Le botaniste français Francis Hallé à Montréal pour le Jour de la Terre

Le botaniste français Francis Hallé était à Montréal le 22 avril pour donner une conférence à l’occasion du Jour de la Terre. Au sommet du Mont-Royal, il a discuté avec l’architecte québécois Pierre Thibault de son amour des arbres, de la préservation de la biodiversité et des menaces qui pèsent sur les forêts.

Par Timothée Beurdeley

Intitulé « Dans ta canopée », l’événement était organisé par le comité québécois du Jour de la Terre et s’inscrivait dans la programmation officielle du 375ème anniversaire de Montréal. Rappelons qu’à l’occasion de cet anniversaire, Jour de la Terre Québec coordonne tout au long de l’année 2017 un programme de plantation de 375 mille arbres sur le territoire du Grand Montréal. Un projet qui n’a pas manqué de faire réagir le botaniste Francis Hallé. « 375 mille arbres c’est un bon début mais c’est ridicule en comparaison des destructions monstrueuses qu’on observe dans les forêts tropicales », a-t-il tenu à temporiser.

A 79 ans, ce botaniste qui a étudié les forêts tropicales du monde entier pendant plus de 50 ans dresse en effet un constat alarmant pour l’avenir de notre planète. « Au cours de ma carrière, j’ai visité des forêts qui n’existent plus aujourd’hui », a-t-il déploré au début de la conférence, se disant très pessimiste pour l’espèce humaine.

Réaliste mais pas catastrophiste, Francis Hallé s’est avant tout attaché à communiquer son amour des arbres et son attachement à la biodiversité. Il était interrogé par l’architecte québécois Pierre Thibault, qui a notamment travaillé sur la façon dont l’architecture humaine pouvait s’immiscer dans la nature, avec un souci constant de mise en valeur mutuelle.

L’intelligence des arbres

« S’ils n’étaient pas intelligents, les arbres auraient disparu depuis longtemps », a défendu M. Hallé, rappelant que diverses études scientifiques ont démontré que les arbres étaient des êtres sensibles, capables de communication et même d’entraide. « Maintenant que nous savons cela, je crois qu’il faut avoir l’humilité de leur redonner la place qu’ils méritent, a-t-il poursuivi. Une ville comme Montréal a tout à y gagner. »
Avec philosophie, Francis Hallé a souligné le « temps long des arbres », qui peuvent vivre plusieurs milliers d’années. « Toute l’évolution humaine tient dans la vie d’un arbre, a-t-il rappelé. Les arbres nous obligent à ralentir le rythme pour les comprendre, ils sont des antidotes aux nuisances des grandes citées modernes. »

Fort de sa longue expérience au cœur des forêts, le botaniste a livré un plaidoyer pour reconnaitre le rôle déterminant des arbres dans nos écosystèmes et dans nos vies quotidiennes. Il a ainsi évoqué l’effet euphorisant des forêts de pins sur le cerveau humain ou encore la capacité des arbres à prévenir les tremblements de terre.
M. Hallé a salué l’évolution de notre perception des arbres au cours des dernières décennies. « Du temps de mes parents ou de mes grands-parents, les arbres étaient considérés comme de simples objets en bois, a expliqué le botaniste. Désormais, ils sont considérés comme des êtres doués de sens et de sensibilité. »
Aujourd’hui, il plaide pour la reconnaissance d’un droit de l’homme à avoir un contact au moins visuel avec les arbres. Il a notamment déploré l’absence d’arbres dans les écoles : « Tous nos enfants ont droit aux arbres et leurs bénéfices dépassent largement les risques qu’ils font encourir ».

Vin nature et musique

Avant la conférence, Jour de la Terre Québec a organisé une levée de verre collectif pour fêter le programme français 22 du vin nature, qui met à l’honneur les différents acteurs du vin naturel. En France, une trentaine de vignobles et cavistes invitaient également le public à trinquer à l’occasion du Jour de la Terre.
Issus de l’agriculture biologique ou de la biodynamie, ces vins sans artifice sont confectionnés dans le plus grand respect de l’environnement. A Montréal, les participants ont ainsi pu déguster un gewurztraminer d’Alsace et un merlot d’Italie. Une fois passée la surprise d’une légère amertume, on se laisse volontiers convaincre par ces vins vivants dont le goût peut varier d’une bouteille à l’autre.

La soirée s’est achevée en musique avec les concerts des groupes Tire le Coyote et Gypsy Kumbia Orchestra.

(crédit photo: Jour de la Terre Québec – Gracieuseté – Francis Hallé est à droite, Pierre Thibault à gauche)

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