ! Il sera certainement utile pour trouver une réponse juste et équitable.

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