Le Français HK fait danser le Québec le poing levé

Le 31 octobre dernier, Kaddour Hadadi, dit HK, était en concert au Club Balattou dans le cadre des Productions Nuits d’Afrique. Pour  son public montréalais il a chanté des chansons issues de son nouvel album l’Empire de papier ainsi que quelques unes de ses compositions les plus connues.

Par Jacques Simon

C’est une bien petite salle, le Club Balattou, pour accueillir tous les montréalais qui veulent voir HK. Ils entrent, un à un ou en groupe, s’installent autour de la petite scène entourée de chaises, et bien vite se marchent sur les pieds. Au comptoir, une queue de plus en plus longue se forme et dépasse rapidement les capacités de l’unique barman.

Dans le public, des Français bien sûr, venus voir celui qui a écrit l’air de la campagne du candidat Mélenchon en 2012, mais aussi des québécois, « syndicalistes » autoproclamés, qui arborent pulls et t-shirts avec des slogans issus des textes de HK.

HK l’artiste

Né en France de parents immigrés algériens, on sent la double influence dans la musique de HK. Travaillant aussi bien les tonalités maghrébines avec des percutions très présentes que le bal musette parisien et son accordéon, il lie les deux cultures dans lesquelles il a baigné depuis toujours. Pourtant, ce qui est vrai musicalement n’est pas forcément transposable ailleurs. « Deux pays, c’est trop petit », explique l’internationaliste convaincu. « Au bout d’un moment, il faut dépasser tout ça. Je me sens citoyen du monde : je peux m’identifier au poète révolutionnaire chilien, je peux m’identifier au touareg du désert, je peux m’identifier à un poète palestinien… je peux m’identifier à des gens en lutte où qu’ils soient ».

En 2009, il forme son groupe HK et les Saltimbanks. En 2011, son premier album sort, appelé… Citoyen du monde. On y trouve déjà le titre qui lui donnera un rayonnement international. On lâche rien, régulièrement entonné dans les mouvements contestataires, a, par exemple, été chanté pendant le Printemps érable québécois.

Quatre autres albums sont sortis depuis, en plus de trois livres et des reprises de chanson française.

L’empire de papier

Si Kaddour Hadadi est en tournée aujourd’hui, c’est parce qu’il sort un nouvel album. Appelé L ‘empire de papier, comme la deuxième piste, il est signé HK tout court, c’est à dire sans Les Saltimbanks. Certes, les copains ne sont pas loin, mais en ne signant que de son nom, il se permet de se lancer dans un projet plus personnel, « teinté de folk, de reggae, de world » précise-t-il. « C’était pour pouvoir s’ouvrir un peu plus musicalement. Avec les Saltimbanks, faut que ça envoie tout de suite. Là, j’ai pu explorer autre chose ». Effectivement, l’album explore beaucoup de nouveaux sentiers : folk à l’américaine sur L’empire de Papier, blues aux intonations africaines sur Moun Lib, tonalités ibériques sur Rosa, ou encore reggae sur Rev’lovution, HK ne se prive de rien.

Si son album sort des sentiers musicaux qu’il fréquente habituellement, on retrouve quand même ses thèmes favoris dans les textes. Dans Refugee, il soutient les migrants, dans La Rev’lovution il chante l’amour d’autrui, et dans Ce soir nous irons au bal, titre écrit au lendemain des attentats du Bataclan, c’est l’unité qui fait la force. « On parle beaucoup de vivre ensemble, mais ça on peut le faire en se tolérant vaguement. Danser, c’est autre chose ».

 L’empire de papier, titre éponyme, traite quant à lui d’une multitude de choses. Au delà d’une défiance envers l’américanisme à outrance, HK y attaque une réalité intemporelle. « Ça parle des sociétés dans lesquelles on vit qui sont des forteresse, où on se barricade, et où la seule chose qui compte est le court de l’or », explique-t-il. « Il suffit d’un rien pour que notre papier ne vaille plus rien—c’est ce qu’on a vu lors de la crise des subprimes ».

Sa tournée promotionnelle se concentre essentiellement sur la France, évidemment, mais comprend aussi six dates à l’étranger dont la moitié sont au Québec. Il s’agit d’un retour pour HK, qui était déjà venu à Montréal en 2012 et qui avait, pour l’occasion, publié un billet sur son blogue où il chantait les louanges de cette région où les gens « ont l’air heureux ».

Internationalisme, tendance Québécoise

Au delà de sa musique, HK est devenue une figure politique. S’il précise qu’il n’en ferait jamais un métier—« le pouvoir est maudit » rappelle-t-il en citant Louise Michel—il est souvent aux côtés de figures de la gauche. Avec Mélenchon ou Poutou, il lève régulièrement le poing.

Ses textes, sont donc autant des œuvres d’art que des écrits politiques à sa façon. Entre dénonciation du capitalisme et appel à la tolérance, HK s’inscrit en faux contre les dérives libérales et réactionnaires. « On a toute une société qui penche, doucement et sans s’en rendre compte, vers le côté xénophobe et raciste », dit-il amèrement en parlant de la montée de l’extrême droite. « Quand, au lendemain des attentats, le ministre de l’intérieur de l’époque appelait à rentrer chez soi, j’ai organisé un rassemblement. C’est ça le plus important ». La liberté, l’égalité et la fraternité, les trois mots d’ordres de la république française, sont autant concepts qui lui font chaud au cœur.

Aussi, pendant ses concerts, il parle régulièrement de l’actualité politique qu’il suit de près. Crises migratoires, écologie, pauvreté ou encore droits des enfants, entre ses chansons il dialogue un peu avec son public, sérieux mais drôle à la fois, pour expliquer la façon dont il conçoit les choses. Une façon pour lui de « vivre de sa passion », la musique, tout en conservant un « rôle politique qui [lui] paraît utile ».

Après Montréal, HK est passé à Québec et à Sherbrooke, avant de rentrer en France et de finir sa tournée au Trianon de Paris le 10 décembre prochain.

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